Marre de toutes ces polémiques (Pasqua, Chirac, NDiaye, Mitterrand, Villepin, etc.). La France serait-elle devenue un pays de concierge ? Comme si toutes ces polémiques étaient utiles à l’amélioration des conditions de vie de millions de Français.
Il y a là quelque chose de pathétique de ce détournement des urgences…
La réalité de tant de gens est si rude et depuis si longtemps, qu’ils sont en droit d’espérer de la politique de vraies décisions qui améliorent leur sort. Les journalistes ont une responsabilité coupable en relayant généreusement tous ces conflits ridicules. Où est passé l’intérêt général ? Les gens pillent les poubelles pour ne pas mourir de faim, dorment dans le froid, meurent dans les bois, et de nouvelles polémiques surgissent encore qui concernent les nantis, ceux des beaux quartiers. Où est la dignité au moment où les Pôles pour l’emploi sont débordés, assaillis, démunis, effondrés ?
Victor Hugo député déclarait la guerre à la misère. Aujourd’hui, les polémiques sont de vulgaires "cache-misère". Il faut absolument travailler à l’avenir des plus démunis et rétablir la confiance. Se taire et agir. N’abimons pas la parole. Rendons lui sa force. La Force de croire.
Je lis un grand papier dans Libération sur Dominique Besnehard (agent chez Art Media puis coach de Ségolène Royal) J’ai été (autant que je m’en souvienne) très ami avec lui. Je l’ai beaucoup aimé. Drôle, intuitif, amoureux de la variété française (Sylvie Vartan, Dalida, etc.), formidable raconteur d’histoires, toujours débordé, toujours inquiet, expéditif, fasciné par les vedettes, enfantin et malin, remarquable acteur (chez Pialat), lourd et pudique. Un homme contradictoire, un peu lâche mais capable de mener des combats impossibles. J’ai gardé beaucoup de tendresse pour ce qu’il est : libre et empêtré. Et puis c’est lui qui m’a fait rencontrer Patrick Dewaere (je racontais tout ça dans Maman, j’ai peur dans le noir). Son pouvoir d’admiration est sans limite, et ses admirations partent dans tous les sens. C’est un artiste de la vie. Il vit en funambule. Sophie Marceau, Nathalie Baye, et tant d’autres actrices ; on eut pu dire qu’elles étaient toutes ses filles, ses fiancés de cinéma, et lui le grand frère n’a cessé de leur dire qu’elles étaient les plus belles du monde. Ce qui est remarquable, c’est qu’aucune ne fut jalouse les unes des autres. Besnehard est un saint homme. Il était inéluctable qu’il rencontre sainte Ségolène et visiblement les saints entre eux "c’est pas gagné".
Samedi dernier, après la représentation de Woyzeck, longue conversation (inattendue) dans mon bureau avec quelqu’un qui fut dans l’intimité de Laurence Guedj (décédée il y a un peu plus d’un an). Pendant plus de dix ans, elle a été une collaboratrice fidèle, rigoureuse, attentionnée, heureuse. C’est elle qui tapait tous mes manuscrits. Nous avions de longues conversations tendres et parfois orageuses. Elle était têtue. Mais nous avions l’un pour l’autre une vraie considération (voilà un mot magnifique : la considération).
Bien sûr, elle me manque beaucoup. Ma confiance en elle était inépuisable. Au cours de cette conversation samedi, cette personne me fit des confidences (à propos de Laurence) qui me bouleversèrent. Et si ces confidences avaient simplement mis des mots sur une relation au fond assez secrète. Laurence m’écrivit quelques semaines avant son dernier séjour à l’hôpital qu’elle était fière et heureuse de travailler près de moi (cette lettre est toujours en évidence sur mon bureau). Il y avait entre nous comme une évidence : nous avions besoin l’un de l’autre et je crois que même dans les moments de tensions, nous ne nous fîmes jamais de mal. Nous savions l’un et l’autre que notre relation était définitivement précieuse. Merci à ce visiteur impromptu de m’avoir rappelé que la tendresse existe et qu’elle avait existé entre Laurence et moi. Après cette longue conversation il me ramena chez moi car je dois l’avouer j’avais les jambes "en coton" et la tête "lourde de solitude".
Depuis quelques semaines je consacre toutes mes matinées à l’écriture. J’écris l’utile et l’inutile. L’utile c’est à dire tout ce qui se rapporte à la vie et à l’avenir du Théâtre de la Croix-Rousse. L’inutile, c’est à dire tout ce qui me permet de réfléchir, de rêver et d’imaginer des histoires de la vie. Je ne quitte pas Victor Hugo non plus (génie parmi les génies). C’est que je travaille à l’adaptation de sa plus grande œuvre. Ce repli dans l’écriture me reconcentre, me guérit de longs mois désespérés (désespérants). À propos, nombre de personnes (à propos d’une confidence sur ma dernière intervention dans mon blog) me demande pourquoi j’ai beaucoup pleuré il y a une dizaine de jours. C’est qu’à un moment donné, alors que l’autre ne cessait de vous traiter de "pauvre type" et que l’on mettait l’insulte sur le compte de la colère, on réalise que c’était le fond de sa pensée. À ce moment là, ne restent que les larmes pour calmer son chagrin. Ce n’est pas l’insulte qui vous assassine, c’est l’aveuglement dans lequel on s’est obstiné. On imagine alors qu’il va nous falloir beaucoup de courage pour se remettre d’un malentendu pareil. Le mépris appartient à celui qui méprise. Rendons à César ce qui appartient à César.
Repris les répétitions du Malade imaginaire avec les "petites Louisons". Décidément, Argan ne me quitte pas. J’ai souvent considéré qu’il était un autre moi-même ou que j’étais un autre lui-même. Peu importe. Il me bouleverse et j’aime plus que tout être son ami. On pourrait citer la phrase de Montaigne : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
Je suis émerveillé de savoir que toutes les représentations du Malade imaginaire à la Maison de la Danse en janvier vont être pleines à craquer. Je voudrais serrer dans mes bras ces 6000 / 7000 personnes qui "nous" font ainsi confiance à Argan et moi.
« Un peu d’amour, voilà le vrai fond de la vie.
Tout est là. Tout le reste est ombre et fausse envie.
Un regard bienveillant qui vous suit doucement
Dans votre solitude et votre accablement
Vous tient lieu de pays, de maison, de famille.
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat misérable à l’épaule imprimée,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé. »
Victor Hugo
Actuellement, je ne suis pas reconnaissable dans la rue, car je suis emmitouflé dans un anorak vert fluo de la dernière mode. Si vous voyez passer une grosse tache verte, genre couleur de pré… c’est moi !
Philippe Faure
lundi 16 novembre 2009
jeudi 12 novembre 2009
Les larmes qui coulent
Dimanche dernier, visite du couvent de la Tourette imaginé (structuré) par Le Corbusier. Inouï bâtiment en béton brut. Des espaces dénués de tout détail, de tout symbole. Une nudité abstraite. Et tout autour une campagne verte, vallonnée, un bois, des chemins qui serpentent. On pourrait dire que Le Corbusier est un « créateur de vide ». Le plus impressionnant ce sont ces immenses façades de béton qui se taisent, ou qui prient ? Mais le béton a-t-il une âme ? C’est peut-être la vraie question que pose Le Corbusier.
Lu dans L’Express une très longue interview de Gérard Depardieu. J’ai souvent confessé que j’étais littéralement amoureux de cet homme. Il est en photo pleine page au cœur de l’article. Monstrueusement énorme, boudiné dans une chemise à fleurs rouge. Des mains si épaisses. Un visage bouffi. Quand je pense à lui, je le vois immédiatement courir dans les prés, curé de Bernanos et de Pialat : Sous le soleil de Satan. Il dit dans l’interview qu’il est un « explorateur de l’existence » et que c’est ce qui le rend libre. Il dit aussi qu’on « ne peut pas faire les choses seul », qu’il est une éponge, une grosse éponge. Il dit aussi qu’il faut « savoir ce que l’on veut » sinon on n’est rien. Prendre le risque de décider et d’aller au bout. Il dit encore : « Le beau c’est quand rien n’est sûr et quand rien n’est sûr il faut faire un effort sur soi pour arriver à quelque chose. » Enfin, il conclut : « Le bonheur et le malheur deviennent vite des obsessions si tu y penses. Il vaut mieux avancer avec l’autre. »
Je le revois dans Tartuffe, mis en scène par J. Lassalle. Poudré de rose, la voix à peine audible, comme une rivière qui coule… Je le revois dans La Femme d’à côté de Truffaut, dans Dites-lui que je l’aime de C. Miller, dans tant d’autres rôles. Il a la force de ceux qui ne cèdent jamais au découragement. C’est une sorte de paysan planté dans son champ, qu’aucune variation climatique ne parviendra à ébranler. Il est décidément le bossu de Manon des sources qui s’en prend à Dieu, là-haut dans un ciel qui ne veut pas pleuvoir. Il n’est pas un acteur, il est un homme pour de vrai. Il est aussi un orage. Il est un paratonnerre. La foudre le transperce et s’enfonce dans la terre.
Ma fille Marie a 11 ans. C’est son anniversaire. Quelques jours plus tard, Marline, sa sœur, aura 9 ans. Nous sommes en pleine période d’anniversaires. Elles sont si belles toutes les deux. Je n’ai jamais autant aimé être père. Je n’oublie pas mon Damien. Trois enfants si différents, mais je dois le dire, si pleins d’amour. Peut-être leur ai-je passé le message : il ne faut jamais avoir peur d’aimer et le dire. Les mots d’amour nous sauvent irrémédiablement de notre médiocrité. Enfin, être aimé nous donne le courage d’être nous-mêmes.
Il y a quelques mois, j’avais déjà évoqué ce don que certains ont : celui de la Gentillesse. Un livre sort : La Stratégie de la Bienveillance de Juliette Tournand. Selon elle, les personnes les plus gentilles seraient les plus heureuses. Jean Jacques Rousseau estimait que la gentillesse est l’attribut humain le plus désirable. Chez Voltaire, elle est signe d’intelligence. Stefan Einhorn (suédois) avait publié L’Art d’être bon, oser la gentillesse. Pourquoi la gentillesse est-elle toujours associée à la vulnérabilité ? Elle est aussi perçue comme un déficit, une infirmité, « trop gentil pour être honnête » dit-on. J’aime la gentillesse parce qu’au fond elle nous ramène à l’innocence perdue. Elle dit simplement à l’autre que c’est un bonheur qu’il existe, qu’il soit là. La gentillesse donne envie d’aimer. Inversement, les agressifs, les méchants n’aimeront jamais personne. Pas même eux. Ils se « prendront en grippe » comme on dit. Allez, n’ayons pas peur. Soyons tout en gentillesse !...
Beaucoup de spectateurs s’interrogent sur mon sentiment à propos du Roman d’un Trader. Spectateurs déçus. À la vérité, je dois reconnaître que si le spectacle dans son ensemble était tout à fait digne, la pièce elle-même était très décevante. N’entrant jamais dans le sujet, l’esquissant, le fuyant même, elle nous laissait comme un goût d’inachevé, de superficialité. Elle manquait d’engagement, de férocité, comme aurait dit un prof « hors sujet » et pourtant le sujet c’était bien celui-ci… Celui annoncé.
Philippe Vincent a créé son Woyzeck et son Cabinet du docteur Narcotique. Il y a chez ce garçon comme un désir de chaos. Les 2 spectacles multipliaient « les entrées » si l’on peut dire. Ce besoin d’une technicité envahissante (vidéo, sons, musique live, actions simultanées, emboîtées d’une salle à l’autre) m’interroge sur sa vision du monde. Et l’amour dans tout ça ? Le monde n’est-il à ses yeux qu’une machine infernale ? En tous cas, certaines images sont dignes de Francis Ford Coppola… Peut-être que si Marlon Brando avait été dans la distribution… Cela dit le spectacle a été un vrai succès (contre toute attente ?)
Ah ! Au fait, il y a un peu plus d’une semaine, j’ai beaucoup pleuré. Comme quoi, être directeur de théâtre ne protège pas du chagrin. Si les larmes coulent, c’est le signe que, ni on ne triche, ni on ne ment ; on se console comme on peut et puis la vie est là, qui nous attend.
« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme. » (Victor Hugo)
« La brume, lugubrement empourprée, élargissait l’astre. On eut dit une pluie lumineuse ». (Victor Hugo)
Lu dans L’Express une très longue interview de Gérard Depardieu. J’ai souvent confessé que j’étais littéralement amoureux de cet homme. Il est en photo pleine page au cœur de l’article. Monstrueusement énorme, boudiné dans une chemise à fleurs rouge. Des mains si épaisses. Un visage bouffi. Quand je pense à lui, je le vois immédiatement courir dans les prés, curé de Bernanos et de Pialat : Sous le soleil de Satan. Il dit dans l’interview qu’il est un « explorateur de l’existence » et que c’est ce qui le rend libre. Il dit aussi qu’on « ne peut pas faire les choses seul », qu’il est une éponge, une grosse éponge. Il dit aussi qu’il faut « savoir ce que l’on veut » sinon on n’est rien. Prendre le risque de décider et d’aller au bout. Il dit encore : « Le beau c’est quand rien n’est sûr et quand rien n’est sûr il faut faire un effort sur soi pour arriver à quelque chose. » Enfin, il conclut : « Le bonheur et le malheur deviennent vite des obsessions si tu y penses. Il vaut mieux avancer avec l’autre. »
Je le revois dans Tartuffe, mis en scène par J. Lassalle. Poudré de rose, la voix à peine audible, comme une rivière qui coule… Je le revois dans La Femme d’à côté de Truffaut, dans Dites-lui que je l’aime de C. Miller, dans tant d’autres rôles. Il a la force de ceux qui ne cèdent jamais au découragement. C’est une sorte de paysan planté dans son champ, qu’aucune variation climatique ne parviendra à ébranler. Il est décidément le bossu de Manon des sources qui s’en prend à Dieu, là-haut dans un ciel qui ne veut pas pleuvoir. Il n’est pas un acteur, il est un homme pour de vrai. Il est aussi un orage. Il est un paratonnerre. La foudre le transperce et s’enfonce dans la terre.
Ma fille Marie a 11 ans. C’est son anniversaire. Quelques jours plus tard, Marline, sa sœur, aura 9 ans. Nous sommes en pleine période d’anniversaires. Elles sont si belles toutes les deux. Je n’ai jamais autant aimé être père. Je n’oublie pas mon Damien. Trois enfants si différents, mais je dois le dire, si pleins d’amour. Peut-être leur ai-je passé le message : il ne faut jamais avoir peur d’aimer et le dire. Les mots d’amour nous sauvent irrémédiablement de notre médiocrité. Enfin, être aimé nous donne le courage d’être nous-mêmes.
Il y a quelques mois, j’avais déjà évoqué ce don que certains ont : celui de la Gentillesse. Un livre sort : La Stratégie de la Bienveillance de Juliette Tournand. Selon elle, les personnes les plus gentilles seraient les plus heureuses. Jean Jacques Rousseau estimait que la gentillesse est l’attribut humain le plus désirable. Chez Voltaire, elle est signe d’intelligence. Stefan Einhorn (suédois) avait publié L’Art d’être bon, oser la gentillesse. Pourquoi la gentillesse est-elle toujours associée à la vulnérabilité ? Elle est aussi perçue comme un déficit, une infirmité, « trop gentil pour être honnête » dit-on. J’aime la gentillesse parce qu’au fond elle nous ramène à l’innocence perdue. Elle dit simplement à l’autre que c’est un bonheur qu’il existe, qu’il soit là. La gentillesse donne envie d’aimer. Inversement, les agressifs, les méchants n’aimeront jamais personne. Pas même eux. Ils se « prendront en grippe » comme on dit. Allez, n’ayons pas peur. Soyons tout en gentillesse !...
Beaucoup de spectateurs s’interrogent sur mon sentiment à propos du Roman d’un Trader. Spectateurs déçus. À la vérité, je dois reconnaître que si le spectacle dans son ensemble était tout à fait digne, la pièce elle-même était très décevante. N’entrant jamais dans le sujet, l’esquissant, le fuyant même, elle nous laissait comme un goût d’inachevé, de superficialité. Elle manquait d’engagement, de férocité, comme aurait dit un prof « hors sujet » et pourtant le sujet c’était bien celui-ci… Celui annoncé.
Philippe Vincent a créé son Woyzeck et son Cabinet du docteur Narcotique. Il y a chez ce garçon comme un désir de chaos. Les 2 spectacles multipliaient « les entrées » si l’on peut dire. Ce besoin d’une technicité envahissante (vidéo, sons, musique live, actions simultanées, emboîtées d’une salle à l’autre) m’interroge sur sa vision du monde. Et l’amour dans tout ça ? Le monde n’est-il à ses yeux qu’une machine infernale ? En tous cas, certaines images sont dignes de Francis Ford Coppola… Peut-être que si Marlon Brando avait été dans la distribution… Cela dit le spectacle a été un vrai succès (contre toute attente ?)
Ah ! Au fait, il y a un peu plus d’une semaine, j’ai beaucoup pleuré. Comme quoi, être directeur de théâtre ne protège pas du chagrin. Si les larmes coulent, c’est le signe que, ni on ne triche, ni on ne ment ; on se console comme on peut et puis la vie est là, qui nous attend.
« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme. » (Victor Hugo)
« La brume, lugubrement empourprée, élargissait l’astre. On eut dit une pluie lumineuse ». (Victor Hugo)
lundi 26 octobre 2009
Brel avait raison
On commence par Clint Eastwood. Je l’ai vu, de mes yeux,vu. Incroyable, cette silhouette au scalpel. Ce visage émacié. On dirait "profilé". Ce regard qui vous cloue au mur comme un vulgaire insecte et comment dire, au delà de ce physique si mince sans aucune graisse, presque maigre, si haut sur pieds (ah ! ses jambes, immenses, interminables…) au delà de ses si longues mains, il y a le sentiment que l’on pourrait être son ami, qu’il vous regarde avec délicatesse, bienveillance, curiosité. L’homme a 80 ans ! C’est pas Dieu possible ! Il a quasiment traversé le siècle. Et cette traversée-là est inoubliable. Clint Eatwood dépasse l’entendement.
Félicitations à l’ami Thierry Frémaux pour son premier festival Lumière 2009. La soirée d’ouverture était géniale. Simple et amoureuse. Tant d’images magnifiques sur l’écran… Tout le cinéma du monde ce soir-là nous a sauté aux yeux, et l’on est ressorti de cette soirée en "petit garçon" et en "petite fille". C’était beau comme du Leone, beau comme du Fellini, beau comme du cinéma.
Incroyable mais vrai. L’entraineur de l’OL, Claude Puel, est venu à La Croix-Rousse avec sa femme pour Le Roman d’un trader et cela deux jours après avoir battu Liverpool à Liverpool 2-1.
Gérard Collomb m’avait demandé d’être présent au lancement du projet du « Grand Stade » à Décines. Gros raout au siège de l’OL à Gerland. J’étais en compagnie de mon ami Gaby et de Georges Képénékian, l’adjoint à la Culture. Collomb a signalé ma présence publiquement et la tête de J.M. Aulas s’est figée soudain dans le marbre.C’est que nos rapports (notre absence de rapport plutôt d’homme à homme) n’ont pas toujours été ni simples ni tendres. Pendant longtemps, je n’ai pas "senti" cet homme. Son sourire figé dans un maxillaire agressif m’a toujours effrayé. Et puis, peu à peu, j’ai appris à aimer, à comprendre l’homme. Aujourd’hui, il me semble qu’il est un grand président de club. Quelque chose s’est passé. Peut-être que l’échec relatif de la saison dernière l’a rendu plus humain. Il a tombé le masque du "j’ai toujours raison". L’arrivée de Puel, la confiance qu’il lui a faite, l’a en quelque sorte délivré…
Au fond, faire confiance à l’autre est une délivrance, et inversement, ne plus lui faire confiance est un enfer.
À propos de confiance, j’ai regardé l’autre nuit le long portrait de Ségolène Royal sur France 3. Il y était beaucoup question de la trahison amoureuse de François Hollande. Jusqu’ici et pendant 28 ans, le couple avait été fusionnel. Et puis la trahison a tout déchiré, et évidemment Royal (qui n’a toujours pas pardonné semble-t-il) s’est vengée en écrasant Hollande au moment de la candidature pour la présidentielle.
Cette élection (côté socialiste) ne fut en fait qu’un règlement de compte entre époux, impitoyable, souvent mesquin, sans limite, brutal, meurtrier.
Ségolène Royal parle de fidélité rompue et elle a eu la pire vengeance qui soit en demandant à l’autre (François Hollande) de vivre sa vie sans elle (loin d’elle). Je n’ai pas le sentiment que pour lui ce fut la meilleure nouvelle du monde car Ségolène aimait François comme sans doute personne d’autre n’aimera plus François. Et maintenant même s’il est accompagné, François est seul. Il est sans Ségolène !
(Ceux qui ont vécu ça d’un côté ou de l’autre me comprendront)
Revu la fameuse scène du Mépris de Godard où Brigitte Bardot est allongée sur le lit nue, à côté de Michel Piccoli. Et elle pose des questions toutes simples avec sa voix si particulière, décalée, et boudeuse.
« Tu les aimes mes seins ? »
« Tu les aimes mes cuisses ? »
« Tu les aimes mes jambes ? »
« Tu l’aimes mon ventre ? »
Et à chaque fois, Piccoli acquiesce.
La musique est légèrement sirupeuse mais tout de même lyrique (des violons si je ne m’abuse).
C’est une scène d’une étonnante sensualité parce qu’elle n’a aucun caractère sexuel. Au fond, on pourrait dire que cette scène résume parfaitement Brigitte Bardot. "Une femme qui n’a pas conscience qu’elle est une femme libre". Peut-être Piccoli à ce moment là est-il un idéal masculin. Sa voix nous brûle tant elle est chaude.
Myriam Boyer a décidé de tourner le prochain film de Bertrand Blier aux côtés de Jean Dujardin. Du coup, elle ne peut plus assurer les représentations de La Vie devant soi aux dates prévues. Nous avons donc 8000 personnes à déplacer et à replacer. Une broutille.
Nous avions prévu de fermer le théâtre presque 15 jours pendant les vacances de Noël, et bien c’est râpé. Toute l’équipe devra être sur le pont. Putain les vacances c’est encore loin ? …
Cela dit, Myriam Boyer est adorable. C’est une actrice magnifique. Mais bon, il semble que le théâtre ne fasse pas le poids par rapport au cinéma. Le théâtre n’est qu’un petit art artisanal et ne parle qu’à quelques centaines de spectateurs, un soir donné. Le cinéma, lui, est "permanent".
Beaucoup de tendresse autour de moi en ces temps pluvieux. Brel avait raison, la tendresse est le seul sentiment qui ne ment pas, et qui plus est c’est un sentiment modeste qui ne prétend à rien d’autre qu’à dire à l’autre (aux autres) que l’on est heureux qu’il existe (qu’ils existent). C’est pas beau la vie !
« À mesure que j’avance dans la vie je me simplifie, et je deviens de plus en plus patriote de l’humanité. » Victor Hugo
Cher Victor, j’essaye moi aussi d’avancer dans la vie en me simplifiant !
Lu Toxique de Françoise Sagan, illustrations de Bernard Buffet. Très court livre écrit lors d’une cure de désintoxication par Françoise Sagan. C’est très vif, très rapide. Effrayant. Les dessins de Bernard Buffet au crayon noir sont secs comme des coups de trique, des corps au cordeau, des objets tout en lignes noires. Moi qui n’aime pas spécialement Sagan, j’ai été impressionné par sa lucidité si brutale.
Extrait : « Voilà fini ce petit journal de la désintoxication. Elle aura été bénigne et ce journal salutaire. Je vais vivre et écrire de bon comme on dit. Je ne trouve pas de phrase morale ou amorale pour finir. »
Cela dit Bernard Buffet reste un mystère. Pourquoi est-il si peu aimé ? Quand je pense qu’il s’est suicidé en s’enveloppant la tête dans un sac plastique. Mort asphyxié ! Fallait-il qu’il soit seul !
Lu Un roman français de Frédéric Beigbeder. Formidable. Jamais peut-être les rapports de frères n’ont été aussi bien décryptés (Charles et Frédéric). C’est très poignant et le style est sans bavure.
Impossible de lire jusqu’à la fin le livre de Justine Lévy, Mauvaise fille. Ses rapports avec sa mère mourante son trop vrais… et puis le monde médical y est décrit avec une sévérité qui m’a fait ranger le livre à peine commencé sur le rayon de la peur.
Ce samedi, panique générale au théâtre. Des centaines de lignes téléphoniques en attente. Notre système informatique de réservations en panne. Entre le triomphe du Roman d’un trader et le replacement des milliers de places pour La Vie devant soi, c’est le bug assuré.
Du coup, j’appelle en urgence et en renfort une partie de l’équipe pour répondre à toutes ces lignes saturées. Tous répondent présents et dans la demi-heure qui suit, ils abandonnent leur repos dominical pour reprendre du service. Ca s’appelle la solidarité et quand une équipe est aussi solidaire de "sa maison" on n’a qu’une envie c’est d’applaudir des deux mains. Décidément nous vivons actuellement un état de grâce. Solidarité quand tu nous tiens, on ne risque rien.
Elle dit : « Tu as la peau douce. »
Il dit : « C’est le titre d’un film de Truffaut. Génial avec Françoise Dorléac et Jean Desailly. (Il a toujours adoré cet acteur et toujours trouvé injuste qu’il n’ait pas fait la carrière qu’il méritait au cinéma)
Elle dit : « Je ne te parle pas de Truffaut mais de ta peau. J’aime ta peau.
Il dit : « … Quand même il faudra que tu voies ce film. »
Elle dit : « Ta peau est plus douce que la mienne. »
Il dit : « Tu n’exagères pas un peu ??? »
J’ai effectué plusieurs permanences en soirée pour Le Roman d’un trader (archi complet). Une petite centaine de personnes m’ont demandé de mes nouvelles. Soit elles ont lu mon blog, soit elles sont venues voir Maman j’ai peur dans le noir.
Ce lien au public est bouleversant. Tous ont des mots si gentils, si attentifs, si pudiques…
Une dame à qui je demandais si tout allait bien, m’a répondu : « Bien sûr puisque vous êtes là. »
Je suis très fier de leur confiance à tous et de leur affection. Certains pour me moquer disent que je suis un incorrigible affectif. Ils ont entièrement raison. Je le revendique. Généralement, ce sont les mêmes qui ne donnent rien que leur prétention et leur égoïsme.
Vive les affectifs de tous bords !
Philippe Faure
Félicitations à l’ami Thierry Frémaux pour son premier festival Lumière 2009. La soirée d’ouverture était géniale. Simple et amoureuse. Tant d’images magnifiques sur l’écran… Tout le cinéma du monde ce soir-là nous a sauté aux yeux, et l’on est ressorti de cette soirée en "petit garçon" et en "petite fille". C’était beau comme du Leone, beau comme du Fellini, beau comme du cinéma.
Incroyable mais vrai. L’entraineur de l’OL, Claude Puel, est venu à La Croix-Rousse avec sa femme pour Le Roman d’un trader et cela deux jours après avoir battu Liverpool à Liverpool 2-1.
Gérard Collomb m’avait demandé d’être présent au lancement du projet du « Grand Stade » à Décines. Gros raout au siège de l’OL à Gerland. J’étais en compagnie de mon ami Gaby et de Georges Képénékian, l’adjoint à la Culture. Collomb a signalé ma présence publiquement et la tête de J.M. Aulas s’est figée soudain dans le marbre.C’est que nos rapports (notre absence de rapport plutôt d’homme à homme) n’ont pas toujours été ni simples ni tendres. Pendant longtemps, je n’ai pas "senti" cet homme. Son sourire figé dans un maxillaire agressif m’a toujours effrayé. Et puis, peu à peu, j’ai appris à aimer, à comprendre l’homme. Aujourd’hui, il me semble qu’il est un grand président de club. Quelque chose s’est passé. Peut-être que l’échec relatif de la saison dernière l’a rendu plus humain. Il a tombé le masque du "j’ai toujours raison". L’arrivée de Puel, la confiance qu’il lui a faite, l’a en quelque sorte délivré…
Au fond, faire confiance à l’autre est une délivrance, et inversement, ne plus lui faire confiance est un enfer.
À propos de confiance, j’ai regardé l’autre nuit le long portrait de Ségolène Royal sur France 3. Il y était beaucoup question de la trahison amoureuse de François Hollande. Jusqu’ici et pendant 28 ans, le couple avait été fusionnel. Et puis la trahison a tout déchiré, et évidemment Royal (qui n’a toujours pas pardonné semble-t-il) s’est vengée en écrasant Hollande au moment de la candidature pour la présidentielle.
Cette élection (côté socialiste) ne fut en fait qu’un règlement de compte entre époux, impitoyable, souvent mesquin, sans limite, brutal, meurtrier.
Ségolène Royal parle de fidélité rompue et elle a eu la pire vengeance qui soit en demandant à l’autre (François Hollande) de vivre sa vie sans elle (loin d’elle). Je n’ai pas le sentiment que pour lui ce fut la meilleure nouvelle du monde car Ségolène aimait François comme sans doute personne d’autre n’aimera plus François. Et maintenant même s’il est accompagné, François est seul. Il est sans Ségolène !
(Ceux qui ont vécu ça d’un côté ou de l’autre me comprendront)
Revu la fameuse scène du Mépris de Godard où Brigitte Bardot est allongée sur le lit nue, à côté de Michel Piccoli. Et elle pose des questions toutes simples avec sa voix si particulière, décalée, et boudeuse.
« Tu les aimes mes seins ? »
« Tu les aimes mes cuisses ? »
« Tu les aimes mes jambes ? »
« Tu l’aimes mon ventre ? »
Et à chaque fois, Piccoli acquiesce.
La musique est légèrement sirupeuse mais tout de même lyrique (des violons si je ne m’abuse).
C’est une scène d’une étonnante sensualité parce qu’elle n’a aucun caractère sexuel. Au fond, on pourrait dire que cette scène résume parfaitement Brigitte Bardot. "Une femme qui n’a pas conscience qu’elle est une femme libre". Peut-être Piccoli à ce moment là est-il un idéal masculin. Sa voix nous brûle tant elle est chaude.
Myriam Boyer a décidé de tourner le prochain film de Bertrand Blier aux côtés de Jean Dujardin. Du coup, elle ne peut plus assurer les représentations de La Vie devant soi aux dates prévues. Nous avons donc 8000 personnes à déplacer et à replacer. Une broutille.
Nous avions prévu de fermer le théâtre presque 15 jours pendant les vacances de Noël, et bien c’est râpé. Toute l’équipe devra être sur le pont. Putain les vacances c’est encore loin ? …
Cela dit, Myriam Boyer est adorable. C’est une actrice magnifique. Mais bon, il semble que le théâtre ne fasse pas le poids par rapport au cinéma. Le théâtre n’est qu’un petit art artisanal et ne parle qu’à quelques centaines de spectateurs, un soir donné. Le cinéma, lui, est "permanent".
Beaucoup de tendresse autour de moi en ces temps pluvieux. Brel avait raison, la tendresse est le seul sentiment qui ne ment pas, et qui plus est c’est un sentiment modeste qui ne prétend à rien d’autre qu’à dire à l’autre (aux autres) que l’on est heureux qu’il existe (qu’ils existent). C’est pas beau la vie !
« À mesure que j’avance dans la vie je me simplifie, et je deviens de plus en plus patriote de l’humanité. » Victor Hugo
Cher Victor, j’essaye moi aussi d’avancer dans la vie en me simplifiant !
Lu Toxique de Françoise Sagan, illustrations de Bernard Buffet. Très court livre écrit lors d’une cure de désintoxication par Françoise Sagan. C’est très vif, très rapide. Effrayant. Les dessins de Bernard Buffet au crayon noir sont secs comme des coups de trique, des corps au cordeau, des objets tout en lignes noires. Moi qui n’aime pas spécialement Sagan, j’ai été impressionné par sa lucidité si brutale.
Extrait : « Voilà fini ce petit journal de la désintoxication. Elle aura été bénigne et ce journal salutaire. Je vais vivre et écrire de bon comme on dit. Je ne trouve pas de phrase morale ou amorale pour finir. »
Cela dit Bernard Buffet reste un mystère. Pourquoi est-il si peu aimé ? Quand je pense qu’il s’est suicidé en s’enveloppant la tête dans un sac plastique. Mort asphyxié ! Fallait-il qu’il soit seul !
Lu Un roman français de Frédéric Beigbeder. Formidable. Jamais peut-être les rapports de frères n’ont été aussi bien décryptés (Charles et Frédéric). C’est très poignant et le style est sans bavure.
Impossible de lire jusqu’à la fin le livre de Justine Lévy, Mauvaise fille. Ses rapports avec sa mère mourante son trop vrais… et puis le monde médical y est décrit avec une sévérité qui m’a fait ranger le livre à peine commencé sur le rayon de la peur.
Ce samedi, panique générale au théâtre. Des centaines de lignes téléphoniques en attente. Notre système informatique de réservations en panne. Entre le triomphe du Roman d’un trader et le replacement des milliers de places pour La Vie devant soi, c’est le bug assuré.
Du coup, j’appelle en urgence et en renfort une partie de l’équipe pour répondre à toutes ces lignes saturées. Tous répondent présents et dans la demi-heure qui suit, ils abandonnent leur repos dominical pour reprendre du service. Ca s’appelle la solidarité et quand une équipe est aussi solidaire de "sa maison" on n’a qu’une envie c’est d’applaudir des deux mains. Décidément nous vivons actuellement un état de grâce. Solidarité quand tu nous tiens, on ne risque rien.
Elle dit : « Tu as la peau douce. »
Il dit : « C’est le titre d’un film de Truffaut. Génial avec Françoise Dorléac et Jean Desailly. (Il a toujours adoré cet acteur et toujours trouvé injuste qu’il n’ait pas fait la carrière qu’il méritait au cinéma)
Elle dit : « Je ne te parle pas de Truffaut mais de ta peau. J’aime ta peau.
Il dit : « … Quand même il faudra que tu voies ce film. »
Elle dit : « Ta peau est plus douce que la mienne. »
Il dit : « Tu n’exagères pas un peu ??? »
J’ai effectué plusieurs permanences en soirée pour Le Roman d’un trader (archi complet). Une petite centaine de personnes m’ont demandé de mes nouvelles. Soit elles ont lu mon blog, soit elles sont venues voir Maman j’ai peur dans le noir.
Ce lien au public est bouleversant. Tous ont des mots si gentils, si attentifs, si pudiques…
Une dame à qui je demandais si tout allait bien, m’a répondu : « Bien sûr puisque vous êtes là. »
Je suis très fier de leur confiance à tous et de leur affection. Certains pour me moquer disent que je suis un incorrigible affectif. Ils ont entièrement raison. Je le revendique. Généralement, ce sont les mêmes qui ne donnent rien que leur prétention et leur égoïsme.
Vive les affectifs de tous bords !
Philippe Faure
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