Ce matin, le 19 février, très longue conversation avec René Gonzalez qui dirige le Théâtre Vidy de Lausanne, l'une des toutes premières maisons de théâtre en Europe, si ce n'est la première. Il y eut ce matin, dans notre dialogue, une sorte d'effervescence intellectuelle en même temps de fous rires et de légèreté et à la fin de la gravité. Je lui ai exposé mon projet dont j'ai parlé hier dans ce blog pour les prochaines années du Théâtre de la Croix-Rousse. Projet éminemment politique et, autant le dire, René Gonzalez y a adhéré avec une joie quasi enfantine. Il coproduira et accueillera pour une longue série ma prochaine création fin 2011, directement reliée à la nouvelle aventure de La Croix-Rousse.
René Gonzalez est une sorte de roc physiquement. La maladie l'a traitreusement assailli il y a maintenant presque 2 ans. Elle a failli même avoir raison de son énergie vitale. Mais le gaillard a ressuscité comme s'il lui était impossible d'admettre que le temps s'arrête. Derrière cette force de la nature, il y a chez lui une gourmandise de la vie, une approche quasi évanescente des sentiments. Il est, me dit-il, furieusement amoureux et furieusement aimé. Bien sûr, notre dialogue s'apparente souvent à des "mises à nu". Nous n'avons pas peur, ni l'un, ni l'autre de nous avouer nos échecs, nos défaites, nos drames intérieurs. Mieux que personne, il sait combien ces deux dernières années m'ont épuisé et désolé. Et aujourd'hui nous plaisantons de cette effervescence intellectuelle qui s'est emparée de moi.
Il est une sorte de conscience, il a accompagné les plus grands metteurs en scène de la scène européenne, Matthias Langhoff, Luc Bondy… Ce que j'admire le plus chez lui, c'est cette soif de découverte. Il fait tellement confiance à la jeunesse ! Et souvent, avec elle, il prend tous les risques.
Ce qu'il m'a appris, c'est de ne jamais être un homme du passé, d'être dans le présent et toujours d'être un homme d'avenir. Il est à Vidy adoré par son équipe qui ne cesse de lui manifester sa reconnaissance. Il n'y a jamais chez lui de mépris pour rien ou pour personne. Souvent, il me répète : « Ne perds pas de temps avec ceux qui te veulent du mal. Ne t'occupe que de ceux qui te veulent du bien. »
Je vis avec lui une sorte d'histoire d'amour toujours recommencée, ce qui n'empêche pas parfois, comme dans toutes les histoires d'amour, que nous ayons de vives colères l'un envers l'autre. Aujourd'hui nous vivons "un bonheur sans nuages", comme pourrait dire certains couples hétérosexuels.
Je lui dois beaucoup, j'allais dire presque tout. Il me rappelle constamment que l'intelligence et l'intuition sont les deux conditions pour être un homme honorable. Il ajoute qu'il ne faut jamais calculer ni son amour ni son admiration, il faut plonger. René Gonzalez est un plongeur hors pair, c'est sûr que s'il allait aux jeux olympiques, il serait médaille d'or. Mais, à ce que je sache, René Gonzalez n'est absolument pas sportif.
Philippe Faure
vendredi 19 février 2010
jeudi 18 février 2010
Toujours s'émerveiller
Ce matin, 18 février, comité de suivi au Théâtre de la Croix-Rousse. Le Ministère de la Culture, la Ville de Lyon, la Région Rhône Alpes, le Conseil Général du Rhône et leurs représentants éminents sont réunis pour définir la nouvelle convention qui nous liera à chacune de ces collectivités, convention qui sera signée dans le courant du mois de mai. Plutôt que de la redéfinir j'ai souhaité que cette convention soit l'objet d'une vraie refondation quant à notre mission. Je ne veux pas ici entrer dans les détails car chacun devra avoir la surprise de notre avenir en découvrant notre prochaine saison.
Beaucoup de choses vont changer tant dans la forme que dans le fond. La dénomination même de notre théâtre paraitra sans doute quelque peu révolutionnaire en ces temps où la politique a tendance à se perdre dans les détails et va rarement à l'essentiel. J'ai souhaité que notre maison s'inscrive, oserais-je dire, dans "l'urgence sociale" tout en proposant évidemment l'excellence artistique. Je dois dire que chacune des collectivités a accepté mon projet avec enthousiasme. Une certaine complicité, voire même une certaine tendresse, a régné sur ce comité de suivi. Cela tendrait à prouver que lorsque chacun est de bonne volonté et écoute l'autre, une vraie confiance peut s'instaurer, des idées être émises, des engagements pris et enfin un vrai projet de service public défini.
J'ai offert à chacun des participants le Discours de Suède prononcé par Albert Camus lors de sa remise du prix Nobel à Stockholm (éditions Folio). J'ai aussi beaucoup évoqué l'œuvre de Louis Guilloux, magnifique écrivain français trop méconnu qui n'a cessé d'écrire l'histoire du peuple. Bien sûr, j'ai, à de nombreuses reprises, fait allusion à l'œuvre de Victor Hugo que je ne cesse d'entreprendre ces temps-ci.
D'ailleurs, à propos d'auteurs, depuis quelques temps je suis saisi d'une sorte de boulimie de lecture, comme si soudain j'étais affolé par mon ignorance. Peut-être est-ce la froidure de l'hiver, mais mon esprit a constamment besoin d'être réchauffé par toutes ces utopies. Par exemple deux livres que je viens de lire coup sur coup : Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik, et Un très grand amour de Franz-Olivier Giesbert. Deux livres chacun bouleversants dans leur genre.
Diriger un théâtre, l'animer, ne s'arrête pas évidemment à un certain talent d'organisateur car avant toute chose il convient de rêver l'aventure que l'on mène. Cette phrase de Camus : « Pour parler de tous et à tous, il faut parler de ce que tous connaissent et de la réalité qui nous est commune. La mer, les pluies, le besoin, le désir, la lutte contre la mort, voilà ce qui nous réunit tous (…) la réalité du monde est notre commune patrie. » Cette phrase encore de Camus qui ne cesse de me fasciner : « le secret de la vie coïncide avec celui de l'art. »
Enfin, il y a dans le fait de mener une aventure comme celle de La Croix-Rousse un infini besoin d'amour. En donner, parfois en recevoir, mais surtout en donner. Je suis obsédé par l'idée que toute vie n'a de sens que si elle est tournée vers les autres, que si nous faisons don de nous mêmes. Cette phrase encore de Camus : « Les artistes ne méprisent rien, ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. » Comprendre, voilà bien le sens de notre travail, de notre engagement.
Le temps s'est radouci. Il fait doux. Les corps se décrispent. Bientôt l'éveil du printemps. Bientôt la très belle Romane Bohringer. Bientôt le 31 mai, où nous lancerons cette nouvelle étape de notre travail en lançant notre nouvelle saison.
Toujours la joie d'être vivant et la joie d'avoir le désir d'aimer. Toujours s'émerveiller.
Philippe Faure
Beaucoup de choses vont changer tant dans la forme que dans le fond. La dénomination même de notre théâtre paraitra sans doute quelque peu révolutionnaire en ces temps où la politique a tendance à se perdre dans les détails et va rarement à l'essentiel. J'ai souhaité que notre maison s'inscrive, oserais-je dire, dans "l'urgence sociale" tout en proposant évidemment l'excellence artistique. Je dois dire que chacune des collectivités a accepté mon projet avec enthousiasme. Une certaine complicité, voire même une certaine tendresse, a régné sur ce comité de suivi. Cela tendrait à prouver que lorsque chacun est de bonne volonté et écoute l'autre, une vraie confiance peut s'instaurer, des idées être émises, des engagements pris et enfin un vrai projet de service public défini.
J'ai offert à chacun des participants le Discours de Suède prononcé par Albert Camus lors de sa remise du prix Nobel à Stockholm (éditions Folio). J'ai aussi beaucoup évoqué l'œuvre de Louis Guilloux, magnifique écrivain français trop méconnu qui n'a cessé d'écrire l'histoire du peuple. Bien sûr, j'ai, à de nombreuses reprises, fait allusion à l'œuvre de Victor Hugo que je ne cesse d'entreprendre ces temps-ci.
D'ailleurs, à propos d'auteurs, depuis quelques temps je suis saisi d'une sorte de boulimie de lecture, comme si soudain j'étais affolé par mon ignorance. Peut-être est-ce la froidure de l'hiver, mais mon esprit a constamment besoin d'être réchauffé par toutes ces utopies. Par exemple deux livres que je viens de lire coup sur coup : Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik, et Un très grand amour de Franz-Olivier Giesbert. Deux livres chacun bouleversants dans leur genre.
Diriger un théâtre, l'animer, ne s'arrête pas évidemment à un certain talent d'organisateur car avant toute chose il convient de rêver l'aventure que l'on mène. Cette phrase de Camus : « Pour parler de tous et à tous, il faut parler de ce que tous connaissent et de la réalité qui nous est commune. La mer, les pluies, le besoin, le désir, la lutte contre la mort, voilà ce qui nous réunit tous (…) la réalité du monde est notre commune patrie. » Cette phrase encore de Camus qui ne cesse de me fasciner : « le secret de la vie coïncide avec celui de l'art. »
Enfin, il y a dans le fait de mener une aventure comme celle de La Croix-Rousse un infini besoin d'amour. En donner, parfois en recevoir, mais surtout en donner. Je suis obsédé par l'idée que toute vie n'a de sens que si elle est tournée vers les autres, que si nous faisons don de nous mêmes. Cette phrase encore de Camus : « Les artistes ne méprisent rien, ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. » Comprendre, voilà bien le sens de notre travail, de notre engagement.
Le temps s'est radouci. Il fait doux. Les corps se décrispent. Bientôt l'éveil du printemps. Bientôt la très belle Romane Bohringer. Bientôt le 31 mai, où nous lancerons cette nouvelle étape de notre travail en lançant notre nouvelle saison.
Toujours la joie d'être vivant et la joie d'avoir le désir d'aimer. Toujours s'émerveiller.
Philippe Faure
jeudi 11 février 2010
Une journée ordinaire au Théâtre de la Croix-Rousse
10h30 Réunion de toute l'équipe. Tous les sujets sont abordés, relatifs à la vie du théâtre. J'annonce en particulier que l'une de mes collaboratrices va prendre trois mois de disponibilité pour raison personnelle. Bien sûr le point est fait sur les différents rendez-vous marquants : brunch avec Romane Bohringer, conférence de presse avec Pippo Delbono. Presque tous les spectacles d'ici la fin de saison sont quasi-complets.
Midi Déjeuner de travail
14h à 17h
- Dans la grande salle : lecture avec tous les comédiens de Badine de la prochaine pièce que je mettrai en scène la saison prochaine (ils m'ont fait ce plaisir de lire pour le fun).
- Dans la salle de réunion: rendez-vous entre les relations publiques et le consul de Madagascar pour préparer la venue des Cauchemars du gecko créé cet été en Avignon. Spectacle décapant.
- Dans les loges : un groupe d'étudiants de théâtre découvre l'univers des costumes. Nadine Chabannier, notre costumière, a préparé la rencontre avec beaucoup de soin et de détails. Elle explique en compagnie d'Alain Batifoulier, le décorateur, comment l'univers esthétique d'un spectacle se rêve puis se réalise.
- Dans le studio : les techniciens préparent l'accueil d'un prochain spectacle.
- Deux personnes de l'équipe (dont la responsable de la communication) partent à Paris découvrir un spectacle que nous allons accueillir.
- Evidemment la billetterie est en plein travail. Les représentations de Badine affichent complet (nous vendons les marches).
- L'équipe administrative est surchargée de travail (outre les 150 à 200 fiches de paye chaque mois) il faut préparer la clôture des comptes et organiser un comité de suivi pour la semaine prochaine (Ville, Etat, Région, Conseil Général) fondamental pour l'avenir du Théâtre.
- Le travail pour vendre notre prochaine création en tournée commence.
- Le téléphone sonne un peu partout.
19h Les comédiens de Badine arrivent.
Représentation à 20h. C'est au fond assez impressionnant et assez grisant de sentir ainsi une maison au travail. Chacun est concentré sur sa tâche et en même temps le dialogue est permanent. De furtives réunions s'improvisent entre deux portes. Des décisions qui trainaient jusque là soudain se prennent instantanément. Tout semble virtuel et pourtant rien n'est plus concret. Des classeurs entiers sont à signer mais cela n'empêche pas d'évoquer Jean Louis Trintignant ou Stephan Zweig. Se construit ainsi chaque jour, avec soin et force, énergie et imagination, le rassemblement de tant de gens et de désirs. Depardieu dans une interview géniale disait : « Je suis l'homme des gens ! » La formule est magnifique et je la fais mienne.
Dans l'après-midi, dialogue au téléphone avec Jean Jacques Queyranne, Président du conseil régional de Rhône Alpes (un vrai ami), avec Romane Bohringer (qu'elle est tendre). Je reçois un magnifique texto de Guillaume Gallienne dont tout le monde parle aujourd'hui et qui cartonne à Paris à l'Athénée avec son spectacle que nous avons accueilli il y a quelques semaines. Il me remercie entre autre pour dit-il ma "fabuleuse équipe". Beaucoup de mails aussi.
Ici est une maison amie, chacun peut y dialoguer avec tous mes collaborateurs de manière libre et confiante. Chacun ici est disponible à tout moment. Nous travaillons pour l'avenir de nos consciences, rêvant, imaginant, désirant, créant, surtout construisant. J'ai le sentiment que nous sommes une équipe de bâtisseurs. Nos constructions sont fragiles, éphémères, mais pourtant elles prennent corps. Comme j'aime ce mot, le corps. Je l'ai employé sous toutes les coutures (si j'ose dire), dans tous mes écrits (et dans tous mes actes?).
Cette phrase de Musset : « Comment me laisse-t-on ici si longtemps ? J'ai besoin de voir une femme, j'ai besoin d'un joli pied et d'une taille fine : j'ai besoin d'aimer. »
J'ai besoin à mon tour que la vie soit un corps à étreindre, ou plutôt j'ai besoin du corps de la vie.
22h Fin de la représentation de Badine. Triomphe osons le dire. Je n'ai pas regardé le spectacle ce soir mais pas mal téléphoné. En particulier les communications personnelles impossibles à passer dans la journée.
Retour chez moi vers 23 heures. Mille choses dans la tête qui se mélangent. Tant de désirs ! Aurai-je le temps de tout faire ?
Demain, journée au vu de l'agenda très chargée. Ca promet ! Aujourd'hui n'était qu'une journée ordinaire.
Philippe Faure
PS : Coup de fil de Christophe (Aline, Les marionnettes, Les mots bleus) qui souhaite revenir chanter chez nous la saison prochaine. C'est pas beau la vie ?
Midi Déjeuner de travail
14h à 17h
- Dans la grande salle : lecture avec tous les comédiens de Badine de la prochaine pièce que je mettrai en scène la saison prochaine (ils m'ont fait ce plaisir de lire pour le fun).
- Dans la salle de réunion: rendez-vous entre les relations publiques et le consul de Madagascar pour préparer la venue des Cauchemars du gecko créé cet été en Avignon. Spectacle décapant.
- Dans les loges : un groupe d'étudiants de théâtre découvre l'univers des costumes. Nadine Chabannier, notre costumière, a préparé la rencontre avec beaucoup de soin et de détails. Elle explique en compagnie d'Alain Batifoulier, le décorateur, comment l'univers esthétique d'un spectacle se rêve puis se réalise.
- Dans le studio : les techniciens préparent l'accueil d'un prochain spectacle.
- Deux personnes de l'équipe (dont la responsable de la communication) partent à Paris découvrir un spectacle que nous allons accueillir.
- Evidemment la billetterie est en plein travail. Les représentations de Badine affichent complet (nous vendons les marches).
- L'équipe administrative est surchargée de travail (outre les 150 à 200 fiches de paye chaque mois) il faut préparer la clôture des comptes et organiser un comité de suivi pour la semaine prochaine (Ville, Etat, Région, Conseil Général) fondamental pour l'avenir du Théâtre.
- Le travail pour vendre notre prochaine création en tournée commence.
- Le téléphone sonne un peu partout.
19h Les comédiens de Badine arrivent.
Représentation à 20h. C'est au fond assez impressionnant et assez grisant de sentir ainsi une maison au travail. Chacun est concentré sur sa tâche et en même temps le dialogue est permanent. De furtives réunions s'improvisent entre deux portes. Des décisions qui trainaient jusque là soudain se prennent instantanément. Tout semble virtuel et pourtant rien n'est plus concret. Des classeurs entiers sont à signer mais cela n'empêche pas d'évoquer Jean Louis Trintignant ou Stephan Zweig. Se construit ainsi chaque jour, avec soin et force, énergie et imagination, le rassemblement de tant de gens et de désirs. Depardieu dans une interview géniale disait : « Je suis l'homme des gens ! » La formule est magnifique et je la fais mienne.
Dans l'après-midi, dialogue au téléphone avec Jean Jacques Queyranne, Président du conseil régional de Rhône Alpes (un vrai ami), avec Romane Bohringer (qu'elle est tendre). Je reçois un magnifique texto de Guillaume Gallienne dont tout le monde parle aujourd'hui et qui cartonne à Paris à l'Athénée avec son spectacle que nous avons accueilli il y a quelques semaines. Il me remercie entre autre pour dit-il ma "fabuleuse équipe". Beaucoup de mails aussi.
Ici est une maison amie, chacun peut y dialoguer avec tous mes collaborateurs de manière libre et confiante. Chacun ici est disponible à tout moment. Nous travaillons pour l'avenir de nos consciences, rêvant, imaginant, désirant, créant, surtout construisant. J'ai le sentiment que nous sommes une équipe de bâtisseurs. Nos constructions sont fragiles, éphémères, mais pourtant elles prennent corps. Comme j'aime ce mot, le corps. Je l'ai employé sous toutes les coutures (si j'ose dire), dans tous mes écrits (et dans tous mes actes?).
Cette phrase de Musset : « Comment me laisse-t-on ici si longtemps ? J'ai besoin de voir une femme, j'ai besoin d'un joli pied et d'une taille fine : j'ai besoin d'aimer. »
J'ai besoin à mon tour que la vie soit un corps à étreindre, ou plutôt j'ai besoin du corps de la vie.
22h Fin de la représentation de Badine. Triomphe osons le dire. Je n'ai pas regardé le spectacle ce soir mais pas mal téléphoné. En particulier les communications personnelles impossibles à passer dans la journée.
Retour chez moi vers 23 heures. Mille choses dans la tête qui se mélangent. Tant de désirs ! Aurai-je le temps de tout faire ?
Demain, journée au vu de l'agenda très chargée. Ca promet ! Aujourd'hui n'était qu'une journée ordinaire.
Philippe Faure
PS : Coup de fil de Christophe (Aline, Les marionnettes, Les mots bleus) qui souhaite revenir chanter chez nous la saison prochaine. C'est pas beau la vie ?
vendredi 5 février 2010
définition
On peut très bien répondre par oui à une question qui n'est pas posée.
(Magnifique définition de l'Amour par Charles Juliet dans Lambeaux.)
Philippe Faure
(Magnifique définition de l'Amour par Charles Juliet dans Lambeaux.)
Philippe Faure
jeudi 4 février 2010
Anne de Boissy et Charles Juliet : un couple infernal
Sur mon bureau au théâtre, beaucoup de livres ouverts que je lis par intermittence :
• Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo
• Albert Cohen, Le livre de ma mère
• Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig
• Henri Pena – Ruiz, Un poète en politique. Les combats de Victor Hugo.
• Charles Baudelaire, Cent poèmes de Baudelaire
• Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne
• René Char, Lettera amorosa
• Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon
Tous à leur manière tentent d'appréhender le réel, comme s'il fallait absolument dépasser le réel pour découvrir "l'inconnu". Car seul l'inconnu "vaut la peine". Dans beaucoup de cas c'est la mort qui pour eux définit le mieux cet inconnu. Mais étrangement, le chemin jusque là est définitivement poétique. Esthétique pourrions nous dire. Et cette esthétique est la définition même de l'art de chacun. J'adore avoir à ma portée tous ces visionnaires qui toujours créent du désir, du vertige, une certaine fascination. Sans l'art nous ne sommes rien. Rien d'autre que "d'ordinaires consommateurs". L'art nous donne la mesure de notre (nos) responsabilités. S'élever. Elever notre esprit. Ne pas le réduire à la facilité de ce que nous sommes. Mon Dieu, que de progrès avons nous à faire, ai-je à faire ?... En rentrant chez moi dans la soirée, d'autres livres m'attendent. En particulier une magnifique biographie de Rimbaud.
Ce matin, réunion d'équipe. La prochaine saison est définitivement définie et calée. Elle est particulièrement et artistiquement impressionnante. D'autre part dans sa forme elle est assez radicale. Changement de cap pourrions nous prétendre. Mais de tout cela j'aurais le temps de reparler plus tard. Nous ne sommes qu'à la moitié de la saison en cours. Tant de rendez-vous nous attendent encore d'ici le mois de juin.
Hier au soir, vu AVATAR en douce compagnie. Adoré ce film. Incroyable génie que ce James Cameron. Ce système 3D si impressionnant. Et puis, contrairement à ce que j'entends ici et là, le fond est égal à la forme. Du grand Art. Du jamais vu.
J'ai ouvert avec notre conseil juridique le chantier des heures supplémentaires. D'abord, d'un point de vue technique. Et dans quelques semaines, nous l'aborderons concrètement avec les salariés. Vaste chantier auquel je tiens beaucoup. Là encore, nous y reviendrons.
Fou, vertigineux même le nombre de propositions de spectacles que nous recevons. Est-ce bon signe ? Sûrement pas car tant de propositions ne semblent pas "venir de l'intérieur". Nous essayons de répondre à presque tous dans la mesure du possible. Ils est urgent que nos maisons se reconcentrent sur "l'essentiel". On en reparle ou plutôt on le fait.
Vu Lambeaux de Charles Juliet dans la petite salle de La Croix-Rousse. Je connais bien Charles Juliet à qui j'avais commandé une pièce il y a quelques années, et que finalement je ne "sentais" pas de mettre en scène. C'est Planchon qui s'y colla et le résultat global fut assez décevant. Depuis je n'ai pas revu Charles Juliet. Or c'est un homme pour qui j'ai beaucoup d'estime. Il m'est arrivé d'avoir de longues conversations avec lui. Son rapport au silence et à l'écriture est fascinant. Son rapport à l'enfance aussi. Terrible même. Lambeaux est le portrait de sa mère. Son écriture classique détaille scrupuleusement la réalité de sa vie et son effondrement intérieur. Pas de lyrisme, ni d'envolée. Une sorte de carnet de route vers la folie ; l'abandon. Anne de Boissy donne vie à ces paroles avec soin et élégance. Le déchirement vient peu à peu, pas à pas, mot après mot. Jusqu'à la rage finale. Lambeaux est un moment de théâtre d'une pureté infinie, et chaque soir devant des salles pleines, le public est bouleversé.
Ce matin le soleil est là donc tout est possible !
« Celui (...) qui comprend sans effort, le langage des fleurs et des choses muettes.»
Charles Baudelaire
Philippe Faure
• Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo
• Albert Cohen, Le livre de ma mère
• Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig
• Henri Pena – Ruiz, Un poète en politique. Les combats de Victor Hugo.
• Charles Baudelaire, Cent poèmes de Baudelaire
• Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne
• René Char, Lettera amorosa
• Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon
Tous à leur manière tentent d'appréhender le réel, comme s'il fallait absolument dépasser le réel pour découvrir "l'inconnu". Car seul l'inconnu "vaut la peine". Dans beaucoup de cas c'est la mort qui pour eux définit le mieux cet inconnu. Mais étrangement, le chemin jusque là est définitivement poétique. Esthétique pourrions nous dire. Et cette esthétique est la définition même de l'art de chacun. J'adore avoir à ma portée tous ces visionnaires qui toujours créent du désir, du vertige, une certaine fascination. Sans l'art nous ne sommes rien. Rien d'autre que "d'ordinaires consommateurs". L'art nous donne la mesure de notre (nos) responsabilités. S'élever. Elever notre esprit. Ne pas le réduire à la facilité de ce que nous sommes. Mon Dieu, que de progrès avons nous à faire, ai-je à faire ?... En rentrant chez moi dans la soirée, d'autres livres m'attendent. En particulier une magnifique biographie de Rimbaud.
Ce matin, réunion d'équipe. La prochaine saison est définitivement définie et calée. Elle est particulièrement et artistiquement impressionnante. D'autre part dans sa forme elle est assez radicale. Changement de cap pourrions nous prétendre. Mais de tout cela j'aurais le temps de reparler plus tard. Nous ne sommes qu'à la moitié de la saison en cours. Tant de rendez-vous nous attendent encore d'ici le mois de juin.
Hier au soir, vu AVATAR en douce compagnie. Adoré ce film. Incroyable génie que ce James Cameron. Ce système 3D si impressionnant. Et puis, contrairement à ce que j'entends ici et là, le fond est égal à la forme. Du grand Art. Du jamais vu.
J'ai ouvert avec notre conseil juridique le chantier des heures supplémentaires. D'abord, d'un point de vue technique. Et dans quelques semaines, nous l'aborderons concrètement avec les salariés. Vaste chantier auquel je tiens beaucoup. Là encore, nous y reviendrons.
Fou, vertigineux même le nombre de propositions de spectacles que nous recevons. Est-ce bon signe ? Sûrement pas car tant de propositions ne semblent pas "venir de l'intérieur". Nous essayons de répondre à presque tous dans la mesure du possible. Ils est urgent que nos maisons se reconcentrent sur "l'essentiel". On en reparle ou plutôt on le fait.
Vu Lambeaux de Charles Juliet dans la petite salle de La Croix-Rousse. Je connais bien Charles Juliet à qui j'avais commandé une pièce il y a quelques années, et que finalement je ne "sentais" pas de mettre en scène. C'est Planchon qui s'y colla et le résultat global fut assez décevant. Depuis je n'ai pas revu Charles Juliet. Or c'est un homme pour qui j'ai beaucoup d'estime. Il m'est arrivé d'avoir de longues conversations avec lui. Son rapport au silence et à l'écriture est fascinant. Son rapport à l'enfance aussi. Terrible même. Lambeaux est le portrait de sa mère. Son écriture classique détaille scrupuleusement la réalité de sa vie et son effondrement intérieur. Pas de lyrisme, ni d'envolée. Une sorte de carnet de route vers la folie ; l'abandon. Anne de Boissy donne vie à ces paroles avec soin et élégance. Le déchirement vient peu à peu, pas à pas, mot après mot. Jusqu'à la rage finale. Lambeaux est un moment de théâtre d'une pureté infinie, et chaque soir devant des salles pleines, le public est bouleversé.
Ce matin le soleil est là donc tout est possible !
« Celui (...) qui comprend sans effort, le langage des fleurs et des choses muettes.»
Charles Baudelaire
Philippe Faure
lundi 1 février 2010
Le froid tue les microbes
Dernière représentation du Malade au Théâtre National de Nice. L'accueil toute la semaine fut extraordinaire. Le public de la dernière (plus de 1000 personnes) n'avait pas envie de nous laisser partir, et les applaudissements me firent penser à une mer démontée. Un peu dantesques !
Ce Malade imaginaire qui "nous tient au corps" (expression Moliéresque dans Le Malade) depuis presque cinq ans est porté par une énergie peu commune, toute la troupe est au diapason. Le grand mot est lâché : c'est d'abord "une affaire" de troupe. Ici, non seulement l'union fait la force mais chacun est complice de l'autre, et de l'œuvre ; et du coup l'œuvre se nourrit d'une énergie vitale. Et puis, il y a Argan, que j'ai l'honneur (la chance) de prendre à mon compte. Et je réalise que chaque grand rôle n'est pas seulement un personnage : c'est un territoire. Et ce territoire, chaque soir, il reste à l'explorer. Il est infini. Selon l'humeur, l'exploration est sombre ou joyeuse, innocente ou cynique, lasse ou énergique. Un rôle comme celui-là peut rendre fou, pour peu que l'on s'y abandonne (ce que je fais). Et sincèrement, parfois j'ai le sentiment que cet Argan, à qui je donne vie depuis plus de 200 fois, va me rendre fou. À moins qu'il ne me sauve de moi-même ! (N'est-ce pas la même chose ?)
A Nice, j'ai appris (réappris) à être heureux du soleil. Je l'ai aimé ce soleil Niçois. Peut-être a-t-il ensoleillé ma vie, après des mois très sombres où aucun mépris, aucune trahison, aucun mensonge ne me fut épargné. Mais ne revenons pas sur ces dernières années de ma vie où l'amour m'a aveuglé. Je n'ai pas vu que la personne qui était en face de moi ne cherchait qu'une chose : se débarrasser de moi !
Dieu soit loué, je me suis enfui avant d'y laisser ma peau. J'ai promis à mes filles que j'allais les emmener au soleil à la prochaine occasion. Cela dit, elles sont mon soleil. Marie, la plus grande, m'avoue au téléphone : « Je n'aime pas quand tu es loin, je suis inquiète. » Je la rassure. Elle conclut : « Vivement que tu sois là ! »
"L'autre" me criait : « J'en ai marre de t'avoir dans mes pattes, tu me pollues la vie ! »
Sans commentaire. Sans amour évidemment.
En tournée, les journées sont étranges : on est dans la vie, sans franchement y être. Tout est réglé en rapport de la représentation du soir. Bien sûr, il y a les lectures, du travail aussi, de l'écriture, du téléphone, tout cela mélangé dans l'intimité de la chambre d'hôtel. Les choses se font dans le désordre. Soudain la douche surgit n'importe quand, comme impérieuse. Soudain aussi le désir fulgurant de voir la mer vous saisit. Mais vite, le retour à la chambre d'hôtel s'impose. Le corps toute la journée est las. C'est peu à peu, quand arrive la proximité de la représentation, qu'il se défatigue, qu'il redevient disponible à l'effort. Car jouer Argan demande un effort physique assez violent. Si l'on songe qu'Argan est un malade épuisé, on se dit que le théâtre n'a pas peur de manier les contradictions et d'imposer aux acteurs d'invraisemblables basculements du corps et de l'esprit.
Au fond, en tournée, chaque jour l'acteur attend le moment où il ne va plus s'appartenir, où il n'aura plus aucun contrôle sur lui-même, où peut-être, où sans doute, il éprouvera ce sentiment de liberté aussi éphémère qu'il sera violent.
Bien sûr après la représentation en début de nuit, il y a la télévision. Elle aide "à faire retomber la pression". Et là, dans la semaine je suis quasiment tombé amoureux de deux présentatrices et d'une chanteuse.
D'abord Alessandra Sublet sur la cinq qui anime une émission dont le titre doit être "c à vous" (c'étaient des rediffusions). Un sourire éclatant. Une limpidité dans le visage. Une tendresse infinie. Grande et belle. Eclairante ! A recommander en cas de panne d'énergie et de confiance.
Autre présentatrice sur i>Télé du Soir 3. La plus belle, la plus pulpeuse et si intelligente, avec une distance parfaite sur les choses et les événements, c'est Audrey Pulvar. Vraiment c'est une femme dont beaucoup doivent rêver. Mais en même temps il doit y avoir la peur de ne pas être à la hauteur d'une femme aussi complète. A recommander tous les soirs ! (Malheureusement, je n'ai pas la TNT donc pas i>Télé… il faudra que j'attende la prochaine tournée pour la retrouver)
Enfin, vu Emmanuelle Seigner qui sort un nouveau disque. Elle parle admirablement de son mari (Roman Polanski, 72 ans). Elle doit avoir une petite quarantaine. Elle dit qu'elle est un garçon manqué. Un comble ! Il n'y a pas plus sensuelle, plus mystérieuse, plus désirable qu'elle !
Je ne sais pas si la femme est l'avenir de l'homme comme dit Aragon, en tous cas ces trois femmes donnent de "la femme" justement une très haute idée.
Lors de ma dernière réunion avec les délégués du personnel, j'ai évoqué la notion de mérite pour les salariés. J'ai eu un peu l'impression de briser un tabou dans une entreprise comme la nôtre où les salariés sont solidaires les uns des autres, et pourtant je suis très attaché à cette notion de mérite. Chacun n'est pas égal dans son investissement dans le travail, dans son travail.
J'ai moi-même terriblement donné de ma personne pour mériter aujourd'hui de diriger un théâtre et d'avoir les moyens suffisants pour créer des spectacles. Qu'est-ce que le mérite ? (mot sarkozyste autant que je me souvienne). C'est sans doute quand l'intérêt général guide seul les actes que l'on accomplit. Mais au-delà de l'intérêt général, c'est quand on est conscient de sa responsabilité à défendre un idéal. Et cette défense doit pouvoir s'accomplir même quand la situation est difficile. Mériter de faire partie d'une aventure d'une équipe, cela implique une rigueur intellectuelle. Un engagement quotidien. Je ne sais si cela est de bon ton, mais j'aime à pouvoir reconnaître pour chaque salarié son mérite. Si par malheur, cela n'est pas le cas, je suis le plus malheureux des directeurs. C'est pour cela sans doute que je défends mordicus les promotions internes, les formations de tous ordres, les tête à tête impromptus, les réunions de service et d'équipe. C'est que mon rôle est d'aider à construire le mérite de chacun.
Cette très belle parabole indienne : « Pour peu qu'un oiseau puisse chanter, il faut qu'un autre le regarde ».
Une actrice magnifique : Marina Hands. Je l'ai croisée une fois. Elle m'avait beaucoup impressionné. Elle joue actuellement dans le film de Marc Dugain : Une exécution ordinaire. Malheureusement, j'ai tellement de "films à voir" en retard que celui-ci n'échappera pas à la règle qui veut que je n'aille plus au cinéma qu'avec mes deux amours de filles !
Je lis dans tous les éditoriaux que l'affaire Clearstream est une "affaire d'Etat". Quand on pense à tout ce peuple qui ici en France vit sous le seuil de pauvreté, on se dit que Villepin et Sarkozy devraient mourir de honte. Mettre autant d'énergie dans la haine, alors que tant de gens ne parviennent plus ni à se chauffer ni à se nourrir, que chaque jour la pauvreté gagne du terrain, c'est nous qui allons mourir de honte si nous ne nous révoltons pas une fois pour toute. Cette phrase de Dany Laferrière, écrivain haïtien : « Ce qui a sauvé cette ville, c'est l'énergie des pauvres. Sans eux, Port-au-Prince serait restée une ville morte. » C'est un comble ! Bientôt ça va être aux pauvres de sauver le monde…
Je l'ai déjà dit précédemment mais lorsque je vois le comportement exemplaire, digne et rieur de ma petite haïtienne préférée, Marline, je me dis que décidément les enfants nous renvoient nous-mêmes pauvres adultes à nos mesquineries et égoïsmes habituels. Ce matin, on me dit qu'un directeur de théâtre lyonnais, visiblement mal dans sa peau, tient de méchants propos à mon égard. Bien sûr tout cela ne me touche plus. Tout de même, n'y a-t-il pas mieux à faire ? D'autant que ce directeur-là tient des propos de fraternité, d'honnêteté, etc… en un mot de service public. Ainsi va la vie… Pas toujours très élégante ; à nous de lui donner un peu d'air frais (pour ça, on est servi… il fait moins 3° ce matin à Lyon !). Et comme dirait l'autre : « Le froid tue les microbes. »
Philippe Faure
Ce Malade imaginaire qui "nous tient au corps" (expression Moliéresque dans Le Malade) depuis presque cinq ans est porté par une énergie peu commune, toute la troupe est au diapason. Le grand mot est lâché : c'est d'abord "une affaire" de troupe. Ici, non seulement l'union fait la force mais chacun est complice de l'autre, et de l'œuvre ; et du coup l'œuvre se nourrit d'une énergie vitale. Et puis, il y a Argan, que j'ai l'honneur (la chance) de prendre à mon compte. Et je réalise que chaque grand rôle n'est pas seulement un personnage : c'est un territoire. Et ce territoire, chaque soir, il reste à l'explorer. Il est infini. Selon l'humeur, l'exploration est sombre ou joyeuse, innocente ou cynique, lasse ou énergique. Un rôle comme celui-là peut rendre fou, pour peu que l'on s'y abandonne (ce que je fais). Et sincèrement, parfois j'ai le sentiment que cet Argan, à qui je donne vie depuis plus de 200 fois, va me rendre fou. À moins qu'il ne me sauve de moi-même ! (N'est-ce pas la même chose ?)
A Nice, j'ai appris (réappris) à être heureux du soleil. Je l'ai aimé ce soleil Niçois. Peut-être a-t-il ensoleillé ma vie, après des mois très sombres où aucun mépris, aucune trahison, aucun mensonge ne me fut épargné. Mais ne revenons pas sur ces dernières années de ma vie où l'amour m'a aveuglé. Je n'ai pas vu que la personne qui était en face de moi ne cherchait qu'une chose : se débarrasser de moi !
Dieu soit loué, je me suis enfui avant d'y laisser ma peau. J'ai promis à mes filles que j'allais les emmener au soleil à la prochaine occasion. Cela dit, elles sont mon soleil. Marie, la plus grande, m'avoue au téléphone : « Je n'aime pas quand tu es loin, je suis inquiète. » Je la rassure. Elle conclut : « Vivement que tu sois là ! »
"L'autre" me criait : « J'en ai marre de t'avoir dans mes pattes, tu me pollues la vie ! »
Sans commentaire. Sans amour évidemment.
En tournée, les journées sont étranges : on est dans la vie, sans franchement y être. Tout est réglé en rapport de la représentation du soir. Bien sûr, il y a les lectures, du travail aussi, de l'écriture, du téléphone, tout cela mélangé dans l'intimité de la chambre d'hôtel. Les choses se font dans le désordre. Soudain la douche surgit n'importe quand, comme impérieuse. Soudain aussi le désir fulgurant de voir la mer vous saisit. Mais vite, le retour à la chambre d'hôtel s'impose. Le corps toute la journée est las. C'est peu à peu, quand arrive la proximité de la représentation, qu'il se défatigue, qu'il redevient disponible à l'effort. Car jouer Argan demande un effort physique assez violent. Si l'on songe qu'Argan est un malade épuisé, on se dit que le théâtre n'a pas peur de manier les contradictions et d'imposer aux acteurs d'invraisemblables basculements du corps et de l'esprit.
Au fond, en tournée, chaque jour l'acteur attend le moment où il ne va plus s'appartenir, où il n'aura plus aucun contrôle sur lui-même, où peut-être, où sans doute, il éprouvera ce sentiment de liberté aussi éphémère qu'il sera violent.
Bien sûr après la représentation en début de nuit, il y a la télévision. Elle aide "à faire retomber la pression". Et là, dans la semaine je suis quasiment tombé amoureux de deux présentatrices et d'une chanteuse.
D'abord Alessandra Sublet sur la cinq qui anime une émission dont le titre doit être "c à vous" (c'étaient des rediffusions). Un sourire éclatant. Une limpidité dans le visage. Une tendresse infinie. Grande et belle. Eclairante ! A recommander en cas de panne d'énergie et de confiance.
Autre présentatrice sur i>Télé du Soir 3. La plus belle, la plus pulpeuse et si intelligente, avec une distance parfaite sur les choses et les événements, c'est Audrey Pulvar. Vraiment c'est une femme dont beaucoup doivent rêver. Mais en même temps il doit y avoir la peur de ne pas être à la hauteur d'une femme aussi complète. A recommander tous les soirs ! (Malheureusement, je n'ai pas la TNT donc pas i>Télé… il faudra que j'attende la prochaine tournée pour la retrouver)
Enfin, vu Emmanuelle Seigner qui sort un nouveau disque. Elle parle admirablement de son mari (Roman Polanski, 72 ans). Elle doit avoir une petite quarantaine. Elle dit qu'elle est un garçon manqué. Un comble ! Il n'y a pas plus sensuelle, plus mystérieuse, plus désirable qu'elle !
Je ne sais pas si la femme est l'avenir de l'homme comme dit Aragon, en tous cas ces trois femmes donnent de "la femme" justement une très haute idée.
Lors de ma dernière réunion avec les délégués du personnel, j'ai évoqué la notion de mérite pour les salariés. J'ai eu un peu l'impression de briser un tabou dans une entreprise comme la nôtre où les salariés sont solidaires les uns des autres, et pourtant je suis très attaché à cette notion de mérite. Chacun n'est pas égal dans son investissement dans le travail, dans son travail.
J'ai moi-même terriblement donné de ma personne pour mériter aujourd'hui de diriger un théâtre et d'avoir les moyens suffisants pour créer des spectacles. Qu'est-ce que le mérite ? (mot sarkozyste autant que je me souvienne). C'est sans doute quand l'intérêt général guide seul les actes que l'on accomplit. Mais au-delà de l'intérêt général, c'est quand on est conscient de sa responsabilité à défendre un idéal. Et cette défense doit pouvoir s'accomplir même quand la situation est difficile. Mériter de faire partie d'une aventure d'une équipe, cela implique une rigueur intellectuelle. Un engagement quotidien. Je ne sais si cela est de bon ton, mais j'aime à pouvoir reconnaître pour chaque salarié son mérite. Si par malheur, cela n'est pas le cas, je suis le plus malheureux des directeurs. C'est pour cela sans doute que je défends mordicus les promotions internes, les formations de tous ordres, les tête à tête impromptus, les réunions de service et d'équipe. C'est que mon rôle est d'aider à construire le mérite de chacun.
Cette très belle parabole indienne : « Pour peu qu'un oiseau puisse chanter, il faut qu'un autre le regarde ».
Une actrice magnifique : Marina Hands. Je l'ai croisée une fois. Elle m'avait beaucoup impressionné. Elle joue actuellement dans le film de Marc Dugain : Une exécution ordinaire. Malheureusement, j'ai tellement de "films à voir" en retard que celui-ci n'échappera pas à la règle qui veut que je n'aille plus au cinéma qu'avec mes deux amours de filles !
Je lis dans tous les éditoriaux que l'affaire Clearstream est une "affaire d'Etat". Quand on pense à tout ce peuple qui ici en France vit sous le seuil de pauvreté, on se dit que Villepin et Sarkozy devraient mourir de honte. Mettre autant d'énergie dans la haine, alors que tant de gens ne parviennent plus ni à se chauffer ni à se nourrir, que chaque jour la pauvreté gagne du terrain, c'est nous qui allons mourir de honte si nous ne nous révoltons pas une fois pour toute. Cette phrase de Dany Laferrière, écrivain haïtien : « Ce qui a sauvé cette ville, c'est l'énergie des pauvres. Sans eux, Port-au-Prince serait restée une ville morte. » C'est un comble ! Bientôt ça va être aux pauvres de sauver le monde…
Je l'ai déjà dit précédemment mais lorsque je vois le comportement exemplaire, digne et rieur de ma petite haïtienne préférée, Marline, je me dis que décidément les enfants nous renvoient nous-mêmes pauvres adultes à nos mesquineries et égoïsmes habituels. Ce matin, on me dit qu'un directeur de théâtre lyonnais, visiblement mal dans sa peau, tient de méchants propos à mon égard. Bien sûr tout cela ne me touche plus. Tout de même, n'y a-t-il pas mieux à faire ? D'autant que ce directeur-là tient des propos de fraternité, d'honnêteté, etc… en un mot de service public. Ainsi va la vie… Pas toujours très élégante ; à nous de lui donner un peu d'air frais (pour ça, on est servi… il fait moins 3° ce matin à Lyon !). Et comme dirait l'autre : « Le froid tue les microbes. »
Philippe Faure
jeudi 28 janvier 2010
Vive le soleil niçois !
Quelques nouvelles rapides.
Notre Karine préférée a accouché d'une petite fille. Hourra !
Lambeaux au Studio bouleverse toujours les spectateurs. Vive Charles Juliet.
La création de La Métamorphose dans la grande salle est une réussite.
Notre Malade imaginaire provoque le délire tous les soirs au Théâtre National de Nice devant mille personnes. A propos de Nice, il fait très beau, du soleil. 13 °. Le soleil est vraiment reposant. La mer est belle et bleue.
La saison prochaine est quasiment décidée. Hier, Sami Frey était en visite chez nous à La Croix-Rousse. Sans aucun doute, il devrait être sur notre scène à la rentrée. Génial !
Avant mon départ pour Nice, très longue séance de travail avec les délégués du personnel. Animer une maison aussi lourde et active, gérer des parcours personnels, trouver le juste milieu entre les souhaits de chacun et l'équilibre budgétaire de la maison : pas simple mais passionnant.
Mes filles sont très perturbées et inquiètes de mon absence. Elles sont dans un état "d'amour" très émouvant. « L'amour de l'amour : une valeur à laquelle on ne saurait porter atteinte sans blasphémer. » Musset avait bien raison le bougre. A propos, On ne badine pas avec l'amour revient dans 10 jours sur la scène de La Croix-Rousse. Arriverai-je un jour à abandonner ce spectacle? La question est posée.
Romane Bohringer arrive elle aussi chez nous dans quelques semaines avec Feydeau. Eu plusieurs conversations téléphonique avec elle. C'est vraiment une fille magnifique et fraternelle. Elle est une maman comblée depuis quelques mois.
Décidément toutes ces nouvelles, même si elles sont rapides, donnent confiance. Vive le soleil niçois !
Philippe Faure
Notre Karine préférée a accouché d'une petite fille. Hourra !
Lambeaux au Studio bouleverse toujours les spectateurs. Vive Charles Juliet.
La création de La Métamorphose dans la grande salle est une réussite.
Notre Malade imaginaire provoque le délire tous les soirs au Théâtre National de Nice devant mille personnes. A propos de Nice, il fait très beau, du soleil. 13 °. Le soleil est vraiment reposant. La mer est belle et bleue.
La saison prochaine est quasiment décidée. Hier, Sami Frey était en visite chez nous à La Croix-Rousse. Sans aucun doute, il devrait être sur notre scène à la rentrée. Génial !
Avant mon départ pour Nice, très longue séance de travail avec les délégués du personnel. Animer une maison aussi lourde et active, gérer des parcours personnels, trouver le juste milieu entre les souhaits de chacun et l'équilibre budgétaire de la maison : pas simple mais passionnant.
Mes filles sont très perturbées et inquiètes de mon absence. Elles sont dans un état "d'amour" très émouvant. « L'amour de l'amour : une valeur à laquelle on ne saurait porter atteinte sans blasphémer. » Musset avait bien raison le bougre. A propos, On ne badine pas avec l'amour revient dans 10 jours sur la scène de La Croix-Rousse. Arriverai-je un jour à abandonner ce spectacle? La question est posée.
Romane Bohringer arrive elle aussi chez nous dans quelques semaines avec Feydeau. Eu plusieurs conversations téléphonique avec elle. C'est vraiment une fille magnifique et fraternelle. Elle est une maman comblée depuis quelques mois.
Décidément toutes ces nouvelles, même si elles sont rapides, donnent confiance. Vive le soleil niçois !
Philippe Faure
jeudi 21 janvier 2010
D'Argan à Haïti
La vie a de ces confrontations parfois quasi ingérables.
Je m'explique : au moment où triomphe Le Malade imaginaire à la Maison de la Danse et où je me livre sensuellement dans le personnage d'Argan, surgit le drame d'Haïti. Or, je dois à la vérité de dire, qu'il y a cinq ans, nous avons adopté une petite fille haïtienne au doux nom de Marline. Elle vivait dans un orphelinat, sa mère n'ayant plus les moyens d'assumer son existence. Elle est donc avec nous depuis cinq ans. C'est une petite fille malicieuse, courageuse, sincère, et d'une tendresse particulière. Elle s'est parfaitement adaptée à la vie française. Elle a un bonheur de vivre assez admirable, digne d'être contemplé par chacun, chaque jour. Il a fallu en premier lieu qu'elle s'adapte au fait d'avoir une sœur beaucoup plus grande qu'elle (onze ans) et d'avoir un frère encore plus grand (32 ans).
Evidemment, les informations d'Haïti lui sont arrivées et son comportement devant cette tragédie est assez curieux. On pourrait dire qu'elle a un sang froid à toute épreuve. Il faut dire que dans l'orphelinat en question elle a appris la vie "à la dure". Curieusement, si c'est une petite fille enjouée, libre de parole, toujours prête à rire, à jouer et à danser, il y a chez elle une dimension extrêmement silencieuse, comme si elle avait conscience que la première dignité d'un être humain était de ne pas répandre ses émotions. Il y a beaucoup à apprendre d'elle. Etrangement, depuis le début de l'année, à l'école, elle avait beaucoup de mal à se faire des amis et à cause du drame d'Haïti beaucoup d'amitiés nouvelles viennent de se créer. Au fond, cette petite fille si simple est un être profondément secret.
Bien sur, lorsque nous voyons les images des conséquences du tremblement de terre, nous sommes obligés de penser, d'une part, qu'elle est une sorte de miraculée, et d'autre part, à tous les enfants qui par la force des choses seront devenus orphelins. Nous sommes obligés de penser aussi que pour un enfant sauvé, délivré de la pauvreté, combien d'autres vont être prisonniers d'un avenir d'ores et déjà déchiré.
Décidément, d'Argan à Haïti et à Marline, il y a là une sorte de mystère qui me (nous) dépasse. Comme j'ai souvent l'occasion de l'écrire dans ce blog, il n'y a pas de temps à perdre pour être généreux et bon, pour donner de l'amour. C'est que demain chacune de nos vies peut elle aussi trembler et s'effondrer. Le désir d'être heureuse de cette petite fille qui maintenant m'accompagne (nous) depuis cinq ans a créé chez moi une exigence nouvelle. J'ai la responsabilité de créer du désir et de ne jamais céder à quelque tentation malheureuse.
Toute la semaine prochaine, nous serons au Théâtre National de Nice avec Le Malade imaginaire. Dans le recueillement de ma chambre d'hôtel face à la mer, j'aurai l'occasion d'écrire à nouveau et plus précisément sur ce blog.
Philippe Faure
Je m'explique : au moment où triomphe Le Malade imaginaire à la Maison de la Danse et où je me livre sensuellement dans le personnage d'Argan, surgit le drame d'Haïti. Or, je dois à la vérité de dire, qu'il y a cinq ans, nous avons adopté une petite fille haïtienne au doux nom de Marline. Elle vivait dans un orphelinat, sa mère n'ayant plus les moyens d'assumer son existence. Elle est donc avec nous depuis cinq ans. C'est une petite fille malicieuse, courageuse, sincère, et d'une tendresse particulière. Elle s'est parfaitement adaptée à la vie française. Elle a un bonheur de vivre assez admirable, digne d'être contemplé par chacun, chaque jour. Il a fallu en premier lieu qu'elle s'adapte au fait d'avoir une sœur beaucoup plus grande qu'elle (onze ans) et d'avoir un frère encore plus grand (32 ans).
Evidemment, les informations d'Haïti lui sont arrivées et son comportement devant cette tragédie est assez curieux. On pourrait dire qu'elle a un sang froid à toute épreuve. Il faut dire que dans l'orphelinat en question elle a appris la vie "à la dure". Curieusement, si c'est une petite fille enjouée, libre de parole, toujours prête à rire, à jouer et à danser, il y a chez elle une dimension extrêmement silencieuse, comme si elle avait conscience que la première dignité d'un être humain était de ne pas répandre ses émotions. Il y a beaucoup à apprendre d'elle. Etrangement, depuis le début de l'année, à l'école, elle avait beaucoup de mal à se faire des amis et à cause du drame d'Haïti beaucoup d'amitiés nouvelles viennent de se créer. Au fond, cette petite fille si simple est un être profondément secret.
Bien sur, lorsque nous voyons les images des conséquences du tremblement de terre, nous sommes obligés de penser, d'une part, qu'elle est une sorte de miraculée, et d'autre part, à tous les enfants qui par la force des choses seront devenus orphelins. Nous sommes obligés de penser aussi que pour un enfant sauvé, délivré de la pauvreté, combien d'autres vont être prisonniers d'un avenir d'ores et déjà déchiré.
Décidément, d'Argan à Haïti et à Marline, il y a là une sorte de mystère qui me (nous) dépasse. Comme j'ai souvent l'occasion de l'écrire dans ce blog, il n'y a pas de temps à perdre pour être généreux et bon, pour donner de l'amour. C'est que demain chacune de nos vies peut elle aussi trembler et s'effondrer. Le désir d'être heureuse de cette petite fille qui maintenant m'accompagne (nous) depuis cinq ans a créé chez moi une exigence nouvelle. J'ai la responsabilité de créer du désir et de ne jamais céder à quelque tentation malheureuse.
Toute la semaine prochaine, nous serons au Théâtre National de Nice avec Le Malade imaginaire. Dans le recueillement de ma chambre d'hôtel face à la mer, j'aurai l'occasion d'écrire à nouveau et plus précisément sur ce blog.
Philippe Faure
lundi 18 janvier 2010
Pour se souvenir
Le malade imaginaire - Molière / Faure from Garage Productions on Vimeo.
Le Malade imaginaire à la Maison de la Danse : c'était l'euphorie !mercredi 13 janvier 2010
2010 sur les chapeaux de roues

Très beau ce qui se passe au Théâtre de la Croix-Rousse depuis le 20 décembre. Par quel bout prendre les choses ? Commençons par La Vie devant soi avec Myriam Boyer : ce spectacle joué devant des salles archi pleines a bouleversé le public. Les mots d’Emile Ajar ont résonné en cette période de fête avec une intensité particulière. Sans oublier que ces mots-là portaient en eux une drôlerie très tendre. Quant à Myriam Boyer, elle a porté ce personnage de Madame Rosa avec une humanité, une générosité, un amour incomparables. Décidément, cette Vie devant soi restera un souvenir unique dans la vie du Théâtre de la Croix-Rousse.
Il y eut aussi le succès de notre opération des vêtements chauds (dont d’ailleurs nous ne devrions pas nous réjouir). Toujours est-il que les dons de vêtements et de jouets furent au-delà de toute espérance et qu’il fallut plusieurs voyages de la camionnette des Restos du cœur pour emporter cette récolte indispensable.
Parallèlement, il y eut les répétitions du Malade imaginaire. J’avoue que j’avais sous-estimé le travail à reprendre ce spectacle. Moi-même, j’ai beaucoup galéré pour réapprendre le texte. Et la dernière semaine de répétitions à la Maison de la Danse a laissé toute l’équipe des comédiens littéralement épuisée.
Enfin, depuis ce début de semaine, les représentations du Malade ont démarré à la Maison de la Danse. Succès public incroyable, un accueil digne d’un concert rock. Je dois dire que nous sommes tous bouleversés par la manière dont est reçu le spectacle. J’ai déjà eu l’occasion de le dire souvent, mais peut-être que le rôle d’Argan (que j’ai la chance de jouer), porte en lui un ardent désir de vivre. Bien sûr, il y a chez lui la peur de la maladie, la peur de la mort, la peur que les gens qu’il aime lui échappent, la peur enfin de ne pas être à la hauteur de la situation car, plus qu’un autre, Argan est conscient qu’être un être humain implique un sens des responsabilités et ces responsabilités le terrorisent. Alors, s'il crée la panique dans sa maison c’est pour mieux réinventer la vie.
Voilà pour ce qui concerne les spectacles. Mais bien évidemment, il y a aussi la vie quotidienne du théâtre et il se trouve que pendant cette activité artistique un peu démente, j’ai choisi de rencontrer individuellement chaque salarié de la maison pour faire le point sur le travail de chacun. C’est que bien sûr, d’ores et déjà, nous travaillons sur la prochaine saison qui sera dans la forme complètement différente de toutes les saisons que nous venons de vivre. Cela demande une réorganisation générale, de sorte qu’avec chacun nous puissions redéfinir ses objectifs et sa nouvelle implication dans ce qui sera un bouleversement.
Ce matin même, en réunion d’équipe, je faisais part de ma quasi stupéfaction (joyeuse) devant ce public si nombreux (plus de 15 000 personnes fréquentent notre théâtre depuis le 20 décembre), je faisais part aussi de ce sentiment d’effervescence qui se dégage de notre maison comme si l’équipe du théâtre, la troupe des comédiens, les techniciens et le public, ensemble, partageaient le même désir d’aimer. Au fond, c’est peut-être cela qui est le plus troublant et le plus jouissif : ce sentiment d’une nouvelle jeunesse qui éclate : rien de sclérosé, rien de codé, mais bien plutôt un vent de liberté qui souffle. Alors évidemment, le soir après la représentation, il me faudrait presque un brancard pour m’évacuer de la Maison de la Danse tant la fatigue est grande (les articulations des genoux demandant grâce) mais je me dis, et l’équipe avec moi, que tout de même le théâtre n’est qu’amour et comme c’est le cas dans cette période frémissante, lorsque cet amour-là est partagé par le plus grand nombre, on se dit qu’on est béni.
Bien sûr, cette activité débordante n’empêche pas chacun d’avoir une vie personnelle. Notre responsable billetterie, Karine Fanton, part cette fin de semaine pour accoucher dans à peine un mois ; d’autres collaborateurs arrivent, certains vont prendre du recul pour passer des caps difficiles de leur vie, d’autres qui ont changé d’affectation s’épanouissent de manière heureuse. En conclusion, je pourrais dire qu’une chose est sûre : le Théâtre de la Croix-Rousse, en ce début d’année 2010, n’a jamais été aussi vivant. Il est sur les chapeaux de roues.
Philippe Faure
P.S : N’oublions pas le spectacle de Guillaume Gallienne qui démarre ce vendredi ; malheureusement les séances sont déjà complètes. N’oublions pas non plus Lambeaux, le magnifique spectacle de Sylvie Mongin-Algan, dans le Studio, qui lui aussi malheureusement est complet. N'oublions pas enfin d'être amoureux (c'est Aragon qui disait cela).
mardi 5 janvier 2010
Message express

Je vous attends à La Maison de la Danse pour
Le Malade Imaginaire.
Ça va être magnifique !
Du 11 au 16 janvier, à 20h
+ d'infos
dimanche 20 décembre 2009
Entre Molière et le Père Noël
La Neige. La Place Joannès Ambre est blanche. Aujourd'hui, deux représentations de La Vie devant soi, 15 heures et 20 heures. Complet. Le spectacle reçoit un accueil extraordinaire. En arrivant au théâtre, je suis allé saluer les comédiens. Myriam Boyer (qui tourne en ce moment le nouveau film de Bertrand Blier) est épanouie. Sur son visage, un sourire gourmand. Chez elle, la générosité est plus qu'un don, c'est un frémissement. On dira donc qu'elle est une femme frémissante. Le spectacle est chez nous jusqu'au 3 janvier. Il faut absolument partager ce moment de grâce. On se sent tellement plus léger après.
Sans doute est-ce la dernière fois que j'écris sur ce blog avant le début d'année 2010. C'est que le rythme ici est intense. La période est tumultueuse.
Dernier avatar : les costumes et le décor du Malade imaginaire (reprise à partir du 11 janvier 2010 à la Maison de la Danse) attendaient très sagement, rangés dans les Ateliers de la Ville de Lyon, de reprendre du service. Or des travaux nécessaires (remplacement de lourdes portes coupe-feu) se sont révélés catastrophiques. En effet, à l'intérieur de ces lourdes portes, de l'amiante. Celle-ci s'est échappée (aucune précaution n'ayant été prise) et a envahi tous les décors et caisses aux alentours. Sont concernés par ce drame (car c'en est un) l'Opéra de Lyon, le Théâtre des Célestins, le Théâtre de Lyon et La Croix-Rousse. Plus rien n'est utilisable, tout doit être décontaminé (laborieuse opération). Mais avant, la Ville de Lyon doit se retourner contre l'entreprise responsable, qui elle même avait eu recours à un sous-traitant. C'est donc un combat d'assurances qui commence. Toujours est-il que toutes les institutions citées plus haut doivent refaire construire les décors et les costumes des productions en cours et en tournée, dans l'urgence. Ce qui est le cas du Malade imaginaire.
La période des fêtes n'est évidemment guère favorable à ce genre d'exploit. Nous avons tout de même réussi à convaincre un atelier de décor de refaire celui du Malade en une petite dizaine de jours. Par contre, impossible de refaire les costumes (une vingtaine), tous les ateliers envisageables fermant pendant cette période. Après beaucoup d'hésitations (par exemple locations de costumes du siècle de Molière, mais qui évidemment n'auraient pas la folie de ceux dessinés par Alain Batifoulier, annulation pure et simple du spectacle) j'ai décidé que nous jouerions Le Malade en costumes de ville. Le théâtre est un art vivant, il doit s'adapter à toutes les situations. Ce qui compte, c'est la fidélité au texte, l'humeur Molièresque. Evidemment, le public va être extrêmement surpris de ce parti-pris de dernière minute (nous l'informerons en détail dans le programme de salle). Voilà une aventure excitante (indépendante de notre volonté) qui s'offre à nous. Rendez-vous le 11 janvier.
Un chorégraphe, Pierre Deloche (56 ans) vient de se suicider. Je le connaissais de loin, mais il se trouve qu'il était venu voir mon spectacle de début de saison Maman j'ai peur dans le noir (il n'était pas un habitué de notre maison). Plusieurs jours après, il m'avait adressé un drôle de paquet soigneusement enveloppé et ficelé : une boîte d'allumettes familiale sur laquelle il avait écrit des sortes de tags mystérieux et à l'intérieur du coton, et des petits rubans. Ce cadeau était accompagné d'un seul petit mot : "Touché au cœur". J'avais été très surpris par ce signe ma foi assez secret. Je lui avais répondu et témoigné ma tendresse pour ce geste. On me dit qu'il souffrait affreusement de ne pas être reconnu à sa juste place dans le milieu de la danse. Il en va ainsi des artistes. Souvent, ils sont ignorés et plus le temps passe, plus cette ignorance est douloureuse. Car un artiste ne se résigne pas. Il y a dans nos métiers une grande part d'injustice. J'ai envie de dire que dans ces moments-là, il faut rester calme et ne pas perdre confiance. Jamais. L'important est de faire. Même sans moyen, il faut faire ! Pendant 20 ans de ma vie, j'ai fait sans argent et sans soutien. J'ai "fait" contre les autres parfois (ceux qui n'avaient pas envie que j'existe). Cette solitude ne m'a guère déstabilisé. Je suis un roc lorsqu'il s'agit du théâtre. Certes un roc qui doute tout le temps, mais un roc quand même. Sans doute n'ai-je pas eu conscience que ce petit cadeau de Deloche était un signe. J'ai écrit une pièce sur le suicide, Le Petit Silence d'Elisabeth, créée il y a plus de 10 ans au Théâtre National de Strasbourg. J'y racontais justement cette "absence de signe" mise à part un "petit silence". Mais il faut être diablement attentif pour l'interpréter comme un signe qui fait que l'autre est déjà parti dans sa tête.
Vu deux films. Neuilly sa mère et La première étoile. Deux films qui m'ont fait rire et pleurer (surtout le second). Deux films formidablement humains qui décidément donnent envie d'aimer la différence, non seulement de l'aimer mais de la vivre comme une chance.
Vu un long portrait de Michel Bouquet sur la 5 dans la série Empreintes. J'ai eu la chance de passer beaucoup de temps en sa compagnie car j'avais adapté pour lui un roman de Kawabata, Le Maître de Go. Ce fut un gros succès. Lyon, Paris et longue tournée ensuite. J'ai été très proche de lui. Nous marchions dans les rues. Il me tenait par le bras (bras dessus, bras dessous) et me récitait tout Molière, Labiche, Shakespeare, Racine. Il s'était brouillé avec le metteur en scène du spectacle et c'était moi qui avais la responsabilité d'être "l'œil extérieur". Que de souvenirs ensemble. J'adorais, car il m'appelait toujours (de sa voix profonde et enfantine) "mon petit Philippe". Ca me rassurait et m'émerveillait. Pendant la tournée, nous voyagions en car. Lui et sa femme Juliette devant et tous les autres derrière. Il fut un interprète génial chez Chabrol. Lorsque je le recroise, une vraie affection nous jette dans les bras l'un de l'autre. Je dirais que Michel Bouquet est un enfant dantesque (il me fait penser au personnage de Vitrac, Victor ou les enfants au pouvoir). Il est ce Victor qui balance des vérités, comme on tire au pigeon. Méfiance. Bouquet est un guerrier. Mais son génie c'est de le dissimuler dans un dandinement de vieillard (Dandinement que je lui ai volé, puisque je "dandine" tous mes rôles. J'assume complètement ce vol).
Je lis beaucoup d'articles sur l'hospitalisation de Johnny Halliday et je tombe sur un long portrait de sa femme Laeticia. Elle est toute la journée près de lui. Du matin au soir. Il y est dit qu'elle est une amie attentive, épicurienne, une maman très présente, marraine de l'UNICEF. Il y est dit qu'avec Johnny, ils s'aident mutuellement, l'un rassurant l'autre. Qu'elle est patiente. Ils ont adopté deux enfants. Enfin, qu'elle a sauvé Johnny lorsque se tordant de douleur elle l'a emmené immédiatement à l'hôpital. Quelques heures plus tard (3 tout au plus), il eut été mort. Quelqu'un à propos d'elle dit : "c'est une chic fille". Cette définition est magnifique. Elle dit tout de la fidélité, du naturel, de l'intelligence, de la beauté d'une femme. Vivent les chics filles et vive Laeticia.
Certains se moqueront sans doute en lisant ce passage du blog : "Il passe de Laeticia Halliday à Michel Bouquet, de Molière à La première étoile et à Neuilly sa mère, de Myriam Boyer aux chics filles", et sans doute est-ce le cas dans tous les billets que j'écris dans ce blog. Presque toujours mes pensées sont empreintes de tendresse. J'aime tellement ceux qui inspirent de la tendresse. Je ne cesse dans les actes de ma vie de délivrer toute la tendresse qui est en moi. J'aime être tendre. C'est gai et velouté. C'est une empreinte qui frôle, une main qui se pose. C'est l'abandon du moment, la suavité de l'attente. Sans tendresse, nous risquons de mourir à petit feu et quoi de plus con que de mourir.
Enfin, 2009 s'achève. Ce fut une année extrêmement éprouvante (à titre personnel). Mais ne revenons pas sur le passé (immédiat), ça n'a aucun intérêt. Intéressons-nous au jour qui vient à travers un brouillard de neige, à travers les oreillers blancs du Malade imaginaire. Intéressons-nous surtout à ce que nous pouvons faire de bien et prenons les résolutions adéquates. Tant pis pour ceux qui pourraient juger cela naïf. J'aime aussi la naïveté. Elle ne ment pas. Elle n'est pas une menteuse, la naïveté. Elle est la petite sœur de la tendresse.
Chaque fois que j'arrive au Théâtre de la Croix-Rousse, j'admire ce bâtiment. Il est imposant. Finalement, d'une architecture très simple. Aucune sophistication. Au fond, il est dans l'esprit de celui qui a décidé de le faire bâtir. Populaire. Il a été créé pour le peuple. Les canuts, les tisseurs, tous ces petits métiers d'autrefois, écrasés par le progrès et la concurrence internationale. Il est, selon l'expression consacrée, une "maison du peuple". Jour après jour, dans toutes les décisions que je prends, dans tous mes actes, j'essaye de ne pas trahir le peuple (dont ma famille fait partie). J'essaye d'inventer un dialogue entre la maison et lui. Un dialogue qui serait très intime. Pas de discours. Pas de grandes déclarations. Mais le souci d'être à la portée de tous sans faiblir sur la mission : celle de donner à entendre des "plus grands que nous", des qui inventent des horizons, mais ne dédaignent pas le détail de nos vies. Car nos vies sont ainsi : petites. Une fois que l'on a accepté cette réalité, on peut travailler à être utile.
Utile est un mot que j'aime. C'est une chanson de Julien Clerc très belle : « être utile à vivre et à aimer ».
Pourquoi parler de ce Théâtre de la Croix-Rousse aujourd'hui et ainsi? Peut-être pour réaliser que je ne m'habitue pas à le diriger. Chaque jour la même effervescence s'empare de moi. J'ai conscience que ce rôle là de "passeur", "d'interlocuteur", "d'artiste libre" se mérite. Ce n'est pas un dû. Aussi, je m'efforce (parfois à la limite de mes forces) de le mériter ce rôle. Je m'efforce d'être simplement UTILE (à vivre et à aimer).
Reprise à partir du mardi 22 décembre à La Croix-Rousse de La Petite Fille aux allumettes, création qui finit là une belle tournée lors de ce dernier trimestre. Partout où nous avons joué, ce spectacle a obtenu un franc succès. Avec le recul (et les différents raccords que j'ai effectué tout au long de ces derniers mois) c'est vraiment une création dont je suis très fier. Je suis même impressionné par la beauté des images. Grâce soit rendue à Alain Batifoulier (décor et costumes) et David Debrinay (lumières). Certains ont été déroutés par le principe d'adaptation du conte d'Andersen, où au milieu de La Petite Fille aux allumettes s'invitent une vingtaine d'autres contes. Il me semble pourtant que c'est ce qui fait la force du spectacle : proposer l'esthétique littéraire et morale d'Andersen dans une même vision.
À ce propos, tous les soirs après le spectacle, j'occuperai dans le hall le rôle du Père Noël. Au sens propre, avec distribution de papillotes. "Il faut ce qui faut" comme on dit vulgairement. Et puis, j'ai déjà occupé ce rôle du Père Noël lors d'une présentation de saison il y a deux ans. J'interpellais ce jour-là vivement et ironiquement Madame Christine Albanel, ancien ministre de la Culture. D'ailleurs la scène lui avait été rapportée (dénoncée) et son cabinet m'avait téléphoné d'urgence, de peur que ce Père Noël de circonstance et improvisé ne provoqua une crise.
À propos de déguisement, j'ai toujours adoré me travestir souvent dans des postures pas loin du ridicule… J'ai donc été Père Noël, petit rat de l'opéra, trapéziste, clown, et bien d'autres énergumènes. Ca ne fait pas très "service public", d'ailleurs bon nombre de mes camarades se scandalisent d'une telle désinvolture, ironisent et condamnent. Or, et je l'ai souvent dit, écrit et expérimenté, le ridicule est le passage obligé pour toucher à l'âme. L'autre nuit, je regardais un long documentaire sur Charlie Chaplin. Le ridicule de Charlot nous fait basculer, nous spectateurs, dans l'absolue simplicité et fragilité de notre condition (malheureuse) d'être humain.
Ce dimanche, fin d'une très longue journée. Le Maire de Lyon et son épouse sont spectateurs de La Vie devant soi. Je les emmène dans la loge de Myriam Boyer. Elle a soutenu Collomb lors de la dernière élection municipale. Il est question de Clovis Cornillac, de l'OL, du débat sur l'identité nationale…
J'en finis de ce très, très long billet (qui est en fait un feuilleton). Je vous souhaite une bonne santé. C'est quand même le plus important. D'être aimé et vous même de ne pas avoir peur d'aimer. Méfions-nous comme de la peste de nos vilains démons. Soyons neufs et libres. Et promettons-nous d'être fraternels.
C'est donc fraternellement que je vous embrasse. On se retrouve la première semaine de janvier et rendez-vous à la Maison de la Danse avec Argan le 11 janvier.
Philippe Faure
PS : À la suite, le texte que j'ai écrit pour le programme de salle de La Vie devant soi. Il est un juste état des lieux de notre maison de théâtre.
Vous êtes au théâtre de la Croix-Rousse.
Un théâtre très fréquenté (plus de 10 000 abonnés).
Un théâtre qui ose : dernièrement, Woyzeck et Le Cabinet du Dr Narcotique de Büchner et Philippe Vincent.
Un théâtre qui aime admirer la singularité ; ici Myriam Boyer.
Qui tient à ses classiques ; encore et toujours Le Malade imaginaire, mais aussi Racine et la trilogie invraisemblable de Jean-Marc Avocat.
Qui invente son répertoire.
Ici, les reprises de spectacles ne sont pas considérées comme des reprises mais comme des preuves d’amour. Il en va aussi d’On ne badine pas avec l’amour (4e saison).
Souvent des poètes s’y frayent un passage – lumineux – Pippo Delbono, Charles Juliet, Aragon.
Des acteurs, actrices y sont comme chez eux. Ce fut le cas avec Fabrice Luchini, Philippe Noiret, Jean Rochefort, bientôt Romane Bohringer.
Nous ne programmons pas des saisons, nous invitons des personnalités qui nous touchent, qui entrent en fraternité.
Nous sommes conscients de la chance que nous avons : être responsables d’un état d’esprit. Et cet état d’esprit, c’est que chacun se sente accueilli, désiré : public artistes.
Nous n’économisons pas nos élans, nos admirations, nos convictions.
Ici le verbe résonne. D’abord le verbe. Un verbe qui ne fuit pas ses devoirs : dire le monde !
Et puis les acteurs innombrables qui s’engagent dans des projets, des œuvres.
Nous considérons que le théâtre est un artisanat, que chaque acte qui s’y rapporte doit avoir sa vérité, son évidence, parfois même sa gravité.
Car animer un théâtre comme le nôtre n’est pas un acte innocent : c’est croire que tout est possible, qu’ensemble nous aurons la force et le courage d’être un peu moins seuls, un peu moins malheureux. En un mot, d’être vivants.
Philippe Faure
dimanche 13 décembre 2009
Aimons Myriam Boyer
Le public du Théâtre de la Croix-Rousse rencontre Myriam Boyer (clip) from Garage Productions on Vimeo.
À 11 heures du matin ce dimanche, brunch (conférence de presse) autour de Myriam Boyer dans le hall du théâtre. Beaucoup de monde (qui n'a pas cédé à la tentation de la couette). Des journalistes, photographes, télévisions, relais, amis… et une grande partie de l'équipe du théâtre (une petite centaine de personnes!!!). Moment de grâce.
Elle est là Myriam, rayonnante et heureuse. Ses premiers pas sur une vraie scène furent sur notre scène du Théâtre de la Croix-Rousse. Elle avait 17 ans. C'était dans les années 1965/1966. Sa mère était handicapée, son père sans travail et alcoolique. Et ce petit bout de femme nous raconte sa vie, toujours héroïque, jamais facile, en même temps d'une fidélité absolue à tous ceux qu'elle a croisé. Et qu'ils soient célèbres ou inconnus, elle en a croisé des gens.
Elle nous parle de Sautet, Vincent, François, Paul et les autres, de Corneau, Série noire avec Patrick Dewaere, de Chéreau, de Blier, de Gisèle Tavet (aujourd'hui oubliée) de Roger Cornillac (le père de Clovis), de John Berry, de son goût pour le petit peuple, celui qui n'a jamais droit à la parole. Tout ce qu'elle a gagné elle l'a réinvesti dans des films (Le Voyage à Paimpol) dans des pièces de théâtre.
Elle a toujours tout perdu. Elle s'est ruinée à défendre des œuvres qui parlaient d'humanité. Encore Gary, Jean Seberg, Montand, Piccoli, Reggiani, etc. Et pourtant, elle est là vibrante, modeste, chaleureuse. Toutes les personnes présentes sont sous le charme. Elle est d'une dignité et d'une délicatesse inouïes. Elle ne s'en prend jamais aux autres. Elle assume ce qu'elle est avec la tendresse de ceux qui au départ avaient tout contre eux.
Elle nous parle de son fils célèbre avec une fierté toute simple, de son autre fils metteur en scène, directeur de compagnie, moins célèbre, avec le même enthousiasme.
J'ai été profondément heureux de dialoguer avec elle, de l'interroger, de la découvrir. Toute entière tournée vers les autres, vers une sorte de rigueur morale. Je me suis dit que c'était une chance qu'elle soit dans nos murs jusqu'au 3 janvier.
Elle avoue son âge : 61 ans. Et pourtant elle a l'énergie d'une jeune fille de 20 ans. Elle aime la vie et elle nous donne envie de prendre nous aussi la vie à bras le corps. Sacrée bonne femme ! (pour reprendre un titre de Chabrol).
Quant au spectacle La Vie devant soi, c'est un formidable moment de théâtre. Les trois comédiens qui l'entourent sont épatants. Elle est poignante, drôle, impressionnante, totalement investie dans le rôle de Madame Rosa. L'émotion est toujours là (j'ai pleuré à la fin, je l'avoue). Le texte de Romain Gary est gourmand, percutant, d'une innocence maline. Et puis en ces temps de débat sur l'identité nationale, quelle leçon de tolérance de fraternité. Génial.
Enfin, cette réplique (parmi les centaines d'autres qui percutent) " Les choses et les gens sont sans valeur. Sauf s'ils sont aimés! " Dieu que c'est vrai. Et le spectacle finit sur ces mots "Aimons."
J'ai envie de dire : "putain, je fais que ça que d'aimer"…
Merci Myriam Boyer d'être ce que tu es.
Les deux représentations de ce dimanche à 15h et 20h étaient pleines à craquer, ce fut un triomphe à chaque fois. Ça promet pour la suite !
Philippe Faure
vendredi 11 décembre 2009
Bon anniversaire
Aujourd'hui, drôle d'anniversaire. Il y a un an, je signais un bail pour habiter dans une grande maison et recomposer une famille.
Un an plus tard, le bilan est assez navrant : 2 opérations médicales, trois transfusions sanguines, un test HIV, et sur l'année écoulée, environ 6 mois hors de la maison. Des insultes comme s'il en pleuvait. Insultes qui se résument sous le vocable de "Pauvre type".
Le jour où nous avons visité la maison elle déjeunait avec un type rencontré sur Internet. Et quelques semaines auparavant, elle couchait avec un homme qui l'a rendue folle. Un vététiste/éducateur (oui ça existe et pour elle c'est même le summum).
Depuis, elle est toute seule dans cette grande maison, heureuse car elle a besoin de toute la place pour vivre (le plus souvent, j'étais à l'extérieur de la maison pour ne pas la déranger). Elle m'avait prévenu : " je ne suis pas une fille sympa ". Je n'ai pas voulu l'écouter. J'étais dans les sentiments. Elle m'a répété que mes maladies " la gonflait ", qu'elle n'avait pas à assumer une quelconque responsabilité.
Je pense qu'elle surfe sur Internet pour trouver celui qui conviendra le mieux à ses exigences. Elle m'a dit qu'elle voulait s'amuser. Je pense donc qu'elle s'amuse.
Même son père s'y est mis, me traitant de "clampin", sa mère de "rien du tout". En conclusion, je n'étais pas le bienvenu dans cette famille exemplaire. Pourtant, elle m'avait répété que je leur polluais la vie.
Aujourd'hui, je suis heureux de les avoir débarrassés d'un "boulet". Avec le recul, tout cela serait comique si je n'avais pas failli y laisser ma peau. Mais comme elle dirait dans ce cas là : " Ce n'est pas mon problème que tu sois mort, ce que je veux c'est m'amuser. "
Bon anniversaire!
Philippe Faure
PS : Elle m'avait avoué qu'elle ne pourrait jamais aimer les enfants d'un autre.
Là-dessus elle avait entièrement raison. Elle n'aima pas mes filles.
Conclusion : Musset et Marivaux demeurent salvateurs. Ils nous entrainent dans les conflits amoureux avec élégance et fragilité. Et bizarrement, c'est jouissif.Marre, marre de la méchanceté, vive la lumière de l'esprit et du cœur.
Et pour finir, cette phrase qu'elle prononça à maintes reprises : "Je ne suis pas une fille qui s'excuse". Voilà qui est dit!
Un an plus tard, le bilan est assez navrant : 2 opérations médicales, trois transfusions sanguines, un test HIV, et sur l'année écoulée, environ 6 mois hors de la maison. Des insultes comme s'il en pleuvait. Insultes qui se résument sous le vocable de "Pauvre type".
Le jour où nous avons visité la maison elle déjeunait avec un type rencontré sur Internet. Et quelques semaines auparavant, elle couchait avec un homme qui l'a rendue folle. Un vététiste/éducateur (oui ça existe et pour elle c'est même le summum).
Depuis, elle est toute seule dans cette grande maison, heureuse car elle a besoin de toute la place pour vivre (le plus souvent, j'étais à l'extérieur de la maison pour ne pas la déranger). Elle m'avait prévenu : " je ne suis pas une fille sympa ". Je n'ai pas voulu l'écouter. J'étais dans les sentiments. Elle m'a répété que mes maladies " la gonflait ", qu'elle n'avait pas à assumer une quelconque responsabilité.
Je pense qu'elle surfe sur Internet pour trouver celui qui conviendra le mieux à ses exigences. Elle m'a dit qu'elle voulait s'amuser. Je pense donc qu'elle s'amuse.
Même son père s'y est mis, me traitant de "clampin", sa mère de "rien du tout". En conclusion, je n'étais pas le bienvenu dans cette famille exemplaire. Pourtant, elle m'avait répété que je leur polluais la vie.
Aujourd'hui, je suis heureux de les avoir débarrassés d'un "boulet". Avec le recul, tout cela serait comique si je n'avais pas failli y laisser ma peau. Mais comme elle dirait dans ce cas là : " Ce n'est pas mon problème que tu sois mort, ce que je veux c'est m'amuser. "
Bon anniversaire!
Philippe Faure
PS : Elle m'avait avoué qu'elle ne pourrait jamais aimer les enfants d'un autre.
Là-dessus elle avait entièrement raison. Elle n'aima pas mes filles.
Conclusion : Musset et Marivaux demeurent salvateurs. Ils nous entrainent dans les conflits amoureux avec élégance et fragilité. Et bizarrement, c'est jouissif.Marre, marre de la méchanceté, vive la lumière de l'esprit et du cœur.
Et pour finir, cette phrase qu'elle prononça à maintes reprises : "Je ne suis pas une fille qui s'excuse". Voilà qui est dit!
mardi 8 décembre 2009
Un bloc de tendresse et un feu d'artifice
Samedi soir, dernière représentation d'Observer, le travail de Bruno Meyssat. Personnellement cette mise en théâtre de la tragédie d'Hiroshima m'a laissé sans voix. Bouleversant dans la précarité de cette mise en abîme. Notre public a répondu présent (au-delà de toute attente) à notre invitation. Décidément Bruno Meyssat est un honnête homme et un artiste obstiné et il est juste qu'un grand nombre de spectateurs aient pu découvrir son univers. En arrivant ce lundi matin au théâtre, j'ai eu la surprise qu'il m'ait offert un sublime livre sur UKIYO-E (images du monde flottant). Il s'agit d'un courant artistique japonais qui naquit pendant la période prospère de l'Edo (1615-1868).
Samedi soir encore, une rencontre avec Cathy Bouvard, spectatrice engagée d'Observer. Cathy Bouvard est aujourd'hui co-directrice des Subsistances avec Guy Walter. Nous avons travaillé ensemble pendant un peu plus de cinq ans aux débuts du Théâtre de la Croix-Rousse. Notre séparation fut extrêmement douloureuse, et il a fallu beaucoup de temps pour que nous retrouvions notre calme l'un envers l'autre. Elle a eu un rôle essentiel dans l'aventure de cette maison. Elle occupait en fait le poste de secrétaire générale et surtout je lui avais délégué le choix des spectacles. Je crois être à l'origine de notre séparation. Sans doute, traversai-je à cette époque une période de grand tumulte et au fond notre complicité, notre intimité, m'étaient devenues douloureuses. Peut-être n'étais-je pas à ce moment-là en capacité d'assumer un tel partage des responsabilités. Toujours est-il qu'il y a entre nous deux une vraie estime, une grande fidélité, une affection jamais démentie. Et si, pour une raison ou pour une autre, il fallait rêver à un successeur à la direction de cette maison, c'est sans aucun doute vers elle qu'il faudrait se retourner, elle que j'appellerais. Oui, il y a l'un envers l'autre une considération définitive. Peut-être parce que nous savons l'un et l'autre ce que nous nous devons et que non seulement nous l'assumons, mais nous sommes très fiers d'avoir travaillé ensemble. Qui plus est, je crois que toute l'équipe ici partage cette fidélité à Cathy Bouvard et sa reconnaissance.
Je lis cette réflexion fondamentale de Michel Serres (magnifique philosophe)
« On ne fait jamais de progrès sans admettre son incapacité. »
Mon Dieu, que cela est vrai!
La semaine qui vient risque d'être intense. Beaucoup de rendez-vous décisifs, et puis l'écriture, et puis ce texte du Malade imaginaire qu'il me faut réapprendre (la mémorisation n'est pas mon point fort) enfin dimanche prochain (le 13) très longue journée. A 11 heures du matin, brunch autour de Myriam Boyer, genre conférence de presse. Toute la presse sera là ainsi que nos principaux relais. Il s'agit d'accueillir fraternellement et respectueusement cette actrice incomparable. Ensuite, deux représentations (complètes) de La Vie devant soi à 15 heures et 20 heures.
Règne dans notre maison depuis la rentrée une ambiance que je qualifierais d'épidermique, dans le sens énergique du terme. Toute l'équipe est heureusement mobilisée, investie, légère et donc particulièrement efficace. Je me surprends moi-même à retrouver l'humeur de mes débuts à La Croix-Rousse. Les très pénibles mois de mai, juin, juillet, août, septembre, où je fus extrêmement fragilisé m'ont étrangement redonné le goût de l'aventure. Il est des fréquentations qui ont le don de vous perdre au fond du trou et au fond du trou, ce n'est pas très gai.
Un maire d'une grande ville m'a appelé pour me proposer la direction d'un théâtre (nous avons joué à plusieurs reprises dans sa ville). J'ai décliné la proposition. Je crois que ma vie est ici et j'ai la certitude qu'il ne faut jamais abandonner une aventure en cours de route. Il faut courageusement surmonter les doutes, la lassitude et tout autre sentiment qui pourrait conduire à la facilité. Il ne faut pas céder à la tentation de l'infidélité, au contraire il faut résister, c'est à ce prix que l'on acquiert l'estime de soi-même. Et sans estime de soi-même, rien n'est possible.
Cette réflexion étonnante sur laquelle il convient de méditer. Réflexion de Jean-Paul Sartre :
« La patrie, l'honneur, la liberté, il n'y a rien : l'univers tourne autour d'une paire de fesses, c'est tout. »
J'engage donc une période de méditation et dès que possible, je livre ma conclusion.
Beaucoup d'articles en ce moment dans la presse sur Charlotte Gainsbourg à propos de la sortie du nouveau film de Chéreau et de son nouvel album, "IRM".
Chéreau dit d'elle : « On a tous envie de l'aimer.»
Ce qui me frappe chez elle c'est sa délicatesse. Cette manière qu'elle a de tout frôler avec précaution. Comme si elle était obsédée par l'idée de ne rien abimer. Elle évoque constamment ses admirations. Peut-être son talent est-il d'avoir compris que l'on doit tout aux autres. Ce sont eux qui vous font grandir, donc il convient de les respecter. Charlotte Gainsbourg est une jeune femme respectueuse et ça fait du bien, et du coup, comme le dit Chéreau, on a envie de l'aimer.
Maguy Marin : « Il s'agit surtout de ne pas rester bloqué dans sa petite histoire. »
Dimanche soir, j'ai emmené mes filles Marie et Marline regarder le feu d'artifice. Elles étaient blotties contre moi, chacune d'un côté. On ne faisait qu'un tous les trois. J'ai toujours eu un peu de mal avec les feux d'artifices. Ca ne m'a jamais ni impressionné ni fait rêver. Mais là, nous étions tous les trois un bloc de tendresse, alors le feu d'artifice, par la force des choses, je l'ai trouvé beau !
Philippe Faure
Samedi soir encore, une rencontre avec Cathy Bouvard, spectatrice engagée d'Observer. Cathy Bouvard est aujourd'hui co-directrice des Subsistances avec Guy Walter. Nous avons travaillé ensemble pendant un peu plus de cinq ans aux débuts du Théâtre de la Croix-Rousse. Notre séparation fut extrêmement douloureuse, et il a fallu beaucoup de temps pour que nous retrouvions notre calme l'un envers l'autre. Elle a eu un rôle essentiel dans l'aventure de cette maison. Elle occupait en fait le poste de secrétaire générale et surtout je lui avais délégué le choix des spectacles. Je crois être à l'origine de notre séparation. Sans doute, traversai-je à cette époque une période de grand tumulte et au fond notre complicité, notre intimité, m'étaient devenues douloureuses. Peut-être n'étais-je pas à ce moment-là en capacité d'assumer un tel partage des responsabilités. Toujours est-il qu'il y a entre nous deux une vraie estime, une grande fidélité, une affection jamais démentie. Et si, pour une raison ou pour une autre, il fallait rêver à un successeur à la direction de cette maison, c'est sans aucun doute vers elle qu'il faudrait se retourner, elle que j'appellerais. Oui, il y a l'un envers l'autre une considération définitive. Peut-être parce que nous savons l'un et l'autre ce que nous nous devons et que non seulement nous l'assumons, mais nous sommes très fiers d'avoir travaillé ensemble. Qui plus est, je crois que toute l'équipe ici partage cette fidélité à Cathy Bouvard et sa reconnaissance.
Je lis cette réflexion fondamentale de Michel Serres (magnifique philosophe)
« On ne fait jamais de progrès sans admettre son incapacité. »
Mon Dieu, que cela est vrai!
La semaine qui vient risque d'être intense. Beaucoup de rendez-vous décisifs, et puis l'écriture, et puis ce texte du Malade imaginaire qu'il me faut réapprendre (la mémorisation n'est pas mon point fort) enfin dimanche prochain (le 13) très longue journée. A 11 heures du matin, brunch autour de Myriam Boyer, genre conférence de presse. Toute la presse sera là ainsi que nos principaux relais. Il s'agit d'accueillir fraternellement et respectueusement cette actrice incomparable. Ensuite, deux représentations (complètes) de La Vie devant soi à 15 heures et 20 heures.
Règne dans notre maison depuis la rentrée une ambiance que je qualifierais d'épidermique, dans le sens énergique du terme. Toute l'équipe est heureusement mobilisée, investie, légère et donc particulièrement efficace. Je me surprends moi-même à retrouver l'humeur de mes débuts à La Croix-Rousse. Les très pénibles mois de mai, juin, juillet, août, septembre, où je fus extrêmement fragilisé m'ont étrangement redonné le goût de l'aventure. Il est des fréquentations qui ont le don de vous perdre au fond du trou et au fond du trou, ce n'est pas très gai.
Un maire d'une grande ville m'a appelé pour me proposer la direction d'un théâtre (nous avons joué à plusieurs reprises dans sa ville). J'ai décliné la proposition. Je crois que ma vie est ici et j'ai la certitude qu'il ne faut jamais abandonner une aventure en cours de route. Il faut courageusement surmonter les doutes, la lassitude et tout autre sentiment qui pourrait conduire à la facilité. Il ne faut pas céder à la tentation de l'infidélité, au contraire il faut résister, c'est à ce prix que l'on acquiert l'estime de soi-même. Et sans estime de soi-même, rien n'est possible.
Cette réflexion étonnante sur laquelle il convient de méditer. Réflexion de Jean-Paul Sartre :
« La patrie, l'honneur, la liberté, il n'y a rien : l'univers tourne autour d'une paire de fesses, c'est tout. »
J'engage donc une période de méditation et dès que possible, je livre ma conclusion.
Beaucoup d'articles en ce moment dans la presse sur Charlotte Gainsbourg à propos de la sortie du nouveau film de Chéreau et de son nouvel album, "IRM".
Chéreau dit d'elle : « On a tous envie de l'aimer.»
Ce qui me frappe chez elle c'est sa délicatesse. Cette manière qu'elle a de tout frôler avec précaution. Comme si elle était obsédée par l'idée de ne rien abimer. Elle évoque constamment ses admirations. Peut-être son talent est-il d'avoir compris que l'on doit tout aux autres. Ce sont eux qui vous font grandir, donc il convient de les respecter. Charlotte Gainsbourg est une jeune femme respectueuse et ça fait du bien, et du coup, comme le dit Chéreau, on a envie de l'aimer.
Maguy Marin : « Il s'agit surtout de ne pas rester bloqué dans sa petite histoire. »
Dimanche soir, j'ai emmené mes filles Marie et Marline regarder le feu d'artifice. Elles étaient blotties contre moi, chacune d'un côté. On ne faisait qu'un tous les trois. J'ai toujours eu un peu de mal avec les feux d'artifices. Ca ne m'a jamais ni impressionné ni fait rêver. Mais là, nous étions tous les trois un bloc de tendresse, alors le feu d'artifice, par la force des choses, je l'ai trouvé beau !
Philippe Faure
vendredi 4 décembre 2009
Le pourquoi du journal intime
La vie privée est intimement liée au travail. C'est sans doute le sens de ce journal intime.
J'anime ce théâtre avec ce que je suis, avec ce que je vis, avec les chagrins, les joies, les solitudes, les emballements, parfois les tendresses et les déceptions qui font la vie. C'est que je suis par la force des choses au cœur d'un mouvement général. Il y a l'équipe autour de moi, les artistes, le public, les médias, les complicités extérieures, les autorités nécessaires, enfin tous ceux qui pour une raison ou une autre ont à faire avec notre théâtre. Et ça fait un monde fou. Et au fond, tous et chacun ont besoin de savoir que celui qui crée le mouvement est totalement sincère, engagé, et digne de confiance.
Ce journal intime est un garde-fou. Il m'oblige à chaque fois à faire preuve de vérité. Il dit à peu près tout des efforts inouïs que je dois accomplir pour relever le défi. Et le défi, c'est d'être toujours ouvert aux autres, généreux, de ne pas être dupe de ses propres limites, de ne pas avoir peur d'assumer ni ses réussites, ni ses échecs.
Il faut être à nu.
Lorsque je raconte les désillusions (cruelles) d'une relation amoureuse, ce n'est pas de l'impudeur, c'est que l'état de fragilité où je suis raconte à sa manière le théâtre. Les ennuis de santé dont il m'est arrivé de parler disent à leur manière l'éphémère du théâtre. Dire l'intime pour dire la peur de ne pas être suffisamment délicat. Ce journal intime m'aide à ne pas oublier que la délicatesse approche au près la nature humaine. Il n'y a pas de vérité sans délicatesse. Car au fond, dans la vie, comme dans le théâtre, il n'y a pas de vraie vérité. Il n'y a que des tentatives pour être un tant soit peu exemplaire. Et ces tentatives sont tout le sens de nos vies.
C'est ce que j'exprime dans ce journal intime (vilainement rebaptisé blog), je tente en permanence d'être au service des autres. Pas pour satisfaire leur insatisfaction, non, pour les emmener vers la légèreté. Et la légèreté, c'est le refus du mensonge, de la trahison, de la colère, du mépris, de la suffisance. C'est admettre que nos vies n'ont de sens que si elles s'élancent vers un désir de partage. Comme on s'élancerait dans le vide. Sauf que dans ces conditions, on ne s'écrase pas sur le sol. Non, on vole. Les ailes nous poussent. C'est qu'on s'est délesté de tous nos petits égoïsmes.
Ce journal intime, c'est donc pour que des ailes me poussent dans le dos. À vérifier.
Philippe Faure
J'anime ce théâtre avec ce que je suis, avec ce que je vis, avec les chagrins, les joies, les solitudes, les emballements, parfois les tendresses et les déceptions qui font la vie. C'est que je suis par la force des choses au cœur d'un mouvement général. Il y a l'équipe autour de moi, les artistes, le public, les médias, les complicités extérieures, les autorités nécessaires, enfin tous ceux qui pour une raison ou une autre ont à faire avec notre théâtre. Et ça fait un monde fou. Et au fond, tous et chacun ont besoin de savoir que celui qui crée le mouvement est totalement sincère, engagé, et digne de confiance.
Ce journal intime est un garde-fou. Il m'oblige à chaque fois à faire preuve de vérité. Il dit à peu près tout des efforts inouïs que je dois accomplir pour relever le défi. Et le défi, c'est d'être toujours ouvert aux autres, généreux, de ne pas être dupe de ses propres limites, de ne pas avoir peur d'assumer ni ses réussites, ni ses échecs.
Il faut être à nu.
Lorsque je raconte les désillusions (cruelles) d'une relation amoureuse, ce n'est pas de l'impudeur, c'est que l'état de fragilité où je suis raconte à sa manière le théâtre. Les ennuis de santé dont il m'est arrivé de parler disent à leur manière l'éphémère du théâtre. Dire l'intime pour dire la peur de ne pas être suffisamment délicat. Ce journal intime m'aide à ne pas oublier que la délicatesse approche au près la nature humaine. Il n'y a pas de vérité sans délicatesse. Car au fond, dans la vie, comme dans le théâtre, il n'y a pas de vraie vérité. Il n'y a que des tentatives pour être un tant soit peu exemplaire. Et ces tentatives sont tout le sens de nos vies.
C'est ce que j'exprime dans ce journal intime (vilainement rebaptisé blog), je tente en permanence d'être au service des autres. Pas pour satisfaire leur insatisfaction, non, pour les emmener vers la légèreté. Et la légèreté, c'est le refus du mensonge, de la trahison, de la colère, du mépris, de la suffisance. C'est admettre que nos vies n'ont de sens que si elles s'élancent vers un désir de partage. Comme on s'élancerait dans le vide. Sauf que dans ces conditions, on ne s'écrase pas sur le sol. Non, on vole. Les ailes nous poussent. C'est qu'on s'est délesté de tous nos petits égoïsmes.
Ce journal intime, c'est donc pour que des ailes me poussent dans le dos. À vérifier.
Philippe Faure
jeudi 3 décembre 2009
L’innocence au théâtre
Dans le passé, j’avais écrit une pièce dont la carrière fut assez miraculeuse : La Caresse. (Je n'étais pas encore à La Croix-Rousse.)
Il n'y a pas si longtemps, j'ai écrit une "suite" si l'on peut dire, un complément d'enquête pourrait-on dire : Les Etreintes. (C'était il y a 8 ou 9 ans.) Autant que je m'en souvienne, le spectacle passa un peu inaperçu. Et pourtant j'adorais ce que nous avions imaginé scénographiquement avec Alain Batifoulier. La troupe d'acteurs était assez formidable. C'étaient de courtes histoires qui se télescopaient. Le spectacle déclinait en toute liberté, intimité et absurdité ; les différents états de l'étreinte. Sans doute un jour reprendrai-je ce spectacle. Le réinventerai-je. À cette époque, j'avais dans l'idée de créer une trilogie : La Caresse, Les Etreintes et les Baisers. Et puis d'autres projets se sont enchainés. Depuis quelques jours j'ai commencé à écrire ce dernier volet de ma "trilogie de l'intime". Je suis donc en "plein baisers" et j'avoue que j'ai sur ce sujet l'imagination fertile.
Hier au soir, première du spectacle de Bruno Meyssat, Observer. Salle pleine (je ne reviens pas sur l'opération que nous avons lancée d'invitations de tous nos abonnés). Cela dit, il est tout à fait admirable et rassurant que plus de 2000 personnes aient réservé leur place en à peine une semaine. Je crois que cet événement fera date dans l'histoire de notre théâtre. Pour en revenir au travail de Bruno Meyssat qui revisite le souvenir d'Hiroshima, c'est tout à fait impressionnant. De quoi s'agit-il? De créer un certain désordre d'objets, de signes, de bruits, d'immobilités, d'errance, d'ombres et de lumières pour que s'invente au fur et à mesure une sorte de paysage fantomatique qui, étrangement, parle à nos sens. Sans que rien ne soit dit. Meyssat est une sorte d'agitateur de fantômes et puis l'homme, s'il est un honnête homme et un artiste obstiné, n'en demeure pas moins un petit garçon aux prises avec ses cauchemars nocturnes. Peut-être attend-il seulement que sa maman le console (évidemment, cette supposition n'engage que moi).
Hier, j'ai visité un appartement juste en face du théâtre. Toutes les fenêtres donnent sur la place Joannès Ambre. Il est en plein sud. Refait à neuf, modeste mais paisible. Pas très grand. Mais cela n'a pas grande importance. J'ai pu expérimenter il y a quelques mois que de vivre dans une grande maison n'impliquait pas que je puisse avoir mon espace vital. D'ailleurs, j'ai passé plus de temps à l'extérieur de la maison plutôt qu'à l'intérieur. Malgré la superficie, je n'avais pas ma place, je n'étais pas à ma place. D'ailleurs, j'avais été prévenu : « Moi, j'ai besoin de toute la place » m'avait-elle dit, et encore cet avertissement : « Impose-toi! ». C'est donc que vivre dans cette maison devait nécessairement être un combat. Pas de place pour les sentiments. Décidément, ce petit appartement en face du théâtre, dans sa modestie, ne peut être qu'un havre de paix.
Journée triste dans l'équipe hier.
L'une de mes collaboratrices avait perdu sa mère dans la nuit précédente.
La mort d'une mère, ou plutôt la disparition d'une mère, est un événement ingérable. Lorsqu'une mère part, c'est toute l'enfance qui s'évanouit.
On reste démuni, stupéfié. Celle-là qui nous a mis au monde nous abandonne à nous-mêmes. Alors, il faut un courage infini pour ne pas se déconstruire mais au contraire pour réaffirmer ce que nous sommes pour tenter de devenir ce que notre mère rêvait que nous soyons. Je me souviens que quelques semaines avant de mourir, ma mère m'avait dit : «Je sais que je pourrai être fière de toi. »
"Que je pourrai" m'a-t-elle dit. C'est donc qu'il allait falloir que je travaille toute ma vie à être moins médiocre que je ne pouvais l'être. Car nous sommes tous ordinaires. Heureusement que nos mères ne doutent jamais de nous. Rien n'est pire que de faire douter une mère de nous-mêmes. Bien sûr toute l'équipe souhaite du courage à notre collaboratrice.
Lu cette définition d'Albert Camus :
« Le théâtre est un art de chair qui donne à des corps vivants le soin de traduire ses leçons, un art en même temps grossier et subtil, une entente exceptionnelle des mouvements, de la voix et des lumières. Mais il est aussi le plus conventionnel des arts tout entier dans cette complicité de l'acteur et du spectateur qui apportent un consentement mutuel et tacite à la même illusion. »
Il ajoute à un moment donné cette phrase magnifique : « Je me retrouve innocent au théâtre. »
Il ajoute encore cette phrase non moins magnifique : « La camaraderie a été l'une des grandes joies de ma vie. »
Conclusion : heureusement que Camus existe !
Philippe Faure
Il n'y a pas si longtemps, j'ai écrit une "suite" si l'on peut dire, un complément d'enquête pourrait-on dire : Les Etreintes. (C'était il y a 8 ou 9 ans.) Autant que je m'en souvienne, le spectacle passa un peu inaperçu. Et pourtant j'adorais ce que nous avions imaginé scénographiquement avec Alain Batifoulier. La troupe d'acteurs était assez formidable. C'étaient de courtes histoires qui se télescopaient. Le spectacle déclinait en toute liberté, intimité et absurdité ; les différents états de l'étreinte. Sans doute un jour reprendrai-je ce spectacle. Le réinventerai-je. À cette époque, j'avais dans l'idée de créer une trilogie : La Caresse, Les Etreintes et les Baisers. Et puis d'autres projets se sont enchainés. Depuis quelques jours j'ai commencé à écrire ce dernier volet de ma "trilogie de l'intime". Je suis donc en "plein baisers" et j'avoue que j'ai sur ce sujet l'imagination fertile.
Hier au soir, première du spectacle de Bruno Meyssat, Observer. Salle pleine (je ne reviens pas sur l'opération que nous avons lancée d'invitations de tous nos abonnés). Cela dit, il est tout à fait admirable et rassurant que plus de 2000 personnes aient réservé leur place en à peine une semaine. Je crois que cet événement fera date dans l'histoire de notre théâtre. Pour en revenir au travail de Bruno Meyssat qui revisite le souvenir d'Hiroshima, c'est tout à fait impressionnant. De quoi s'agit-il? De créer un certain désordre d'objets, de signes, de bruits, d'immobilités, d'errance, d'ombres et de lumières pour que s'invente au fur et à mesure une sorte de paysage fantomatique qui, étrangement, parle à nos sens. Sans que rien ne soit dit. Meyssat est une sorte d'agitateur de fantômes et puis l'homme, s'il est un honnête homme et un artiste obstiné, n'en demeure pas moins un petit garçon aux prises avec ses cauchemars nocturnes. Peut-être attend-il seulement que sa maman le console (évidemment, cette supposition n'engage que moi).
Hier, j'ai visité un appartement juste en face du théâtre. Toutes les fenêtres donnent sur la place Joannès Ambre. Il est en plein sud. Refait à neuf, modeste mais paisible. Pas très grand. Mais cela n'a pas grande importance. J'ai pu expérimenter il y a quelques mois que de vivre dans une grande maison n'impliquait pas que je puisse avoir mon espace vital. D'ailleurs, j'ai passé plus de temps à l'extérieur de la maison plutôt qu'à l'intérieur. Malgré la superficie, je n'avais pas ma place, je n'étais pas à ma place. D'ailleurs, j'avais été prévenu : « Moi, j'ai besoin de toute la place » m'avait-elle dit, et encore cet avertissement : « Impose-toi! ». C'est donc que vivre dans cette maison devait nécessairement être un combat. Pas de place pour les sentiments. Décidément, ce petit appartement en face du théâtre, dans sa modestie, ne peut être qu'un havre de paix.
Journée triste dans l'équipe hier.
L'une de mes collaboratrices avait perdu sa mère dans la nuit précédente.
La mort d'une mère, ou plutôt la disparition d'une mère, est un événement ingérable. Lorsqu'une mère part, c'est toute l'enfance qui s'évanouit.
On reste démuni, stupéfié. Celle-là qui nous a mis au monde nous abandonne à nous-mêmes. Alors, il faut un courage infini pour ne pas se déconstruire mais au contraire pour réaffirmer ce que nous sommes pour tenter de devenir ce que notre mère rêvait que nous soyons. Je me souviens que quelques semaines avant de mourir, ma mère m'avait dit : «Je sais que je pourrai être fière de toi. »
"Que je pourrai" m'a-t-elle dit. C'est donc qu'il allait falloir que je travaille toute ma vie à être moins médiocre que je ne pouvais l'être. Car nous sommes tous ordinaires. Heureusement que nos mères ne doutent jamais de nous. Rien n'est pire que de faire douter une mère de nous-mêmes. Bien sûr toute l'équipe souhaite du courage à notre collaboratrice.
Lu cette définition d'Albert Camus :
« Le théâtre est un art de chair qui donne à des corps vivants le soin de traduire ses leçons, un art en même temps grossier et subtil, une entente exceptionnelle des mouvements, de la voix et des lumières. Mais il est aussi le plus conventionnel des arts tout entier dans cette complicité de l'acteur et du spectateur qui apportent un consentement mutuel et tacite à la même illusion. »
Il ajoute à un moment donné cette phrase magnifique : « Je me retrouve innocent au théâtre. »
Il ajoute encore cette phrase non moins magnifique : « La camaraderie a été l'une des grandes joies de ma vie. »
Conclusion : heureusement que Camus existe !
Philippe Faure
lundi 30 novembre 2009
La Maladie d’amour
La Petite Fille aux allumettes et Thérèse Raquin sont sur les routes (alternativement, car il s’agit de la même équipe de comédiens) depuis la rentrée.
Cette dernière semaine nous étions au Centre Dramatique Régional de Rouen. Toute la semaine, ce furent deux représentations par jour assez triomphales. En tout cas, le spectacle était magnifiquement beau dans le théâtre d’Elisabeth Maccoco.
La semaine prochaine, c’est au tour de Thérèse Raquin de prendre la relève et ainsi de suite jusqu’en février.
Depuis maintenant presque huit ans, toutes nos créations ont parcouru inlassablement toute la France dans tous les sens. Ce nomadisme est très émouvant, car s’y installent des fidélités. Chaque théâtre a son âme, chaque patron de théâtre a sa sensibilité, chaque ville a sa vibration. D’années en années nous retrouvons des publics qui suivent notre travail, et à chaque fois ces retrouvailles sont heureuses. C’est une chance immense que d’être ainsi accueillis dans autant de théâtres différents. J’ai beaucoup de gratitude et de reconnaissance pour tous ces directeurs qui nous donnent leur confiance, qui la renouvellent. En tout cas, nous avons le souci chaque soir de présenter le meilleur spectacle possible. C’est ainsi que nous consacrons chaque fois 4 à 5 heures de raccords dans tous les lieux traversés. Il convient chaque soir de donner le meilleur de nous-mêmes.
Nous réitérons dans quelques jours l’opération Semaine des Vêtements Chauds (voir site). Cette année, nous y ajoutons la collecte de cadeaux neufs pour 200 enfants qui n’auront pas de Noël. C’est ce que Victor Hugo appelait sa « petite œuvre de fraternité pratique » lorsqu’il invitait à diner à Guernesey tous les orphelins et les adolescents en difficultés. J’ai la chance d’avoir autour de moi une équipe qui partage cette responsabilité ; que notre théâtre déborde de son rôle de rassembleur pour aborder le territoire de la solidarité. Nous ne cessons d’imaginer des dialogues avec tous les publics que l’on dit "empêchés" (mot à la mode).
Je veux être un artiste avec son tempérament, ses exigences et sa vision poétique, mais je veux aussi être utile, concrètement, immédiatement à ceux que la société oublie, délaisse, méprise.
Voilà, disons que je fais du théâtre pour n’oublier personne. Alors ces vêtements chauds et ces cadeaux je vous invite à les déposer dans les caisses en bois qui entoureront notre hall. Ensuite, nous ferons le nécessaire pour la redistribution. (La saison dernière, cette opération fut une réussite totale !)
La semaine dernière nous a réservé un événement bouleversant. Voilà que le spectacle de Bruno Meyssat, Observer, ne rencontre pas son public à l’abonnement. Jauges maigrichonnes. Je décide d’inviter tous les abonnés de notre maison (10500) en attirant leur attention sur l’étrangeté du travail de Meyssat, sur sa singularité, sur son audace et au fond sur son humanité.
Et là, en 3 jours, ce sont plus de 1000 personnes qui ont répondu à notre invitation. Magnifiques preuves d’amour.
Bouleversant, car c’est la preuve que notre public est vivant, attentif, fidèle, amoureux de théâtre. J’ai souvent, dans ce blog, fait allusion à mes états amoureux. Mais au fond c’est la seule chose que je voudrais qu’il reste de moi : "il fut amoureux", et quel bonheur de sentir que j’ai pu, autant que possible, vous rendre "amoureux".
À propos de cette initiative, j’ai reçu un mail d’Abraham Benghio (directeur général à la Région Rhône-Alpes), un homme pour qui j’ai une profonde estime. Dans un premier temps, il se réjouit de cette opération et puis il ajoute : « tu corrobores chaque jour ce que je dis souvent : "Ne dites pas de mal de Philippe Faure. C’est vrai qu’il peut être exaspérant, mais une telle générosité au service du théâtre, je ne l’ai pas souvent rencontrée…" » Evidemment j’ai été très touché même si je dois admettre que visiblement certains peuvent dire du mal de moi, et que j’ai pu être exaspérant pour d’autres…
Cela n’est rien, seule existe la conscience de ce que l’on fait, et puis je dois avouer que quelqu’un qui m’était très proche et très cher ne cessait de me traiter de "pauvre type" m’invitant plus que de raison à "me bouger les fesses" et souvent me répétant que je lui "polluais la vie". Cette personne fut toujours très généreuse dans son mépris. Sans doute n’étais-je pas digne d’elle. En tout cas, ça rend humble. Donc inutile dorénavant de dire du mal de moi. Ça ne pourra jamais être aussi violent que ce fut avec elle.
Actuellement nous travaillons ou plutôt nous rêvons beaucoup sur la saison prochaine. C’est que d’une certaine manière j’ai décidé de tout reprendre à zéro, de nous réinterroger sur notre mission, sur notre rapport au public, sur notre rôle auprès des artistes. Avec plus de 10000 abonnés, cette saison est glorieuse et c’est le moment où justement il convient d’oser réinventer notre travail, notre rôle. Ces temps-ci je travaille beaucoup (oserai-je dire intellectuellement ?). J’écris beaucoup de notes de réflexions, mais aussi du théâtre. Comment dire, après un passage à vide, les mots se sont à nouveau emparés de moi, comme si j’avais un besoin pressant de ne pas (plus) perdre de temps. Ce n’est pas rien que le théâtre, c’est le verbe qui prend possession du corps. J’ai conscience que le théâtre est fait de chair. Et l’incroyable alchimie du verbe et du corps (nous) donne une énergie vitale. Et il y a peu d’endroits où cette énergie-là est possible. Je pense bien évidemment à Molière, investi d’une telle énergie. Ah ! Ce Malade imaginaire que je me réjouis tellement de rejouer en janvier !
La chair. La peau. L’étreinte. La caresse. La souffrance. Le corps dans tous ses états et le verbe consolateur et révolutionnaire. Le verbe qui n’est que corps à corps. Zola, Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Zweig, Musset, Kawabata, Modigliani. Tous ces fous d’amour qui m’ont tant inspiré n’ont guère épargné leur corps et leur santé. Malades d’amour. Le théâtre est une maladie d’amour. Voilà qui est dit. Je n’en démordrai pas.
L’interne dont j’ai parlé précédemment dans ce blog (revenir en arrière) me téléphone.
- Vous allez bien ?
- Oui
- Ce serait bien que l’on se voit.
- Ce serait bien.
- Demain ?
- Oui, d’accord.
- Le matin tôt, après je suis toute la journée à l’hôpital.
Et là, je crois bon de plaisanter :
- C’est mieux le matin tôt
car je ne sors plus le soir…
Je ne peux m’empêcher de préciser :
- Enfin, pour le moment.
Sûrement que dans quelques jours, je vais ressortir le soir.
À l’autre bout du fil, elle rit :
- Sûrement. Alors, huit heures demain matin ?
- Merci d’avoir appelé.
Et là, elle conclut à ma grande stupéfaction :
- C’est moi qui ai envie de te dire merci.
Voilà qu’elle m’a tutoyé !
Samedi après-midi avec ma fille Marie. Ma petite amoureuse (comme eut pu dire Jean Eustache). On va chez le coiffeur. Elle est belle comme un cœur. Elle a chaussé les bottines à talons de sa mère. Elle est immense, et elle insiste pour que je lui donne le bras. Il y a des moments où la vie est un cadeau.
Philippe Faure
Cette dernière semaine nous étions au Centre Dramatique Régional de Rouen. Toute la semaine, ce furent deux représentations par jour assez triomphales. En tout cas, le spectacle était magnifiquement beau dans le théâtre d’Elisabeth Maccoco.
La semaine prochaine, c’est au tour de Thérèse Raquin de prendre la relève et ainsi de suite jusqu’en février.
Depuis maintenant presque huit ans, toutes nos créations ont parcouru inlassablement toute la France dans tous les sens. Ce nomadisme est très émouvant, car s’y installent des fidélités. Chaque théâtre a son âme, chaque patron de théâtre a sa sensibilité, chaque ville a sa vibration. D’années en années nous retrouvons des publics qui suivent notre travail, et à chaque fois ces retrouvailles sont heureuses. C’est une chance immense que d’être ainsi accueillis dans autant de théâtres différents. J’ai beaucoup de gratitude et de reconnaissance pour tous ces directeurs qui nous donnent leur confiance, qui la renouvellent. En tout cas, nous avons le souci chaque soir de présenter le meilleur spectacle possible. C’est ainsi que nous consacrons chaque fois 4 à 5 heures de raccords dans tous les lieux traversés. Il convient chaque soir de donner le meilleur de nous-mêmes.
Nous réitérons dans quelques jours l’opération Semaine des Vêtements Chauds (voir site). Cette année, nous y ajoutons la collecte de cadeaux neufs pour 200 enfants qui n’auront pas de Noël. C’est ce que Victor Hugo appelait sa « petite œuvre de fraternité pratique » lorsqu’il invitait à diner à Guernesey tous les orphelins et les adolescents en difficultés. J’ai la chance d’avoir autour de moi une équipe qui partage cette responsabilité ; que notre théâtre déborde de son rôle de rassembleur pour aborder le territoire de la solidarité. Nous ne cessons d’imaginer des dialogues avec tous les publics que l’on dit "empêchés" (mot à la mode).
Je veux être un artiste avec son tempérament, ses exigences et sa vision poétique, mais je veux aussi être utile, concrètement, immédiatement à ceux que la société oublie, délaisse, méprise.
Voilà, disons que je fais du théâtre pour n’oublier personne. Alors ces vêtements chauds et ces cadeaux je vous invite à les déposer dans les caisses en bois qui entoureront notre hall. Ensuite, nous ferons le nécessaire pour la redistribution. (La saison dernière, cette opération fut une réussite totale !)
La semaine dernière nous a réservé un événement bouleversant. Voilà que le spectacle de Bruno Meyssat, Observer, ne rencontre pas son public à l’abonnement. Jauges maigrichonnes. Je décide d’inviter tous les abonnés de notre maison (10500) en attirant leur attention sur l’étrangeté du travail de Meyssat, sur sa singularité, sur son audace et au fond sur son humanité.
Et là, en 3 jours, ce sont plus de 1000 personnes qui ont répondu à notre invitation. Magnifiques preuves d’amour.
Bouleversant, car c’est la preuve que notre public est vivant, attentif, fidèle, amoureux de théâtre. J’ai souvent, dans ce blog, fait allusion à mes états amoureux. Mais au fond c’est la seule chose que je voudrais qu’il reste de moi : "il fut amoureux", et quel bonheur de sentir que j’ai pu, autant que possible, vous rendre "amoureux".
À propos de cette initiative, j’ai reçu un mail d’Abraham Benghio (directeur général à la Région Rhône-Alpes), un homme pour qui j’ai une profonde estime. Dans un premier temps, il se réjouit de cette opération et puis il ajoute : « tu corrobores chaque jour ce que je dis souvent : "Ne dites pas de mal de Philippe Faure. C’est vrai qu’il peut être exaspérant, mais une telle générosité au service du théâtre, je ne l’ai pas souvent rencontrée…" » Evidemment j’ai été très touché même si je dois admettre que visiblement certains peuvent dire du mal de moi, et que j’ai pu être exaspérant pour d’autres…
Cela n’est rien, seule existe la conscience de ce que l’on fait, et puis je dois avouer que quelqu’un qui m’était très proche et très cher ne cessait de me traiter de "pauvre type" m’invitant plus que de raison à "me bouger les fesses" et souvent me répétant que je lui "polluais la vie". Cette personne fut toujours très généreuse dans son mépris. Sans doute n’étais-je pas digne d’elle. En tout cas, ça rend humble. Donc inutile dorénavant de dire du mal de moi. Ça ne pourra jamais être aussi violent que ce fut avec elle.
Actuellement nous travaillons ou plutôt nous rêvons beaucoup sur la saison prochaine. C’est que d’une certaine manière j’ai décidé de tout reprendre à zéro, de nous réinterroger sur notre mission, sur notre rapport au public, sur notre rôle auprès des artistes. Avec plus de 10000 abonnés, cette saison est glorieuse et c’est le moment où justement il convient d’oser réinventer notre travail, notre rôle. Ces temps-ci je travaille beaucoup (oserai-je dire intellectuellement ?). J’écris beaucoup de notes de réflexions, mais aussi du théâtre. Comment dire, après un passage à vide, les mots se sont à nouveau emparés de moi, comme si j’avais un besoin pressant de ne pas (plus) perdre de temps. Ce n’est pas rien que le théâtre, c’est le verbe qui prend possession du corps. J’ai conscience que le théâtre est fait de chair. Et l’incroyable alchimie du verbe et du corps (nous) donne une énergie vitale. Et il y a peu d’endroits où cette énergie-là est possible. Je pense bien évidemment à Molière, investi d’une telle énergie. Ah ! Ce Malade imaginaire que je me réjouis tellement de rejouer en janvier !
La chair. La peau. L’étreinte. La caresse. La souffrance. Le corps dans tous ses états et le verbe consolateur et révolutionnaire. Le verbe qui n’est que corps à corps. Zola, Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Zweig, Musset, Kawabata, Modigliani. Tous ces fous d’amour qui m’ont tant inspiré n’ont guère épargné leur corps et leur santé. Malades d’amour. Le théâtre est une maladie d’amour. Voilà qui est dit. Je n’en démordrai pas.
L’interne dont j’ai parlé précédemment dans ce blog (revenir en arrière) me téléphone.
- Vous allez bien ?
- Oui
- Ce serait bien que l’on se voit.
- Ce serait bien.
- Demain ?
- Oui, d’accord.
- Le matin tôt, après je suis toute la journée à l’hôpital.
Et là, je crois bon de plaisanter :
- C’est mieux le matin tôt
car je ne sors plus le soir…
Je ne peux m’empêcher de préciser :
- Enfin, pour le moment.
Sûrement que dans quelques jours, je vais ressortir le soir.
À l’autre bout du fil, elle rit :
- Sûrement. Alors, huit heures demain matin ?
- Merci d’avoir appelé.
Et là, elle conclut à ma grande stupéfaction :
- C’est moi qui ai envie de te dire merci.
Voilà qu’elle m’a tutoyé !
Samedi après-midi avec ma fille Marie. Ma petite amoureuse (comme eut pu dire Jean Eustache). On va chez le coiffeur. Elle est belle comme un cœur. Elle a chaussé les bottines à talons de sa mère. Elle est immense, et elle insiste pour que je lui donne le bras. Il y a des moments où la vie est un cadeau.
Philippe Faure
jeudi 26 novembre 2009
C’est quoi vivre ?
Peu de temps pour écrire sur le blog ; c’est que " vivre" prend beaucoup de temps. Vivre, c’est quoi ? C’est admirer. L’époque est certes au dénigrement, à la critique systématique, à la dénonciation, à la mauvaise foi, à l’égocentrisme. Admirer évite tous ces pièges. L’admiration nous fait nous oublier. Alors nous voilà disponibles pour s’enrichir de l’autre, et l’autre est admirable lorsqu’il crée, lorsqu’il partage, lorsqu’il s’applique à donner de l’espoir en montrant tous les possibles de l’humain.
Plus j’avance en âge et plus mon pouvoir d’admiration est immense.
Il y a les exemples "reconnus" et récents.
Johnny Hallyday qui dans son dernier clip chante Et maintenant de Gilbert Bécaud. En noir et banc, visage aux traits presque effacés. Visage comme une empreinte. L’empreinte d’une vie profondément humaine. J’ai été frappé par ses yeux comme évanouis dans une sorte d’infini. Toute une vie à rassembler le peuple de France.
Gérard Philippe, dont on reparle un peu partout. Gracile, sombre, d’un enthousiasme presque affolé. Au service de Vilar, des grandes œuvres, celles indispensables et celles en devenir, militant, syndicaliste effréné.
Camus, qui fait encore l’actualité aujourd’hui, fou de tolérance, défenseur des droits de l’homme, agrandisseur de l’esprit humain, professeur de libertés.
Trois exemples qui me viennent à l’instant, mais d’autres sont aussi admirables ici et maintenant. Par exemple, mon camarade Bruno Meyssat (qui sera sur les planches de La Croix-Rousse la semaine prochaine). Paysan entêté, le voilà qui fouille le souvenir terrible d’Hiroshima. Bricoleur, arpenteur, collectionneur, chiffonnier, si modeste, presque absent, il nous dit à sa manière de nous méfier de nous-mêmes. C’est que nos intentions ne sont pas toujours recommandables.
Je pense aussi à Myriam Boyer qui sera elle aussi à La Croix-Rousse pendant toutes les fêtes de fin d’année. À 17 ans, elle a foulé pour la première fois les planches d’un théâtre, le nôtre (à l’époque salle des fêtes), ensuite Planchon et l’aventure du TNP puis Chéreau, Maréchal, Boëglin, Françon. Fille d’une mère infirme et d’un père alcoolique, elle s’est prise en charge jusqu’à être une actrice poignante. Elle porte nos malheurs et nos joies avec une grâce inattendue. Elle est Madame Rosa (Emile Ajar) comme on prend une décision.
Mais il ne faut jamais oublier d’admirer ceux qui nous accompagnent au quotidien, ceux qui nous aident à vivre et qui prennent soin de ne pas nous blesser. Je pense à l’équipe du théâtre qui m’entoure. Si investie, si consciente de ses responsabilités, si unie. C’est que le théâtre demeure un lieu de chair et de sang. Le verbe y claque comme un fouet. Les acteurs, les chefs de troupe, les poètes nous représentent le monde et nous le donne à comprendre à leur manière.
Me viennent ces quelques vers de Victor Hugo à propos de la fraternité :
« Je rêve l’équité, la vérité profonde,
l’amour qui veut l’espoir qui luit, la foi qui fonde
et le peuple éclairé plutôt que châtié.
Je rêve la douceur, la bonté, la pitié et le vaste pardon.
De là ma solitude. »
Admirables vers !
Mais vivre c’est aimer et aimer au fond n’est pas un sentiment, c’est une aventure. On s’aventure dans l’amour sans savoir ce que c’est. C’est l’histoire du " juste un peu" et du "presque rien", c’est comme ça. Comme une frontière.
L’amour c’est le regard que l’on pose autour de soi. Aimer c’est regarder, c’est aussi simple que ça. Dès que l’on rentre dans le questionnement, c’est foutu, car il n’y a pas de réponse.
J’aime regarder. Le silence du regard dit tout. Le regard ne ment pas. Je voudrais écrire un spectacle sur le regard justement. Souvenons-nous du Regard du sourd de Bob Wilson. Titre et spectacle admirables.
Vivre c’est donc admirer, regarder, mais c’est aussi accepter. Accepter que l’avenir c’est maintenant, à chaque seconde, à chaque instant. Seuls comptent les actes d’aujourd’hui (ce sont eux qui justement construisent l’avenir). Chaque instant est un miracle en soi. Puisque nous sommes vivants. Toujours vivants. Se projeter dans l’avenir, selon l’expression coutumière, est une hérésie. Cela voudrait dire que l’on se réjouira plus tard. Folie. Lorsque je regarde mes enfants, que je les étreints, que je les embrasse, que l’on se parle, je me dis que la vie est là. Et avec la vie, la tendresse.
Beaucoup d’événements personnels et professionnels m’engagent à vivre généreusement. Ecrire ces derniers mots me rassurent comme si tout n’était pas perdu, mais au contraire comme si tout commençait toujours.
En tous cas fuyons les petites mesquineries, les petites jalousies, les petites trahisons, les petits arrangements, les petits mensonges comme la peste. Fuyons tout ce qui nous rend petits !
Philippe Faure
Plus j’avance en âge et plus mon pouvoir d’admiration est immense.
Il y a les exemples "reconnus" et récents.
Johnny Hallyday qui dans son dernier clip chante Et maintenant de Gilbert Bécaud. En noir et banc, visage aux traits presque effacés. Visage comme une empreinte. L’empreinte d’une vie profondément humaine. J’ai été frappé par ses yeux comme évanouis dans une sorte d’infini. Toute une vie à rassembler le peuple de France.
Gérard Philippe, dont on reparle un peu partout. Gracile, sombre, d’un enthousiasme presque affolé. Au service de Vilar, des grandes œuvres, celles indispensables et celles en devenir, militant, syndicaliste effréné.
Camus, qui fait encore l’actualité aujourd’hui, fou de tolérance, défenseur des droits de l’homme, agrandisseur de l’esprit humain, professeur de libertés.
Trois exemples qui me viennent à l’instant, mais d’autres sont aussi admirables ici et maintenant. Par exemple, mon camarade Bruno Meyssat (qui sera sur les planches de La Croix-Rousse la semaine prochaine). Paysan entêté, le voilà qui fouille le souvenir terrible d’Hiroshima. Bricoleur, arpenteur, collectionneur, chiffonnier, si modeste, presque absent, il nous dit à sa manière de nous méfier de nous-mêmes. C’est que nos intentions ne sont pas toujours recommandables.
Je pense aussi à Myriam Boyer qui sera elle aussi à La Croix-Rousse pendant toutes les fêtes de fin d’année. À 17 ans, elle a foulé pour la première fois les planches d’un théâtre, le nôtre (à l’époque salle des fêtes), ensuite Planchon et l’aventure du TNP puis Chéreau, Maréchal, Boëglin, Françon. Fille d’une mère infirme et d’un père alcoolique, elle s’est prise en charge jusqu’à être une actrice poignante. Elle porte nos malheurs et nos joies avec une grâce inattendue. Elle est Madame Rosa (Emile Ajar) comme on prend une décision.
Mais il ne faut jamais oublier d’admirer ceux qui nous accompagnent au quotidien, ceux qui nous aident à vivre et qui prennent soin de ne pas nous blesser. Je pense à l’équipe du théâtre qui m’entoure. Si investie, si consciente de ses responsabilités, si unie. C’est que le théâtre demeure un lieu de chair et de sang. Le verbe y claque comme un fouet. Les acteurs, les chefs de troupe, les poètes nous représentent le monde et nous le donne à comprendre à leur manière.
Me viennent ces quelques vers de Victor Hugo à propos de la fraternité :
« Je rêve l’équité, la vérité profonde,
l’amour qui veut l’espoir qui luit, la foi qui fonde
et le peuple éclairé plutôt que châtié.
Je rêve la douceur, la bonté, la pitié et le vaste pardon.
De là ma solitude. »
Admirables vers !
Mais vivre c’est aimer et aimer au fond n’est pas un sentiment, c’est une aventure. On s’aventure dans l’amour sans savoir ce que c’est. C’est l’histoire du " juste un peu" et du "presque rien", c’est comme ça. Comme une frontière.
L’amour c’est le regard que l’on pose autour de soi. Aimer c’est regarder, c’est aussi simple que ça. Dès que l’on rentre dans le questionnement, c’est foutu, car il n’y a pas de réponse.
J’aime regarder. Le silence du regard dit tout. Le regard ne ment pas. Je voudrais écrire un spectacle sur le regard justement. Souvenons-nous du Regard du sourd de Bob Wilson. Titre et spectacle admirables.
Vivre c’est donc admirer, regarder, mais c’est aussi accepter. Accepter que l’avenir c’est maintenant, à chaque seconde, à chaque instant. Seuls comptent les actes d’aujourd’hui (ce sont eux qui justement construisent l’avenir). Chaque instant est un miracle en soi. Puisque nous sommes vivants. Toujours vivants. Se projeter dans l’avenir, selon l’expression coutumière, est une hérésie. Cela voudrait dire que l’on se réjouira plus tard. Folie. Lorsque je regarde mes enfants, que je les étreints, que je les embrasse, que l’on se parle, je me dis que la vie est là. Et avec la vie, la tendresse.
Beaucoup d’événements personnels et professionnels m’engagent à vivre généreusement. Ecrire ces derniers mots me rassurent comme si tout n’était pas perdu, mais au contraire comme si tout commençait toujours.
En tous cas fuyons les petites mesquineries, les petites jalousies, les petites trahisons, les petits arrangements, les petits mensonges comme la peste. Fuyons tout ce qui nous rend petits !
Philippe Faure
lundi 16 novembre 2009
La Force de croire
Marre de toutes ces polémiques (Pasqua, Chirac, NDiaye, Mitterrand, Villepin, etc.). La France serait-elle devenue un pays de concierge ? Comme si toutes ces polémiques étaient utiles à l’amélioration des conditions de vie de millions de Français.
Il y a là quelque chose de pathétique de ce détournement des urgences…
La réalité de tant de gens est si rude et depuis si longtemps, qu’ils sont en droit d’espérer de la politique de vraies décisions qui améliorent leur sort. Les journalistes ont une responsabilité coupable en relayant généreusement tous ces conflits ridicules. Où est passé l’intérêt général ? Les gens pillent les poubelles pour ne pas mourir de faim, dorment dans le froid, meurent dans les bois, et de nouvelles polémiques surgissent encore qui concernent les nantis, ceux des beaux quartiers. Où est la dignité au moment où les Pôles pour l’emploi sont débordés, assaillis, démunis, effondrés ?
Victor Hugo député déclarait la guerre à la misère. Aujourd’hui, les polémiques sont de vulgaires "cache-misère". Il faut absolument travailler à l’avenir des plus démunis et rétablir la confiance. Se taire et agir. N’abimons pas la parole. Rendons lui sa force. La Force de croire.
Je lis un grand papier dans Libération sur Dominique Besnehard (agent chez Art Media puis coach de Ségolène Royal) J’ai été (autant que je m’en souvienne) très ami avec lui. Je l’ai beaucoup aimé. Drôle, intuitif, amoureux de la variété française (Sylvie Vartan, Dalida, etc.), formidable raconteur d’histoires, toujours débordé, toujours inquiet, expéditif, fasciné par les vedettes, enfantin et malin, remarquable acteur (chez Pialat), lourd et pudique. Un homme contradictoire, un peu lâche mais capable de mener des combats impossibles. J’ai gardé beaucoup de tendresse pour ce qu’il est : libre et empêtré. Et puis c’est lui qui m’a fait rencontrer Patrick Dewaere (je racontais tout ça dans Maman, j’ai peur dans le noir). Son pouvoir d’admiration est sans limite, et ses admirations partent dans tous les sens. C’est un artiste de la vie. Il vit en funambule. Sophie Marceau, Nathalie Baye, et tant d’autres actrices ; on eut pu dire qu’elles étaient toutes ses filles, ses fiancés de cinéma, et lui le grand frère n’a cessé de leur dire qu’elles étaient les plus belles du monde. Ce qui est remarquable, c’est qu’aucune ne fut jalouse les unes des autres. Besnehard est un saint homme. Il était inéluctable qu’il rencontre sainte Ségolène et visiblement les saints entre eux "c’est pas gagné".
Samedi dernier, après la représentation de Woyzeck, longue conversation (inattendue) dans mon bureau avec quelqu’un qui fut dans l’intimité de Laurence Guedj (décédée il y a un peu plus d’un an). Pendant plus de dix ans, elle a été une collaboratrice fidèle, rigoureuse, attentionnée, heureuse. C’est elle qui tapait tous mes manuscrits. Nous avions de longues conversations tendres et parfois orageuses. Elle était têtue. Mais nous avions l’un pour l’autre une vraie considération (voilà un mot magnifique : la considération).
Bien sûr, elle me manque beaucoup. Ma confiance en elle était inépuisable. Au cours de cette conversation samedi, cette personne me fit des confidences (à propos de Laurence) qui me bouleversèrent. Et si ces confidences avaient simplement mis des mots sur une relation au fond assez secrète. Laurence m’écrivit quelques semaines avant son dernier séjour à l’hôpital qu’elle était fière et heureuse de travailler près de moi (cette lettre est toujours en évidence sur mon bureau). Il y avait entre nous comme une évidence : nous avions besoin l’un de l’autre et je crois que même dans les moments de tensions, nous ne nous fîmes jamais de mal. Nous savions l’un et l’autre que notre relation était définitivement précieuse. Merci à ce visiteur impromptu de m’avoir rappelé que la tendresse existe et qu’elle avait existé entre Laurence et moi. Après cette longue conversation il me ramena chez moi car je dois l’avouer j’avais les jambes "en coton" et la tête "lourde de solitude".
Depuis quelques semaines je consacre toutes mes matinées à l’écriture. J’écris l’utile et l’inutile. L’utile c’est à dire tout ce qui se rapporte à la vie et à l’avenir du Théâtre de la Croix-Rousse. L’inutile, c’est à dire tout ce qui me permet de réfléchir, de rêver et d’imaginer des histoires de la vie. Je ne quitte pas Victor Hugo non plus (génie parmi les génies). C’est que je travaille à l’adaptation de sa plus grande œuvre. Ce repli dans l’écriture me reconcentre, me guérit de longs mois désespérés (désespérants). À propos, nombre de personnes (à propos d’une confidence sur ma dernière intervention dans mon blog) me demande pourquoi j’ai beaucoup pleuré il y a une dizaine de jours. C’est qu’à un moment donné, alors que l’autre ne cessait de vous traiter de "pauvre type" et que l’on mettait l’insulte sur le compte de la colère, on réalise que c’était le fond de sa pensée. À ce moment là, ne restent que les larmes pour calmer son chagrin. Ce n’est pas l’insulte qui vous assassine, c’est l’aveuglement dans lequel on s’est obstiné. On imagine alors qu’il va nous falloir beaucoup de courage pour se remettre d’un malentendu pareil. Le mépris appartient à celui qui méprise. Rendons à César ce qui appartient à César.
Repris les répétitions du Malade imaginaire avec les "petites Louisons". Décidément, Argan ne me quitte pas. J’ai souvent considéré qu’il était un autre moi-même ou que j’étais un autre lui-même. Peu importe. Il me bouleverse et j’aime plus que tout être son ami. On pourrait citer la phrase de Montaigne : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
Je suis émerveillé de savoir que toutes les représentations du Malade imaginaire à la Maison de la Danse en janvier vont être pleines à craquer. Je voudrais serrer dans mes bras ces 6000 / 7000 personnes qui "nous" font ainsi confiance à Argan et moi.
« Un peu d’amour, voilà le vrai fond de la vie.
Tout est là. Tout le reste est ombre et fausse envie.
Un regard bienveillant qui vous suit doucement
Dans votre solitude et votre accablement
Vous tient lieu de pays, de maison, de famille.
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat misérable à l’épaule imprimée,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé. »
Victor Hugo
Actuellement, je ne suis pas reconnaissable dans la rue, car je suis emmitouflé dans un anorak vert fluo de la dernière mode. Si vous voyez passer une grosse tache verte, genre couleur de pré… c’est moi !
Philippe Faure
Il y a là quelque chose de pathétique de ce détournement des urgences…
La réalité de tant de gens est si rude et depuis si longtemps, qu’ils sont en droit d’espérer de la politique de vraies décisions qui améliorent leur sort. Les journalistes ont une responsabilité coupable en relayant généreusement tous ces conflits ridicules. Où est passé l’intérêt général ? Les gens pillent les poubelles pour ne pas mourir de faim, dorment dans le froid, meurent dans les bois, et de nouvelles polémiques surgissent encore qui concernent les nantis, ceux des beaux quartiers. Où est la dignité au moment où les Pôles pour l’emploi sont débordés, assaillis, démunis, effondrés ?
Victor Hugo député déclarait la guerre à la misère. Aujourd’hui, les polémiques sont de vulgaires "cache-misère". Il faut absolument travailler à l’avenir des plus démunis et rétablir la confiance. Se taire et agir. N’abimons pas la parole. Rendons lui sa force. La Force de croire.
Je lis un grand papier dans Libération sur Dominique Besnehard (agent chez Art Media puis coach de Ségolène Royal) J’ai été (autant que je m’en souvienne) très ami avec lui. Je l’ai beaucoup aimé. Drôle, intuitif, amoureux de la variété française (Sylvie Vartan, Dalida, etc.), formidable raconteur d’histoires, toujours débordé, toujours inquiet, expéditif, fasciné par les vedettes, enfantin et malin, remarquable acteur (chez Pialat), lourd et pudique. Un homme contradictoire, un peu lâche mais capable de mener des combats impossibles. J’ai gardé beaucoup de tendresse pour ce qu’il est : libre et empêtré. Et puis c’est lui qui m’a fait rencontrer Patrick Dewaere (je racontais tout ça dans Maman, j’ai peur dans le noir). Son pouvoir d’admiration est sans limite, et ses admirations partent dans tous les sens. C’est un artiste de la vie. Il vit en funambule. Sophie Marceau, Nathalie Baye, et tant d’autres actrices ; on eut pu dire qu’elles étaient toutes ses filles, ses fiancés de cinéma, et lui le grand frère n’a cessé de leur dire qu’elles étaient les plus belles du monde. Ce qui est remarquable, c’est qu’aucune ne fut jalouse les unes des autres. Besnehard est un saint homme. Il était inéluctable qu’il rencontre sainte Ségolène et visiblement les saints entre eux "c’est pas gagné".
Samedi dernier, après la représentation de Woyzeck, longue conversation (inattendue) dans mon bureau avec quelqu’un qui fut dans l’intimité de Laurence Guedj (décédée il y a un peu plus d’un an). Pendant plus de dix ans, elle a été une collaboratrice fidèle, rigoureuse, attentionnée, heureuse. C’est elle qui tapait tous mes manuscrits. Nous avions de longues conversations tendres et parfois orageuses. Elle était têtue. Mais nous avions l’un pour l’autre une vraie considération (voilà un mot magnifique : la considération).
Bien sûr, elle me manque beaucoup. Ma confiance en elle était inépuisable. Au cours de cette conversation samedi, cette personne me fit des confidences (à propos de Laurence) qui me bouleversèrent. Et si ces confidences avaient simplement mis des mots sur une relation au fond assez secrète. Laurence m’écrivit quelques semaines avant son dernier séjour à l’hôpital qu’elle était fière et heureuse de travailler près de moi (cette lettre est toujours en évidence sur mon bureau). Il y avait entre nous comme une évidence : nous avions besoin l’un de l’autre et je crois que même dans les moments de tensions, nous ne nous fîmes jamais de mal. Nous savions l’un et l’autre que notre relation était définitivement précieuse. Merci à ce visiteur impromptu de m’avoir rappelé que la tendresse existe et qu’elle avait existé entre Laurence et moi. Après cette longue conversation il me ramena chez moi car je dois l’avouer j’avais les jambes "en coton" et la tête "lourde de solitude".
Depuis quelques semaines je consacre toutes mes matinées à l’écriture. J’écris l’utile et l’inutile. L’utile c’est à dire tout ce qui se rapporte à la vie et à l’avenir du Théâtre de la Croix-Rousse. L’inutile, c’est à dire tout ce qui me permet de réfléchir, de rêver et d’imaginer des histoires de la vie. Je ne quitte pas Victor Hugo non plus (génie parmi les génies). C’est que je travaille à l’adaptation de sa plus grande œuvre. Ce repli dans l’écriture me reconcentre, me guérit de longs mois désespérés (désespérants). À propos, nombre de personnes (à propos d’une confidence sur ma dernière intervention dans mon blog) me demande pourquoi j’ai beaucoup pleuré il y a une dizaine de jours. C’est qu’à un moment donné, alors que l’autre ne cessait de vous traiter de "pauvre type" et que l’on mettait l’insulte sur le compte de la colère, on réalise que c’était le fond de sa pensée. À ce moment là, ne restent que les larmes pour calmer son chagrin. Ce n’est pas l’insulte qui vous assassine, c’est l’aveuglement dans lequel on s’est obstiné. On imagine alors qu’il va nous falloir beaucoup de courage pour se remettre d’un malentendu pareil. Le mépris appartient à celui qui méprise. Rendons à César ce qui appartient à César.
Repris les répétitions du Malade imaginaire avec les "petites Louisons". Décidément, Argan ne me quitte pas. J’ai souvent considéré qu’il était un autre moi-même ou que j’étais un autre lui-même. Peu importe. Il me bouleverse et j’aime plus que tout être son ami. On pourrait citer la phrase de Montaigne : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
Je suis émerveillé de savoir que toutes les représentations du Malade imaginaire à la Maison de la Danse en janvier vont être pleines à craquer. Je voudrais serrer dans mes bras ces 6000 / 7000 personnes qui "nous" font ainsi confiance à Argan et moi.
« Un peu d’amour, voilà le vrai fond de la vie.
Tout est là. Tout le reste est ombre et fausse envie.
Un regard bienveillant qui vous suit doucement
Dans votre solitude et votre accablement
Vous tient lieu de pays, de maison, de famille.
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat misérable à l’épaule imprimée,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé. »
Victor Hugo
Actuellement, je ne suis pas reconnaissable dans la rue, car je suis emmitouflé dans un anorak vert fluo de la dernière mode. Si vous voyez passer une grosse tache verte, genre couleur de pré… c’est moi !
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