Déjà trois représentations de Thérèse Raquin (vendredi, samedi, dimanche).
Déjà la première critique.
Chacun, public et professionnel, (re)découvre cette histoire extra-ordinaire de Zola. Il y a là une force (physique) qui jette les deux amants l’un contre l’autre et qui, dans le même temps, jette le mari à la Seine.
Pour reprendre les propos de Nicolas Blondeau hier dans Le Progrès :
« (…) Thérèse (Anne Comte, troublante), Laurent (Marc Voisin, irrésistible), Camille (Jean-Claude Martin, impeccable) et Claire Cathy (hallucinante de vérité dans le rôle de la belle-mère). »
Tout est dit et je me réjouis que, malgré le tragique du spectacle, cette création semble être un succès public.
Dans un genre pas si éloigné que ça, on retrouve dans l’affrontement de Martine Aubry et de Ségolène Royal quelque chose de Zola : sa radicalité. Tout détruire pour reconstruire, mais Zola nous dit qu’on ne reconstruit rien sur le crime, et ce que fait le Parti socialiste en ce moment est un crime.
Agnès Jarlier, qui est en relation avec le monde des comités d’entreprise ici, me dit à quel point sont nombreuses les entreprises qui décident des chômages techniques (1,2 voire 3 semaines). C’est évident, la crise étrangle les entreprises.
A partir de la semaine prochaine, s’ouvrent les Restos du Cœur à côté du Théâtre. J’irai moi-même distribuer des repas tous les jeudis. Il y a là le désir de participer à la solidarité générale. Mais, peut-être de façon plus complexe, y-a-t’il le désir de découvrir en chair et en os ce monde des exclus. Est-ce malsain ? Est-ce un sentiment de culpabilité ? Est-ce un artiste qui cherche à comprendre le peuple ? (Seul Victor Hugo a su employer ce mot de peuple à sa juste signification.) Bien évidemment, je reviendrai sur cette expérience (si l’on peut appeler ça ainsi).
Ce matin, le froid est là. Et des gens vont dormir dehors. Je me souviens que Jean-Louis Martinelli, du temps où il était directeur du TNS, avait abrité des exclus dans son théâtre. La question se pose-t-elle d’une manière générale pour nous tous, directeurs de théâtres ?
Aujourd’hui, toute l’équipe (administrative, technique, ainsi que les comédiens des deux créations : soit 35 personnes) déjeunent ensemble pour fêter les 9300 abonnés de notre maison. Le plus gros score que nous ayons atteint ici étant de 9180 abonnés. Il ne s’agit pas de se glorifier des chiffres, il s’agit simplement de se réjouir que la maison reste vivante et crée encore du désir.
Philippe Faure
mardi 25 novembre 2008
Trois créations avec Philippe Faure par Anne Comte

A travers les trois créations auxquelles j’ai participé avec Philippe Faure, j’ai pu toucher à des registres de jeu littéralement différents. A chercher, encore et encore, à atteindre (autant que faire se peut) une certaine vérité de jeu située, par ses complexités et ses exigeances, à divers niveaux d’interprétation :
Le rôle de Camille, dans On ne badine pas avec l’amour requiert la rigueur du verbe, les subtilités des contradictions et les sinuosités de la pensée. C’est un personnage cérébral.
Celui de Thérèse, dans Thérèse Raquin, induit, quant à lui, à une libération des instincts, à une désinhibition du corps, aux luttes permanentes entre fantasmes, folie et cruauté. Thérèse est un personnage animal et dangereux.
Celui, enfin, de la petite marchande, dans La Petite Fille aux allumettes, qui, parce qu’elle est une enfant livrée aux mondes qui l’entourent (réels ou imaginaires) et qu’elle subit, se laisse « emporter » par l’univers fantasmagorique et onirique d’Andersen, amène à une sorte de lâcher prise, de maléabilité.
Philippe Faure laisse beaucoup de liberté aux comédiens quant à l’interprétation des rôles. Cela nous demande donc de développer notre propre imaginaire, de le stimuler sans cesse, de l’interroger, de le malaxer. Que provoque en nous la parole d’un « autre » dans notre corps, notre instrument ? Et voilà toute la difficulté. Voilà aussi, et par là-même, le signe de la confiance qu’il nous porte.
Anne Comte, interprète de La Petite Fille aux allumettes et de Thérèse Raquin.
vendredi 21 novembre 2008
L'idée du "blotissement"
Hier au soir 20 novembre : dernier filage de Thérèse Raquin .
Grande impatience de montrer ce travail.
Décidemment, ce roman (massacré à sa parution) est sans doute la plus belle histoire de passion racontée avec La Femme d’à côté de François Truffaut.
Mais comment vont-ils faire pour se réconcilier ?
Comment des gens aussi intelligents peuvent-ils se combattre alors que le peuple attend d’eux de la considération ?
Le PS demeure un mystère, mais vraiment, il y a des mystères que l’on n’a pas envie de percer.
Hervé Villard a été victime d’une crise cardiaque. Il a été opéré en urgence.
J’ai beaucoup de tendresse pour cet homme. Il y a deux ans, il avait proposé un récital avec des textes d’Aragon, de Genet, etc. Je me souviens que Libération avait fait une page sur le spectacle. Et puis quand même, un type qui a écrit Capri c’est fini reste indiscutable.
Souvent, il est question dans des enquêtes de la solitude des gens aujourd’hui.
Sait-on quand on est seul ?
Il me semble que l’on est seul lorsqu’on n’a pas la chance de pouvoir se blottir contre l’autre. Le "blottisement" (mot que j’adore) est le secret de la vie.
Aujourd’hui, première de Thérèse Raquin, j’ai failli offrir à tous les comédiens le livre de Jean-Louis Fournier Où on va papa ?, Prix Femina 2008.
Je me suis totalement identifié à ces deux enfants handicapés et à leur père. J’ai pensé, en lisant ce livre, à Raymond Queneau, à Marcel Pagnol. Je ne connaissais pas cet auteur.
Lisez-le et dites-moi vos impressions.
Madame la Ministre Christine Albanel est à Lyon aujourd’hui. Peut-être va-t-elle me téléphoner. Je vous tiens au courant.
Christophe Perton me propose d’accueillir Roberto Zucco de Koltès la saison prochaine. La distribution est énorme, le spectacle très lourd financièrement. Je vais devoir renoncer.
Christophe Perton m’envoie un mail, je le cite :
« Si le "désir" est là (il parle de mon désir d’accueillir Roberto Zucco), alors je suis convaincu qu’il sera plus fort que "la réalité économique". »
Voilà des mots ("désir" et "réalité économique") qui n’engendrent pas la mélancolie.
Enfin, beaucoup de réactions violentes à propos des deux spectacles de Raimund Hoghe présentés la semaine dernière sur notre scène : Boléro variations et Swan Lake, 4 acts.
Il fut le dramaturge de Pina Bausch, c’est clair.
Je suis troublé que ce petit homme, si doux, si délicat, si poli, légèrement bossu, au langage si pur et si nuancé, ose des chorégraphies aussi décalées dans le temps par leur lenteur, leur dépouillement, par leur solitude. Hoghe est un artiste qui n’a pas peur. Il ose quasiment le silence du corps.
Il y a quelques semaines, Jean-Paul Montanari, qui dirige Montpellier Danse, me disait que Hoghe était un génie. Je lui fais toute confiance et j’aurais plutôt tendance à me ranger à son avis.
Philippe Faure
Grande impatience de montrer ce travail.
Décidemment, ce roman (massacré à sa parution) est sans doute la plus belle histoire de passion racontée avec La Femme d’à côté de François Truffaut.
Mais comment vont-ils faire pour se réconcilier ?
Comment des gens aussi intelligents peuvent-ils se combattre alors que le peuple attend d’eux de la considération ?
Le PS demeure un mystère, mais vraiment, il y a des mystères que l’on n’a pas envie de percer.
Hervé Villard a été victime d’une crise cardiaque. Il a été opéré en urgence.
J’ai beaucoup de tendresse pour cet homme. Il y a deux ans, il avait proposé un récital avec des textes d’Aragon, de Genet, etc. Je me souviens que Libération avait fait une page sur le spectacle. Et puis quand même, un type qui a écrit Capri c’est fini reste indiscutable.
Souvent, il est question dans des enquêtes de la solitude des gens aujourd’hui.
Sait-on quand on est seul ?
Il me semble que l’on est seul lorsqu’on n’a pas la chance de pouvoir se blottir contre l’autre. Le "blottisement" (mot que j’adore) est le secret de la vie.
Aujourd’hui, première de Thérèse Raquin, j’ai failli offrir à tous les comédiens le livre de Jean-Louis Fournier Où on va papa ?, Prix Femina 2008.
Je me suis totalement identifié à ces deux enfants handicapés et à leur père. J’ai pensé, en lisant ce livre, à Raymond Queneau, à Marcel Pagnol. Je ne connaissais pas cet auteur.
Lisez-le et dites-moi vos impressions.
Madame la Ministre Christine Albanel est à Lyon aujourd’hui. Peut-être va-t-elle me téléphoner. Je vous tiens au courant.
Christophe Perton me propose d’accueillir Roberto Zucco de Koltès la saison prochaine. La distribution est énorme, le spectacle très lourd financièrement. Je vais devoir renoncer.
Christophe Perton m’envoie un mail, je le cite :
« Si le "désir" est là (il parle de mon désir d’accueillir Roberto Zucco), alors je suis convaincu qu’il sera plus fort que "la réalité économique". »
Voilà des mots ("désir" et "réalité économique") qui n’engendrent pas la mélancolie.
Enfin, beaucoup de réactions violentes à propos des deux spectacles de Raimund Hoghe présentés la semaine dernière sur notre scène : Boléro variations et Swan Lake, 4 acts.
Il fut le dramaturge de Pina Bausch, c’est clair.
Je suis troublé que ce petit homme, si doux, si délicat, si poli, légèrement bossu, au langage si pur et si nuancé, ose des chorégraphies aussi décalées dans le temps par leur lenteur, leur dépouillement, par leur solitude. Hoghe est un artiste qui n’a pas peur. Il ose quasiment le silence du corps.
Il y a quelques semaines, Jean-Paul Montanari, qui dirige Montpellier Danse, me disait que Hoghe était un génie. Je lui fais toute confiance et j’aurais plutôt tendance à me ranger à son avis.
Philippe Faure
lundi 17 novembre 2008
Confidences
Je réalise que sur un blog, si on le considère véritablement comme un journal intime, tout doit être dit et donc les sujets et les humeurs ne peuvent que se mélanger dans une sorte de curieux désordre.
Allons-y pour les confidences :
Ce vendredi 14 novembre, comité de suivi du Théâtre de la Croix-Rousse réunissant la Ville de Lyon, la Région Rhône-Alpes, le Conseil général du Rhône et la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Rhône-Alpes. Il s’agit dans ces comités de suivi de faire le point extrêmement précisément sur la situation budgétaire, artistique, sur la fréquentation, et de tracer les perspectives d’avenir de la maison. C’est donc un exposé d’un peu plus d’une heure qui m’est proposé et qui évidemment demande un énorme travail en amont.
Ensuite, chaque collectivité territoriale prend la parole, dit ce qu’elle a à dire et porte un jugement particulier et global sur la manière dont est dirigée cette maison.
Je dois dire, à la vérité, que j’ai rarement ressenti, depuis que je dirige cette maison, un tel engagement de la part de chacun. Il y avait quelque chose d’assez bouleversant d’entendre les uns et les autres être à ce point conscients de la place qu’occupe le Théâtre de la Croix-Rousse en Rhône-Alpes et en France. Il fut question d’exemplarité, de directions innovantes, de rigueur intellectuelle, d’aventures irremplaçables. Par les temps qui courent, un tel engagement derrière une mission de service public est tout à fait exceptionnel. Je m’en réjouis bien évidemment et je me dis que ces très longues journées passées, chaque jour au théâtre, ne sont pas vaines, mais qu’au contraire, elles prouvent plus que jamais que les artistes, les politiques et les administratifs doivent être ensemble pour inventer l’avenir. Merci donc à Abraham Bengio, Catherine Cremet, Georges Képénékian, Bertrand Prade, Jean-Luc Legay, Bertrand Munin et Alain Lombard pour leur confiance, leur engagement et leur affection.
Autre humeur :
Mon Dieu, quelle tristesse que ce week-end de Reims où les éléphants socialistes (je ne dis pas le Parti Socialiste) n’ont pas su faire taire leurs rancoeurs et leurs ambitions !
La politique, bien évidemment, c’est tout le contraire. C’est la volonté ensemble, là encore, de construire l’avenir. Je suis sidéré qu’un parti comme celui-là puisse couver autant de haine. Dans l’exercice de mon métier et dans ma relation aux artistes, aux directeurs de théâtres et aux politiques, je n’ai jamais cédé justement à la confrontation pour un intérêt personnel. J’ai mené le combat toujours pour rassembler les uns et les autres autour d’une mission que je considérais d’intérêt public.
Deux conséquences à cela :
Je crois qu’aucun théâtre en France n’a invité autant de metteurs en scène différents dans leur esthétique, dans leur pensée et dans leur travail. J’ai toujours jugé que mes goûts personnels devaient passer après l’intérêt de montrer à notre public l’état du théâtre aujourd’hui.
Seconde conséquence :
Toutes les alternances politiques qui se sont produites dans la Région n’ont jamais altéré en rien le soutien des collectivités territoriales.
Être directeur de théâtre, c’est avoir une certaine idée de la générosité. J’appelle les éléphants socialistes à être généreux et à savoir vivre ensemble. Je repense à 1981, à Mitterrand, à l’union de la gauche. C’était quand même autre chose. C’était beau comme un avenir en marche. Il faut que les éléphants redeviennent des éléphanteaux. Légers comme des promesses.
Avant-dernière pensée :
Ces jours-ci, j’ai eu affaire avec le mensonge. Quelqu’une que j’aime m’a menti effrontément. Sans rentrer dans le détail, je me dis vraiment que le mensonge est "une fin du monde". C’est le moment où il n’y a plus rien à dire. Comme dirait l’autre, il faut laisser le mensonge à ceux à qui il appartient. Au fond, le mensonge est un acte personnel. Ne venons pas troubler celui ou celle qui ment. Laissons–leur l’entière responsabilité de leur choix. Il y a mieux à faire dans la vie que de se battre contre le mensonge. Par exemple, écouter le dernier album sublime de Christophe !
Enfin, je dois faire, dans les jours qui viennent, une coloscopie suite à mon anémie d’il y a quelques semaines. Examen courant et banal. Mais étrangement, je ne peux m’empêcher de penser à Jacques Weber qui dans sa loge, sur sa table de maquillage, avait environ une centaine de médicaments à sa disposition, comme s’il avait besoin de parer instantanément à toutes les maladies de la terre. Ça me donne envie, tout ça, de remonter Le Malade imaginaire, qui reste pour moi (le personnage et la pièce) mon plus grand bonheur de théâtre. Soudain je pense que ce mot de bonheur, on a rarement l’occasion de le prononcer dans nos métiers.
Philippe Faure
Allons-y pour les confidences :
Ce vendredi 14 novembre, comité de suivi du Théâtre de la Croix-Rousse réunissant la Ville de Lyon, la Région Rhône-Alpes, le Conseil général du Rhône et la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Rhône-Alpes. Il s’agit dans ces comités de suivi de faire le point extrêmement précisément sur la situation budgétaire, artistique, sur la fréquentation, et de tracer les perspectives d’avenir de la maison. C’est donc un exposé d’un peu plus d’une heure qui m’est proposé et qui évidemment demande un énorme travail en amont.
Ensuite, chaque collectivité territoriale prend la parole, dit ce qu’elle a à dire et porte un jugement particulier et global sur la manière dont est dirigée cette maison.
Je dois dire, à la vérité, que j’ai rarement ressenti, depuis que je dirige cette maison, un tel engagement de la part de chacun. Il y avait quelque chose d’assez bouleversant d’entendre les uns et les autres être à ce point conscients de la place qu’occupe le Théâtre de la Croix-Rousse en Rhône-Alpes et en France. Il fut question d’exemplarité, de directions innovantes, de rigueur intellectuelle, d’aventures irremplaçables. Par les temps qui courent, un tel engagement derrière une mission de service public est tout à fait exceptionnel. Je m’en réjouis bien évidemment et je me dis que ces très longues journées passées, chaque jour au théâtre, ne sont pas vaines, mais qu’au contraire, elles prouvent plus que jamais que les artistes, les politiques et les administratifs doivent être ensemble pour inventer l’avenir. Merci donc à Abraham Bengio, Catherine Cremet, Georges Képénékian, Bertrand Prade, Jean-Luc Legay, Bertrand Munin et Alain Lombard pour leur confiance, leur engagement et leur affection.
Autre humeur :
Mon Dieu, quelle tristesse que ce week-end de Reims où les éléphants socialistes (je ne dis pas le Parti Socialiste) n’ont pas su faire taire leurs rancoeurs et leurs ambitions !
La politique, bien évidemment, c’est tout le contraire. C’est la volonté ensemble, là encore, de construire l’avenir. Je suis sidéré qu’un parti comme celui-là puisse couver autant de haine. Dans l’exercice de mon métier et dans ma relation aux artistes, aux directeurs de théâtres et aux politiques, je n’ai jamais cédé justement à la confrontation pour un intérêt personnel. J’ai mené le combat toujours pour rassembler les uns et les autres autour d’une mission que je considérais d’intérêt public.
Deux conséquences à cela :
Je crois qu’aucun théâtre en France n’a invité autant de metteurs en scène différents dans leur esthétique, dans leur pensée et dans leur travail. J’ai toujours jugé que mes goûts personnels devaient passer après l’intérêt de montrer à notre public l’état du théâtre aujourd’hui.
Seconde conséquence :
Toutes les alternances politiques qui se sont produites dans la Région n’ont jamais altéré en rien le soutien des collectivités territoriales.
Être directeur de théâtre, c’est avoir une certaine idée de la générosité. J’appelle les éléphants socialistes à être généreux et à savoir vivre ensemble. Je repense à 1981, à Mitterrand, à l’union de la gauche. C’était quand même autre chose. C’était beau comme un avenir en marche. Il faut que les éléphants redeviennent des éléphanteaux. Légers comme des promesses.
Avant-dernière pensée :
Ces jours-ci, j’ai eu affaire avec le mensonge. Quelqu’une que j’aime m’a menti effrontément. Sans rentrer dans le détail, je me dis vraiment que le mensonge est "une fin du monde". C’est le moment où il n’y a plus rien à dire. Comme dirait l’autre, il faut laisser le mensonge à ceux à qui il appartient. Au fond, le mensonge est un acte personnel. Ne venons pas troubler celui ou celle qui ment. Laissons–leur l’entière responsabilité de leur choix. Il y a mieux à faire dans la vie que de se battre contre le mensonge. Par exemple, écouter le dernier album sublime de Christophe !
Enfin, je dois faire, dans les jours qui viennent, une coloscopie suite à mon anémie d’il y a quelques semaines. Examen courant et banal. Mais étrangement, je ne peux m’empêcher de penser à Jacques Weber qui dans sa loge, sur sa table de maquillage, avait environ une centaine de médicaments à sa disposition, comme s’il avait besoin de parer instantanément à toutes les maladies de la terre. Ça me donne envie, tout ça, de remonter Le Malade imaginaire, qui reste pour moi (le personnage et la pièce) mon plus grand bonheur de théâtre. Soudain je pense que ce mot de bonheur, on a rarement l’occasion de le prononcer dans nos métiers.
Philippe Faure
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mercredi 12 novembre 2008
Fou !

« Fou ! ». Combien de fois me suis-je entendu qualifié ainsi à propos de mes grandes chevauchées raciniennes solitaires ! Fou, incontestablement ! Sans doute, plus fou encore qu’on ne l’imagine ! Doublement fou ! Et bientôt triplement fou ! Je n’ai pas souvenir d’avoir commencé une seule représentation de Phèdre ou de Bérénice – et il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement avec Andromaque ! – sans m’être dit, dans l’heure épouvantable qui précède mon entrée en scène, un chapelet de « plus jamais ! ». Sans avoir appelé ma maman à mon secours, tant je me sens petit garçon devant la tâche à accomplir !
Sans avoir imploré une protection divine miséricordieuse ! Sans avoir pratiqué toutes sortes de signes cabalistiques, dont le signe de la croix ! Sans avoir pressé entre le pouce et l’index gauches le petit cube de jade que je porte suspendu à mon cou par une chaînette en or ! Sans avoir imposé mes mains sur toute espèce de surface en bois, portes, chaises, parquet… Sans avoir vérifié silencieusement, plusieurs fois à la minute, que la première réplique au moins ne m’échapperait pas ! Sans avoir répété, inlassablement, enchaînées ou mélangées, toutes ces pratiques superstitieuses, jusqu’au « go » final du compte-à-rebours ! Sur le trajet qui m’a conduit au théâtre, comme à un échafaud quotidien, mon calvaire observe toujours une station au moins devant une boutique de lingerie féminine, dont la contemplation de ses « petits trésors », comme dit Le Fétichiste de Michel Tournier, parvient, seule, à desserer l’étau de l’angoisse qui monte aussi vite que la fièvre chez un nourrisson…
Fou de trac ! Cette irrépressible névrose du comédien ! Directement proportionnelle à l’importance de son rôle ! ( En l’occurrence, de « mes » rôles ! Si mon cachet n’est pas multiplié par huit quand la tragédie comporte huit personnages, en revanche mon trac, lui l’est !)
« Le facteur sonne toujours deux fois ». Jacques Brel disait qu’à chacun de ses récitals, il vomissait toujours deux fois ! Il vomissait de trac, avant. Il vomissait d’épuisement, après !
Mais alors, pourquoi ? Pourquoi souffrir à ce point ? C’est une autre histoire, sujet d’un autre petit billet…
Jean Marc Avocat, metteur en scène et interprète de Phèdre, Bérénice et Andromaque.
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lundi 3 novembre 2008
Ce week-end du 1er novembre : dernières répétitions de Thérèse Raquin avant la création le 21 novembre

Décidemment, ce roman de Zola me stupéfie encore et toujours. Après l’avoir déjà mis en scène il y a plus de 10 ans, je retrouve cette histoire avec la même fascination. D’où vient-elle ?
Elle vient sans doute du fait que le personnage principal de ce roman est le corps. Zola décrit avec une précision incroyable les dérèglements du corps. Certes, on peut parler de passion, on peut parler de haine, de dégoût, de violence, tous ces sentiments qui dérèglent la raison. Mais au-delà, il y a le corps lui-même. J’allais presque dire le corps comme matière humaine, sans matière grise, et ce qui m’a passionné dans ce travail de mise en scène, en fait, c’est avec les comédiens, et en particulier Laurent (Marc Voisin) et Thérèse (Anne Comte), ce travail sur le corps.
Mais bien evidemment, les trois autres comédiens du spectacle : Claire Cathy, Jean-Claude Martin, et Gilles Olen participent aussi de cette sorte de stupéfaction physique. Jean Claude Martin (Camille) exprime sa souffrance avce la maladresse du désespoir. Claire Cathy (Mme Raquin) est foudroyée et exangue.Le regard figé dans l'absolu. Gilles Olen (l'employé de la morgue) décrit le monde des cadavres avec une allégresse effrayante.
Au-delà des mots, investir le corps du comédien dans ce quasi dénuement où soudain il devient disponible à tous les vertiges. Le corps alors se tord, chancelle, frémit, se balance, se voûte, exulte, perd l’équilibre, les corps se cannibalisent l’un l’autre. J’avoue que ces deux comédiens-là ont l’art de libérer leurs corps de toute psychologie. Ils s’abandonnent véritablement aux dérèglements. Cela crée une poésie particulière. Le corps comme livré à lui-même, le corps affolé, le corps qu’on frappe et le corps qui reçoit les coups. Il y a quelque chose qui s’apparente aux sculptures de Rodin, à certaines toiles de Courbet. Le corps dans tous ses états. Et ça fait peur car, au fond, Zola nous dit que notre corps nous est étranger. C’est un autre nous-même que nous ne connaissons pas et qui parfois se révolte contre-nous.
Tous les grands acteurs (Gabin, De Funès, De Niro, Depardieu, Lancaster, Dewaere) s’imposaient d’abord par leur façon de bouger, de ne plus jouer mais de donner à voir leur corps comme la vérité de leur personnage. Alors les mots ne sont plus que des indications anecdotiques. C’est le corps qui dit qui ils sont.
C’est assez excitant après la création de La Petite Fille aux allumettes, où l’imaginaire rend les corps aériens, de revenir à Zola, à la réalité brutale du corps débarrassé de tout imaginaire. J’ai conscience que ce diptyque Andersen-Zola prendra tout son sens le 21 novembre, lorsque nous aurons créé Thérèse Raquin et qu’ensuite nous jouerons les deux spectacles en alternance.
Une dernière réflexion qui n’a rien à voir :
Premièrement, le prix des tours de manège à la Vogue des marrons à la Croix-Rousse est purement scandaleux : entre 3 et 5 € pour chaque tour qui ne dure pas plus de 2 minutes. Mieux vaut ne pas avoir de famille nombreuse, mieux vaut ne pas avoir d’enfant du tout. Et dire que la Vogue est un événement populaire ! Faut dire que les manèges pour la plupart sont tellement sophistiqués. Difficile donc à rentabiliser. Où est le temps où l'on se dressait sur les voitures de pompiers ou les hélicoptères pour rattraper le pompon et gagner un tour supplémentaire ?
Philippe Faure
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mercredi 29 octobre 2008
Putain de banques !
Qu’est-ce que c’est que ce monde où il n’y a que le fric qui compte ?
Le fric des riches bien évidemment, mais aussi l’argent des pauvres. Pourquoi pas, l’argent c’est toujours de l’argent !
Qu’est-ce que c’est que ce monde des traders, mot barbare s’il en est.
J’entends partout qu’il faut sauver les banques pour qu’elles soient capables de réinjecter du crédit dans l’économie réelle. Vraiment ça me fait marrer. Quand je vois ce que les patrons de banques, les actionnaires, se mettent dans les poches, je doute que leur souci principal soit de sauver les petites PME et de permettre aux petites gens de survivre. Ce monde de l’argent est sans conscience. Pire, il sacrifie ce qui fait la dignité du peuple : le désir de vivre normalement.
Quand je songe à la misère du monde, à ces peuples en détresse, affamés, je me demande comment ces patrons de banques peuvent encore oser négocier des parachutes dorés.
Il faut quand même le redire, même si c’est démodé, l’argent ne donne pas de sens à la vie. Redisons-le : l’argent est un moyen de rendre les choses plus justes. Or, cette crise mondiale montre que l’argent ne crée que des injustices. Ce monde-là est dégoûtant et en plus c’est un monde de tricheur.
Tout de même ! Que l’Etat réinjecte des milliards dans cette nébuleuse alors que cette nébuleuse a appauvri presque la majorité de l’humanité pour n’enrichir que quelques-uns, c’est d’une absurdité absolue, d’une indécence totale. Ce monde-là ne mérite que notre mépris. Souvenons-nous du Crédit Lyonnais et de tant d’autres scandales. Ce sont toujours les mêmes qui paient l’addition : les plus modestes. Il n’y a vraiment pas de quoi montrer sa tête à la télévision mais bien plutôt se cagouler de honte.
Philippe Faure
P.S. Pour endiguer la faim dans le monde, il faudrait débloquer 3 milliards de dollars. Les gouvernements viennent de débloquer le plus naturellement du monde 180 milliards de dollars pour, soi-disant, sauver l’économie.
Le fric des riches bien évidemment, mais aussi l’argent des pauvres. Pourquoi pas, l’argent c’est toujours de l’argent !
Qu’est-ce que c’est que ce monde des traders, mot barbare s’il en est.
J’entends partout qu’il faut sauver les banques pour qu’elles soient capables de réinjecter du crédit dans l’économie réelle. Vraiment ça me fait marrer. Quand je vois ce que les patrons de banques, les actionnaires, se mettent dans les poches, je doute que leur souci principal soit de sauver les petites PME et de permettre aux petites gens de survivre. Ce monde de l’argent est sans conscience. Pire, il sacrifie ce qui fait la dignité du peuple : le désir de vivre normalement.
Quand je songe à la misère du monde, à ces peuples en détresse, affamés, je me demande comment ces patrons de banques peuvent encore oser négocier des parachutes dorés.
Il faut quand même le redire, même si c’est démodé, l’argent ne donne pas de sens à la vie. Redisons-le : l’argent est un moyen de rendre les choses plus justes. Or, cette crise mondiale montre que l’argent ne crée que des injustices. Ce monde-là est dégoûtant et en plus c’est un monde de tricheur.
Tout de même ! Que l’Etat réinjecte des milliards dans cette nébuleuse alors que cette nébuleuse a appauvri presque la majorité de l’humanité pour n’enrichir que quelques-uns, c’est d’une absurdité absolue, d’une indécence totale. Ce monde-là ne mérite que notre mépris. Souvenons-nous du Crédit Lyonnais et de tant d’autres scandales. Ce sont toujours les mêmes qui paient l’addition : les plus modestes. Il n’y a vraiment pas de quoi montrer sa tête à la télévision mais bien plutôt se cagouler de honte.
Philippe Faure
P.S. Pour endiguer la faim dans le monde, il faudrait débloquer 3 milliards de dollars. Les gouvernements viennent de débloquer le plus naturellement du monde 180 milliards de dollars pour, soi-disant, sauver l’économie.
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mardi 28 octobre 2008
Création de La Petite Fille aux allumettes

Ce samedi 25 octobre se sont achevées les premières représentations de La Petite Fille aux allumettes. Le spectacle sera repris du 3 au 31 décembre 2008.
Je dois admettre que ces premières représentations ont reçu un accueil formidable. Le "bouche à oreille" a immédiatement fonctionné et les salles étaient pleines. Quel plaisir tous les soirs d’accueillir ces enfants, ces familles, ces pères, ces mères, ces grands-parents, mélangés en une foule désireuse ! Plus que d’un public populaire, on pourrait évoquer la notion de "rassembler". Au fond, ce spectacle a rassemblé toutes les générations. Magnifique de retrouver cet enjeu du théâtre !
Le plaisir fut d’autant plus grand que cette création fut très difficile à mettre au point. Nous avons, l’équipe artistique et moi, traversé, non pas des périodes de doute, mais des périodes d’extrême difficulté. Car il faut bien le dire, donner à voir l’œuvre d’un poète n’est pas chose simple et la rendre accessible à des enfants à partir de 8 ans est un souci permanent. D’autant qu’il convient que les adultes y trouvent aussi "leur compte". Jamais je n’ai autant remis en chantier un spectacle, et lors des cinq premières représentations, nous n’avons cessé, tous les après-midi, de travailler sur des raccords. Le dernier jour, inventant même une scène collective dans le spectacle.
Mais au-delà du travail purement théâtral, il y a bien sûr l’humeur, l’état du metteur en scène qui agit sur l’imaginaire du spectacle et, il faut bien le dire, au moment d’aborder les répétitions en juin, et jusqu’au milieu du mois de juillet, l’humeur et l’état du metteur en scène n’étaient pas des plus heureux. Et quand le malheur est là, comment inventer la légèreté ? Dieu soit loué, la longue nuit s’achève et la clarté du jour réapparaît. Du coup, cette légèreté-là a envahi tout le spectacle, et des craquements d’allumettes de la petite fille est né un monde aérien qui, me semble-t-il, tous les soirs, a donné au public l’envie d’aimer délivrée de toute souffrance.
Philippe Faure
L’artisan et le mendiant
Il y a, d’une part les collectivités territoriales (Ville, Conseil général, Région) et d’autre part, le Ministère de la Culture avec un ministre à Paris et un directeur de DRAC à Lyon.
Les rapports avec les collectivités territoriales sont basés sur une vraie confiance. Nous travaillons dans une ville, au cœur d’une région. Nous sommes dans le concret de notre action et celle-ci peut être jugée sur le terrain à tout moment. La Croix-Rousse file vers les 10.000 abonnés. Elle a un taux d’autofinancement d’environ 60 %. Elle programme la plupart des metteurs en scène significatifs d’une esthétique : de Bruno Meyssat à Patrice Chéreau, de Bruno Boëglin à Richard Brunel, de Emilie Valantin à Laurent Pelly… Ses propres productions sont systématiquement suivies de longues tournées (entre 80 et 150 représentations pour chaque création). Tout cela fait l’objet d’un dialogue permanent avec les élus de tous bords.
La relation au Ministère de la Culture est d’un tout autre ordre puisqu’elle nous impose une posture de mendiant. Que mendions-nous ? Un vrai dialogue, une vraie honnêteté intellectuelle (Ah ! cette façon qu’a l’Etat de gagner du temps en diligentant des inspections, des audits, en fixant des échéances sans cesse contrariées, en se contredisant même entre la DRAC et le cabinet du ministre : l’un affirmant des décisions, l’autre les diluant dans le temps). Des mendiants parce que l’Etat nous impose une solitude assez vertigineuse. Nous sommes seuls face à ce monde de conseillers, de chefs de cabinet, de directeurs, de sous-directeurs, presque toujours à la recherche de la meilleure technique d’évitement.
Parfois (comme c’est le cas ici), un préfet de région (Jacques Gérault en l’occurrence) vient à notre secours, et alerte fermement notre ministre sur notre situation ubuesque.
Au fond, et Jérôme Bouët, ancien directeur de la DRAC, l’avait très précisément dit dans une interview, en parlant de l’époque où il était directeur de la DMDTS : « De Paris, on ne peut pas se rendre compte du travail d’un Philippe Faure à Lyon. » Il décida de faire de la Croix-Rousse une scène nationale (voir diverses interviews). Aussitôt le rapport Paris/Province se pose et son extrême déséquilibre. Là encore, nous mendions un rééquilibrage des moyens et des décisions.
Qu’on me comprenne bien, il n’y a pas de honte à être un mendiant et la brutalité de l’époque en jette dans les rues en quantités industrielles. Ce qui est dérangeant, pour ne pas dire insultant, c’est que le Ministère de la Culture crée ses mendiants. Pour reprendre l’expression fameuse de François Mitterrand : « le Ministère de la Culture a ses pauvres à lui. »
Tout de même, que faisons nous ici à La Croix-Rousse (et tous les autres ailleurs) si ce n’est défendre un service public, assumer une mission d’intérêt général ? L’Etat lui ne mendie pas, il se sert. Il fait les poches des collectivités territoriales et il nous regarde d’en haut en ne comprenant pas notre tristesse à mendier. Le pire dans tout cela, c’est que nous ne sommes plus en colère, nous ne sommes plus dans le combat. Comme "la petite fille aux allumettes" d’Andersen, nous tendons la main dans le froid de l’hiver. L’Etat, lui, a mieux à faire que de nous prendre la main, il sauve les banques.
Dieu soit loué (si j’ose dire), nous avons toujours assumé nos responsabilités, nous avons toujours payé de notre personne, nous n’avons jamais cherché à gagner du temps, à élaborer des stratégies tortueuses. Nous sommes là pour faire entendre la parole des poètes, pour que les metteurs en scène inventent le théâtre d’aujourd’hui, pour que les comédiens soient confrontés aux grands rôles. Nous sommes là pour que le public partage notre aventure. Peut-être le temps viendra-t-il où le Ministère de la Culture acceptera et décidera que nous sommes les artisans de cet art si mystérieux et si impalpable qu’est le théâtre ? Alors nous pourrons ranger dans nos malles d’osier nos oripeaux de mendiants et au hasard d’un Shakespeare, nous les ressortirions pour créer de vrais mendiants de théâtre.
Philippe Faure
À paraître dans La Tribune de Lyon le jeudi 30 octobre 2008.
Les rapports avec les collectivités territoriales sont basés sur une vraie confiance. Nous travaillons dans une ville, au cœur d’une région. Nous sommes dans le concret de notre action et celle-ci peut être jugée sur le terrain à tout moment. La Croix-Rousse file vers les 10.000 abonnés. Elle a un taux d’autofinancement d’environ 60 %. Elle programme la plupart des metteurs en scène significatifs d’une esthétique : de Bruno Meyssat à Patrice Chéreau, de Bruno Boëglin à Richard Brunel, de Emilie Valantin à Laurent Pelly… Ses propres productions sont systématiquement suivies de longues tournées (entre 80 et 150 représentations pour chaque création). Tout cela fait l’objet d’un dialogue permanent avec les élus de tous bords.
La relation au Ministère de la Culture est d’un tout autre ordre puisqu’elle nous impose une posture de mendiant. Que mendions-nous ? Un vrai dialogue, une vraie honnêteté intellectuelle (Ah ! cette façon qu’a l’Etat de gagner du temps en diligentant des inspections, des audits, en fixant des échéances sans cesse contrariées, en se contredisant même entre la DRAC et le cabinet du ministre : l’un affirmant des décisions, l’autre les diluant dans le temps). Des mendiants parce que l’Etat nous impose une solitude assez vertigineuse. Nous sommes seuls face à ce monde de conseillers, de chefs de cabinet, de directeurs, de sous-directeurs, presque toujours à la recherche de la meilleure technique d’évitement.
Parfois (comme c’est le cas ici), un préfet de région (Jacques Gérault en l’occurrence) vient à notre secours, et alerte fermement notre ministre sur notre situation ubuesque.
Au fond, et Jérôme Bouët, ancien directeur de la DRAC, l’avait très précisément dit dans une interview, en parlant de l’époque où il était directeur de la DMDTS : « De Paris, on ne peut pas se rendre compte du travail d’un Philippe Faure à Lyon. » Il décida de faire de la Croix-Rousse une scène nationale (voir diverses interviews). Aussitôt le rapport Paris/Province se pose et son extrême déséquilibre. Là encore, nous mendions un rééquilibrage des moyens et des décisions.
Qu’on me comprenne bien, il n’y a pas de honte à être un mendiant et la brutalité de l’époque en jette dans les rues en quantités industrielles. Ce qui est dérangeant, pour ne pas dire insultant, c’est que le Ministère de la Culture crée ses mendiants. Pour reprendre l’expression fameuse de François Mitterrand : « le Ministère de la Culture a ses pauvres à lui. »
Tout de même, que faisons nous ici à La Croix-Rousse (et tous les autres ailleurs) si ce n’est défendre un service public, assumer une mission d’intérêt général ? L’Etat lui ne mendie pas, il se sert. Il fait les poches des collectivités territoriales et il nous regarde d’en haut en ne comprenant pas notre tristesse à mendier. Le pire dans tout cela, c’est que nous ne sommes plus en colère, nous ne sommes plus dans le combat. Comme "la petite fille aux allumettes" d’Andersen, nous tendons la main dans le froid de l’hiver. L’Etat, lui, a mieux à faire que de nous prendre la main, il sauve les banques.
Dieu soit loué (si j’ose dire), nous avons toujours assumé nos responsabilités, nous avons toujours payé de notre personne, nous n’avons jamais cherché à gagner du temps, à élaborer des stratégies tortueuses. Nous sommes là pour faire entendre la parole des poètes, pour que les metteurs en scène inventent le théâtre d’aujourd’hui, pour que les comédiens soient confrontés aux grands rôles. Nous sommes là pour que le public partage notre aventure. Peut-être le temps viendra-t-il où le Ministère de la Culture acceptera et décidera que nous sommes les artisans de cet art si mystérieux et si impalpable qu’est le théâtre ? Alors nous pourrons ranger dans nos malles d’osier nos oripeaux de mendiants et au hasard d’un Shakespeare, nous les ressortirions pour créer de vrais mendiants de théâtre.
Philippe Faure
À paraître dans La Tribune de Lyon le jeudi 30 octobre 2008.
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mercredi 22 octobre 2008
En rentrant de la première de La Petite Fille aux allumettes… Sœur Emmanuelle m’attendait dans l’écran de la télévision
Hier au soir, en rentrant tard de la première de La Petite Fille aux allumettes, j’allume la télévision et je tombe sur une rediffusion de l’émission de Michel Drucker « Vivement dimanche », émission enregistrée il y a huit ans, toute entière consacrée à Sœur Emmanuelle.
A cette heure-là de la nuit, ça fait une drôle d’impression d’entendre cette femme de presque quatre-vingt-dix ans parler du monde en employant des mots aussi simples que : générosité, fraternité, amour, solidarité, homme debout ; de la voir applaudir comme une gamine à tous les chanteurs invités par Michel Drucker ; accueillir des gens comme Boutros Boutros-Ghali (ancien Secrétaire général de l’ONU), Xavier Emmanuelli (type assez remarquable, co-fondateur de Médecins sans frontières et fondateur du Samu social) avec une ferveur malicieuse ; rire à gorge déployée à tout bout de champ.
Stupéfaction pour moi dans cette émission : C. Jérôme chantait ! C’est donc qu’il y a huit ans il était encore vivant.
Quelques heures auparavant, l’OL battait Bucarest cinq buts à trois et devenait un grand d’Europe.
Encore un peu avant, la première représentation de La Petite Fille aux allumettes fut très tendrement reçue.
Dehors, il pleuvait.
J’ai l’impression que Sœur Emmanuelle et Andersen : même combat. Prendre soin de tous les êtres blessés par la vie, les consoler et leur donner la force de vivre, quitte à les ressusciter s’ils sont déjà morts. Plus tard, dans le journal de la nuit, on nous expliqua que Sœur Emmanuelle (très finaude) avait enregistré le message publicitaire de ses mémoires. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle s’est plus fait confiance qu’elle n’a fait confiance aux résurrections divines. Quelle soirée !
Philippe Faure
A cette heure-là de la nuit, ça fait une drôle d’impression d’entendre cette femme de presque quatre-vingt-dix ans parler du monde en employant des mots aussi simples que : générosité, fraternité, amour, solidarité, homme debout ; de la voir applaudir comme une gamine à tous les chanteurs invités par Michel Drucker ; accueillir des gens comme Boutros Boutros-Ghali (ancien Secrétaire général de l’ONU), Xavier Emmanuelli (type assez remarquable, co-fondateur de Médecins sans frontières et fondateur du Samu social) avec une ferveur malicieuse ; rire à gorge déployée à tout bout de champ.
Stupéfaction pour moi dans cette émission : C. Jérôme chantait ! C’est donc qu’il y a huit ans il était encore vivant.
Quelques heures auparavant, l’OL battait Bucarest cinq buts à trois et devenait un grand d’Europe.
Encore un peu avant, la première représentation de La Petite Fille aux allumettes fut très tendrement reçue.
Dehors, il pleuvait.
J’ai l’impression que Sœur Emmanuelle et Andersen : même combat. Prendre soin de tous les êtres blessés par la vie, les consoler et leur donner la force de vivre, quitte à les ressusciter s’ils sont déjà morts. Plus tard, dans le journal de la nuit, on nous expliqua que Sœur Emmanuelle (très finaude) avait enregistré le message publicitaire de ses mémoires. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle s’est plus fait confiance qu’elle n’a fait confiance aux résurrections divines. Quelle soirée !
Philippe Faure
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Andersen et Zola selon Marc Voisin

Andersen et Zola. Quel jeu de correspondances, peut-on trouver chez ces deux auteurs à priori très éloignés ? Que nous révèlent-ils ?
Zola sonde l’être humain « comme un scientifique », disait-il. Il fouille ses entrailles à la façon d’un entomologiste pour y trouver la part animale, qui nous entraîne irrémédiablement, y compris dans les zones les plus sombres. Il traque la bête dans le ventre chaud.
C’est un voyage intérieur. Nous sommes au plus près de l’intime. Un voyage mental qui nous entraîne dans un univers carcéral. C’est en partant des replis de notre chair que Zola raconte notre monde.
Andersen prend un chemin, pour ainsi dire, inverse. Chez Andersen, c’est le monde, le vaste monde dans son intégralité qui prend la parole. Le vent, la poussière dont on fait les étoiles, les fleurs, les insectes ; jusqu’aux objets les plus anodins. Une grande galerie de petites choses muettes, fragiles ou ignorées qui se racontent, prennent corps, vie et sens. Une féerie, sombre souvent, qui nous ouvre les yeux, qui réinvente notre perception du monde et l’élargit. Les choses les plus communes ont une grâce de nouveauté pour qui sait les voir, comme disait l’autre. Pour qui veut bien prêter attention à Andersen, ce sont alors les petites choses de ce vaste monde qui nous révèlent à nous-mêmes.
Un trajet inverse donc entre ces deux poètes. Deux espaces fictifs différents. Deux gauchissements de la réalité. Mais, et c’est là, me semble-t-il, que se joue les correspondances. Un souci commun chez ces deux hommes si fébrilement en prise avec leur monde, grands observateurs et grands sensibles, de sonder l’état de l’être humain plongé dans son monde, sa présence aux autres (non-présence souvent), sa solitude, la misère qu’elle génère. Et partout à l’œuvre en filigrane, le manque et la quête d’amour.
Marc Voisin, interprète de Laurent dans Thérèse Raquin et du hussard et de l'ange dans La Petite Fille aux allumettes.
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lundi 20 octobre 2008
Un week-end (veille de première) à La Croix-Rousse
Il a fait très beau ce week-end. Un soleil d’automne à nul autre pareil, et pourtant toute l’équipe de La Petite Fille aux allumettes est restée enfermée dans le théâtre jusqu’à tard dans la nuit.
Et là, qu’avons-nous fait ? Nous avons lancé de la fausse neige dans le décor du spectacle, nous avons donné vie à un bonhomme de neige, à des crapauds, à une sorcière, au vent, à un vieux réverbère et à tant d’autres personnages d’Andersen. Il faut dire que ce week-end d’automne, nous étions, nous, sur le plateau, la veille du jour de l’an et qu’une petite fille, pieds nus, grelottait dans le froid. C’est quand même assez fou dans la manière que le théâtre a de décaler le temps !
Malgré cet enfermement forcé, chacun n’a eu de cesse de me dire que j’avais retrouvé un teint de bébé. Ce qui est sûr, c’est que le soleil n’y est pour rien. Ce sont les globules rouges transfusés à l’Hôpital de la Croix-Rousse les seuls responsables de cette métamorphose.
Vive les globules rouges !
Enfin ! je n’ai plus ce teint quasi mortifère qui faisait peur à tout le monde. Est-ce une conséquence ? Mais il y eut cette invitation à dîner de Virginie, si belle, si élégante, tout en noir, avec quelque chose de délicat dans la façon qu’elle a de vous regarder. Décidemment la délicatesse est un des plus beaux mots de la langue française.
Finalement, ce soleil d’automne, cette fausse neige, ces crapauds, ce teint rose retrouvé et cette délicate jeune femme apparue, tout cela, plus qu’un week-end de vogue, inspira mon travail, et le filage de dimanche soir fut un filage serein. On pouvait avoir l’impression de s’être abandonné au monde d’Andersen (à moins que ce soit lui qui fut venu à nous).
Philippe Faure
Et là, qu’avons-nous fait ? Nous avons lancé de la fausse neige dans le décor du spectacle, nous avons donné vie à un bonhomme de neige, à des crapauds, à une sorcière, au vent, à un vieux réverbère et à tant d’autres personnages d’Andersen. Il faut dire que ce week-end d’automne, nous étions, nous, sur le plateau, la veille du jour de l’an et qu’une petite fille, pieds nus, grelottait dans le froid. C’est quand même assez fou dans la manière que le théâtre a de décaler le temps !
Malgré cet enfermement forcé, chacun n’a eu de cesse de me dire que j’avais retrouvé un teint de bébé. Ce qui est sûr, c’est que le soleil n’y est pour rien. Ce sont les globules rouges transfusés à l’Hôpital de la Croix-Rousse les seuls responsables de cette métamorphose.
Vive les globules rouges !
Enfin ! je n’ai plus ce teint quasi mortifère qui faisait peur à tout le monde. Est-ce une conséquence ? Mais il y eut cette invitation à dîner de Virginie, si belle, si élégante, tout en noir, avec quelque chose de délicat dans la façon qu’elle a de vous regarder. Décidemment la délicatesse est un des plus beaux mots de la langue française.
Finalement, ce soleil d’automne, cette fausse neige, ces crapauds, ce teint rose retrouvé et cette délicate jeune femme apparue, tout cela, plus qu’un week-end de vogue, inspira mon travail, et le filage de dimanche soir fut un filage serein. On pouvait avoir l’impression de s’être abandonné au monde d’Andersen (à moins que ce soit lui qui fut venu à nous).
Philippe Faure
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jeudi 16 octobre 2008
Bienvenue !
C'est une sorte de journal intime que j'invente sur ce blog. Rien de ce qui ne se passe dans un lieu comme un théâtre ne peut être détaché de la vie heureuse ou malheureuse de celui qui l'anime.
Bienvenue !
Philippe Faure
Bienvenue !
Philippe Faure
mardi 14 octobre 2008
De l’utilité de ne pas être mort

Un accident de santé a failli avoir raison de ma vie. La mort m’a frôlé. Je suis donc par la force des choses, un autre. Un survivant. Et de cette vie nouvelle, deux évidences surgissent.
D’abord il me faut absolument être utile, de là où je suis : responsable d’une institution théâtrale. Toute idée égoïste m’est insupportable. Je me dois d’être au service des autres plus que jamais. Le théâtre est l’art de donner une âme à toute idée qui s’occupe d’humanité et ces idées sont portées par les poètes. Alors oui, je suis utile à donner à entendre la parole des poètes et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que les poètes ne soient pas sacrifiés à la réalité de la crise.
La seconde évidence, c’est que seul l’amour nous donne la dignité d’être vivant. Je veux ignorer (dans ce monde en plein désarroi), les ricanements, les indifférences, les petits arrangements avec eux-mêmes de ceux pour qui l’amour n’est pas notre seule vraie responsabilité.
Quand on a failli être mort, on se demande à quoi l’on a servi sur terre. Et bien moi, je veux servir les poètes et l’amour. Fébrile de la vie qui m’a retenu, j’ose dire : ayons l’audace d’être utile et ne laissons pas la mesquinerie, l’orgueil, l’insatisfaction, la lâcheté, la vanité, le narcissisme nous détourner de notre devoir : Aimer être utile. Il est utile d’aimer.
Toute la saison de La Croix-Rousse/Scène nationale de Lyon (et tout le reste) est dédiée à Laurence Guedj qui fut la douceur et la force incarnée et qui envers et contre la maladie porta haut l’esprit de notre théâtre. Nous sommes avec elle.
Philippe Faure
Guillaume Depardieu est mort

Il y a quelques semaines, j’avais eu la chance de le rencontrer. C’était pour moi l’acteur le plus génial de sa génération, au même titre que Patrick Dewaere. Je lui avais proposé le rôle de Tartuffe et il était intéressé.
C’était un de ces êtres que j’admire plus que tout au monde, tout en fébrilité, tout en élans, tout en amour, tout en peur, tout en courage, tout en douceur, tout en secret.
Un de ces êtres qui nous donnent envie de nous surpasser, de nous dépasser.
Un de ces êtres qui ne cherchent pas à être peinard, planqué, intégré, codé, mais au contraire qui considéraient que la vie ne mérite pas d’être petite et mesquine.
Sa mort me bouleverse. Il y a tant de faiseurs, tant de "petits bras", tant de médiocrité, tant de vacanciers que le jour où un innocent meurt, on peut avoir l’impression que c’est le monde entier qui s’écroule.
Je pense au chagrin de son père, lui aussi acteur admirable, je pense à cette famille hors norme. J’ai son numéro de téléphone sur une page de mon agenda, il ne me répondra plus jamais. C’est à pleurer et je pleure.
Philippe Faure
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Guillaume Depardieu
lundi 13 octobre 2008
Monter La Petite Fille aux allumettes aujourd'hui

Le mot de récession est lâché depuis ce matin sur les ondes, à la télévision et dans la presse.
C’est donc que nous allons aborder (quand je dis nous, c’est le pays et le monde entier) une période extraordinairement dure économiquement et où le nombre des exclus va gonfler au fur et à mesure.
Evidemment, les plus pauvres vont rester encore plus pauvres, les plus fragiles vont devenir à leur tour pauvres, et les classes moyennes vont considérablement réduire leur train de vie pour aller uniquement à l’essentiel et ne pas risquer elles-mêmes de glisser vers la pauvreté.
Aussi, je me suis dit ce matin que créer La Petite Fille aux allumettes n’est plus du tout un acte innocent. Cette création, me semble-t-il, nous investit d’une responsabilité tout à fait nouvelle. Car au fond, grâce à Andersen, ce court spectacle va résumer la situation du monde. Les pauvres auront beau tendre la main, ceux qui ne sont pas encore pauvres n’auront ni le temps, ni le désir de prendre cette main. Ils passeront leur chemin en priant de ne pas être touchés eux-mêmes par la crise. Et puis, peut-être, au delà de ce constat, cette histoire pose la question de la parole des poètes. A quoi sert-elle en des temps troublés et dramatiques ? Bien sûr, à s’échapper de la réalité, mais aussi sans doute à rêver à un monde meilleur et plus juste. Un monde où les crapauds, les bonshommes de neige, les vents, les lampadaires, auraient le pouvoir de transformer la vie.
Philippe Faure
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Diptyque : La Petite Fille aux allumettes suivie de Thérèse Raquin

La Petite Fille aux allumettes ainsi que Thérèse Raquin, adaptées pour le théâtre par Philippe Faure, viennent de paraître dans un même ouvrage aux éditions la passe du vent (9€).
Commander en ligne
Dans Thérèse Raquin, Thérèse et Mme Raquin ont une petite mercerie, dans une impasse pluvieuse. Tout cela ne respire pas le luxe. Dans La Petite Fille aux allumettes, évidemment celle-ci est obligée de vendre des allumettes à ses clients indifférents pour ne pas se faire battre par son père et gagner quelques sous pour se nourrir.
Émile Zola et Christian Hans Andersen nous disent à leur manière qu’on échappe pas à son destin. Dès que Thérèse rencontrera Laurent, son avenir sera inéluctable. Quant à la pauvre petite fille aux allumettes si pauvre, si seule, elle mourra de cette pauvreté et de cette solitude.
Malgré tout, et Zola et Andersen, à travers le mystère des destins, nous disent que rien n’est pire que la tranquillité de la vie. Souvenons-nous de Musset et de On ne badine pas avec l’amour : "Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime (…) J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice, créé par mon orgueil et mon ennui."
Histoires d'une saison par Philippe Faure
Duras. Dominique Blanc. Patrice Chéreau à la Croix-Rousse. Juste pour deux représentations. Ce n’est même plus un événement. Ça tient du miracle. Jean-Marc Avocat et Racine. Ça tient du Phénomène. Après une Bérénice à guichets fermés la saison dernière, lui est apparu le désir fou d’une trilogie. Avocat possède une force intérieure qui nous sidère tous _ Pascal Mengelle et son Macbeth. On garde le souvenir ébloui de l’un de ses précédents passages chez nous avec Van Gogh le suicidé de la société (Arthaud) _ On ne badine pas avec l’amour (Musset). Quatrième saison. Comment quitter une histoire d’amour aussi profonde ? Impossible. Alors on file vers les 150 représentations… Ainsi on gagne du temps _ Laurent Brethome (Feydeau) on se souvient de son "Levin". Ça risque d’être du "brutal". D’être humain et drôle aussi. Il est comme ça Brethome _ Joris Mathieu / Volodine et leur trilogie. C’est à voir parce que ces images-là n’existaient pas encore au théâtre, avant eux _ Laurent Gaudé qui puise dans le passé les blessures d’aujourd’hui _ Thérèse Raquin / Zola. C’est un compagnonnage à la vie à la mort, si j’ose dire _ Sartre / Camus enfin à la Croix-Rousse. Nous rêvions de les donner à entendre. Deux œuvres fondamentales et si rarement jouées. Les Justes, Les Mains sales. Quand le théâtre osait encore poser des questions qui nous dépassent _ De la danse. Deux spectacles. Grâce à Guy Darmet que nous aimons d’amour. Et oui ! _ Du cirque (Hirsute) pour la première fois à la Croix-Rousse. Et en plus l’équipe est d’ici, de Die ! _ De l’opéra ! Pourquoi pas ! Là aussi une première. Une histoire bouleversante : Jérémy Fisher ! _ Du Hip Hop ! Nous le voulions absolument. Le camarade Emmanuel Daumas est de l’aventure. Chic ! Il était un acteur génial dans Le Roi nu de Laurent Pelly _ Guitry. Ah oui ! Guitry et sa folie à nulle autre pareille. Une histoire d’adultère pas piqué des vers _ Andersen et sa Petite Fille aux allumettes. Andersen et son monde invraisemblable mais si humain _ Dominique Pitoiset, dont nous admirons les mises en scène (souvenons-nous de Sauterelles de Biljana Srbljanovic), ici avec Wajdi Mouawad, enfin chez nous _ Omar Porras encore et toujours. Après tous ses triomphes chez nous et ailleurs (Maître Puntila et son valet Matti, le dernier en date) Les Fourberies de Scapin / Molière. Ça promet _ Et pour finir (ou plutôt pour commencer) du Flamenco. Vivement l’avenir !
Philippe Faure
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